Avant de revenir poster une lecture du second article de Jean-Philippe Qadri dans le recueil, « Un secours comme vis-à-vis », je voudrais me consacrer au texte plus court mais très beau de Jean Chausse : « Le pouvoir féminin en Arda ».
L’article de Jean Chausse a le grand avantage de nous offrir une argumentation purement « interniste » et qui clôt une fois pour toute la controverse de la soit-disant misogynie de Tolkien, du sempiternel problème de l’absence de rôle central pour les personnages féminins qui seraient invariablement cantonnés à des situations de faire-valoirs narratifs dans les pérégrinations des héros. Pas d’apparat critique lourd, ici, mais le contenu du texte se suffit à lui-même, et d’ailleurs n’est-ce pas normal pour un article interniste, puisque le principe même de la section des notes en bas de pages contribue souvent à se tourner vers l’extérieur du texte ? Ici, l’article semble nous dire ; voyez, les textes parlent pour eux-mêmes, la prégnance de la place féminine en Arda est si notable, qu’aucun renvoi en dehors du Legendarium n’est vraiment nécessaire pour cette argumentation.
Un peu comme je renvoyais chaque interlocuteur à l’article de Semprini dans Tolkien trente ans après concernant les accusations de racismes, je pourrai désormais faire de même sur la question de la misogynie avec « Le pouvoir féminin en Arda ». Je mets au défi n’importe quel accusateur de répondre de manière cohérente à l’argumentaire de cet article : la visée en est claire, son propos simple, mais parfaitement traité : l’accusation de « rôle secondaire » des femmes au sein de la trame du SdA, voire en Arda peut être balayé à moins qu’on en reste à l’idée grossière du quantitatif. Or, c’est justement le nombre plus rare de personnages féminins qui est un indice de leur importance centrale – bien au-delà de simples figures inspiratrices (même si elles peuvent évidemment l’être par ailleurs) : en fait, la parcimonie des personnages féminins n’est pas si évidente que cela au regard de bien d’autres œuvres littéraires qu’on ne taxe guère de misogynie.
Par ailleurs, c’est justement cette (relative) parcimonie qui met en lumière leur importance : en brossant aussi bien des portraits de femmes humaines ou elfes, mais aussi maïa ou vala, l’auteur nous montre bien des aspects de leurs rôles dans l’histoire d’Arda (et donc dans la Musique) qui échappaient au premier abord. Et c’est d’ailleurs le propre de ce pouvoir féminin que d’être aussi puissant que discret. On a pu dire que les événements sont l'écume de l'Histoire : et bien on pourrait dire qu'il en va de même en Arda! Et la vague produisant cette écume est bien souvent féminine (et d'un rôle bien plus "actif" que la vague Hélène qui lança la guerre de Troyes par son rapt).
Et en montrant ce caractère discret, mais puissant et fondamental du pouvoir féminin dans l'architecture du Conte d'Arda, cet article complète à merveille le précédent sur lequel je reviendrai bientôt car pour la « section bombadilienne », le rôle de Baie d’Or, moins évident au lecteur que celui de Tom est beaucoup plus important et central que ce que laisse suggérer une première lecture !
J’ai pour ma part, grâce à cet article pu clarifier la question de la nature du pouvoir de Galadriel, qui au fond restait assez confus (tout comme sa nature même notamment à cause de l’ambiguïté du texte la concernant dans Unfinished Tales) en particulier quand au rôle joué par sa possession de l’anneau Nenya. Jean Chausse m’a définitivement permis de voir combien la protection de la Lórien n’est pas un conséquence du pouvoir de cet anneau, mais est fondamentalement lié à la nature féminine de Galadriel.
Bien des éléments précis d’une grande efficacité argumentative pourraient être listés ici, mais je ne veux pas les dévoiler au lecteur car la découverte progressive de ce chapelet d’exemples significatifs est un des charmes du très bel article de Jean Chausse.
Dernière remarque : j’attachais trop d’importance à l’anneau peut-être aussi, plus ou moins consciemment par une sorte de parallélisme de vocabulaire lié à l’expression d’ « anneau de Melian » dans les textes en français concernant le Premier Âge (pour traduire l’expression originale de « Girdle of Melian »).
Or si ce même « anneau » de Melian, invisible, correspond à un espace concret il possède une dimension métaphorique et tient bien du pouvoir féminin de la Maïa (la connotation même de « Girdle » est elle-même féminine puisque la traduction littérale serait plutôt « corset » ou « gaine »), on est presque en droit de se demander si l’anneau de Nenya n’a pas lui aussi un rôle plus métaphorique que concret : son association à l’eau peut être aussi vue comme une connotation féminine (les femmes de l’Autre Monde - mélusines diverses, nymphes, naïades, ondines, sirènes - sont dans d’innombrables cultures de notre planète associées à l’eau pour des raisons évidentes… ; on peut songer encore une fois Baie d’Or pour aller rester dans des références propres à Arda).
