C'est une grande joie que de te lire Círdan. Dire autre chose que ce qu'a déjà pu dire Yyr serait difficile sans paraître présomptueux. Alors je contourne la difficulté et t'offre deux extraits de lectures récentes.
Tout d'abord, trois poèmes d'Abdellatif Laâbi, un écrivain marocain (que je découvre aujourd'hui même mais que tu connais certainement déjà...) :
Et puis, pour le plaisir de la citer de nouveau, deux phrases de Catherine Chalier :
S.
Tout d'abord, trois poèmes d'Abdellatif Laâbi, un écrivain marocain (que je découvre aujourd'hui même mais que tu connais certainement déjà...) :
Quote:Ô vaincus de tous les temps
voici venir l'ère
de votre humble message
Prenez garde
Ne vous mettez pas en tête
d'écrire l'Histoire
Laissez-la aux vainqueurs
Racontez plutôt
ce que nous avons perdu
dans le dédale de l'aveuglement
Faites-le en énigmes
contes, devinettes, charades
petits poèmes rimés ou en prose
N'écrivez rien
racontez
Que la parole s'emboîte dans le souffle
et remplisse la bouche
Qu'elle se déverse de vos lèvres
tantôt miel
tantôt coloquinte
Rendez la vigueur
à la mémoire en miettes
sauvegardez-la
Et puis procréez
faites passer le message
Parlez au-dessus de la haine
de la rancœur
Couvrez-les de vos voix prophétiques
et des cendres de cette planète
qui se refroidit
et s'éteint
faute d'amour
[...]
Ils n'ont pas d'âge
leur histoire monte et descend
à la nuit des temps
Ils résument les livres
les légendes
Ils n'ont pas inventé la poudre
découvert l'Amérique
-- heureusement ! --
Ils sont conscients
et inconscients
Ils ne revendiquent rien
pour eux-mêmes
Ils se contentent d'être
dans le message innocent
du partage
[...]
D'autres viendront
épouser leur silence
dans la même peau douce
le renard enroulé autour du cou
pour qu'éclate la nudité
et se répande
Les babioles
qui accompagnent l'attente
hissent le regard
de l'infiniment petit
à l'infiniment grand
Ils mettrons le pas
dans leurs pas
pour remonter à la source
(Abdellatif Laâbi, le Soleil se meurt,
éditions de la Différence, 2013, p. 81-82, 106, 109)
Et puis, pour le plaisir de la citer de nouveau, deux phrases de Catherine Chalier :
Quote:Ce pressentiment d'une présence cachée, oubliée ou complètement inconnue, dans la matérialité d[es] lettres [...] sembl[era] folie [aux lecteurs] soucieux d'une étude rationnelle et critique. Mais l'est-elle davantage que le pressentiment que l'on peut avoir que l'auteur depuis longtemps disparu d'un livre qui nous touche profondément s'adresse à nous maintenant ?
(Catherine Chalier, Aux sources du hassidisme. Le Maggid de Mezeritch, Arfuyen, 2014, p. 29)
S.