L’article de Jean Chausse a le grand avantage de nous offrir une argumentation purement « interniste » et qui clôt une fois pour toute la controverse de la soit-disant misogynie de Tolkien, du sempiternel problème de l’absence de rôle central pour les personnages féminins qui seraient invariablement cantonnés à des situations de faire-valoirs narratifs dans les pérégrinations des héros. Pas d’apparat critique lourd, ici, mais le contenu du texte se suffit à lui-même, et d’ailleurs n’est-ce pas normal pour un article interniste, puisque le principe même de la section des notes en bas de pages contribue souvent à se tourner vers l’extérieur du texte ? Ici, l’article semble nous dire ; voyez, les textes parlent pour eux-mêmes, la prégnance de la place féminine en Arda est si notable, qu’aucun renvoi en dehors du Legendarium n’est vraiment nécessaire pour cette argumentation.
Un peu comme je renvoyais chaque interlocuteur à l’article de Semprini dans Tolkien trente ans après concernant les accusations de racismes, je pourrai désormais faire de même sur la question de la misogynie avec « Le pouvoir féminin en Arda ». Je mets au défi n’importe quel accusateur de répondre de manière cohérente à l’argumentaire de cet article : la visée en est claire, son propos simple, mais parfaitement traité : l’accusation de « rôle secondaire » des femmes au sein de la trame du SdA, voire en Arda peut être balayé à moins qu’on en reste à l’idée grossière du quantitatif. Or, c’est justement le nombre plus rare de personnages féminins qui est un indice de leur importance centrale – bien au-delà de simples figures inspiratrices (même si elles peuvent évidemment l’être par ailleurs) : en fait, la parcimonie des personnages féminins n’est pas si évidente que cela au regard de bien d’autres œuvres littéraires qu’on ne taxe guère de misogynie.
Par ailleurs, c’est justement cette (relative) parcimonie qui met en lumière leur importance : en brossant aussi bien des portraits de femmes humaines ou elfes, mais aussi maïa ou vala, l’auteur nous montre bien des aspects de leurs rôles dans l’histoire d’Arda (et donc dans la Musique) qui échappaient au premier abord. Et c’est d’ailleurs le propre de ce pouvoir féminin que d’être aussi puissant que discret. On a pu dire que les événements sont l'écume de l'Histoire : et bien on pourrait dire qu'il en va de même en Arda! Et la vague produisant cette écume est bien souvent féminine (et d'un rôle bien plus "actif" que la vague Hélène qui lança la guerre de Troyes par son rapt).
Et en montrant ce caractère discret, mais puissant et fondamental du pouvoir féminin dans l'architecture du Conte d'Arda, cet article complète à merveille le précédent sur lequel je reviendrai bientôt car pour la « section bombadilienne », le rôle de Baie d’Or, moins évident au lecteur que celui de Tom est beaucoup plus important et central que ce que laisse suggérer une première lecture !
J’ai pour ma part, grâce à cet article pu clarifier la question de la nature du pouvoir de Galadriel, qui au fond restait assez confus (tout comme sa nature même notamment à cause de l’ambiguïté du texte la concernant dans Unfinished Tales) en particulier quand au rôle joué par sa possession de l’anneau Nenya. Jean Chausse m’a définitivement permis de voir combien la protection de la Lórien n’est pas un conséquence du pouvoir de cet anneau, mais est fondamentalement lié à la nature féminine de Galadriel.
Bien des éléments précis d’une grande efficacité argumentative pourraient être listés ici, mais je ne veux pas les dévoiler au lecteur car la découverte progressive de ce chapelet d’exemples significatifs est un des charmes du très bel article de Jean Chausse.
Dernière remarque : j’attachais trop d’importance à l’anneau peut-être aussi, plus ou moins consciemment par une sorte de parallélisme de vocabulaire lié à l’expression d’ « anneau de Melian » dans les textes en français concernant le Premier Âge (pour traduire l’expression originale de « Girdle of Melian »).
Or si ce même « anneau » de Melian, invisible, correspond à un espace concret il possède une dimension métaphorique et tient bien du pouvoir féminin de la Maïa (la connotation même de « Girdle » est elle-même féminine puisque la traduction littérale serait plutôt « corset » ou « gaine »), on est presque en droit de se demander si l’anneau de Nenya n’a pas lui aussi un rôle plus métaphorique que concret : son association à l’eau peut être aussi vue comme une connotation féminine (les femmes de l’Autre Monde - mélusines diverses, nymphes, naïades, ondines, sirènes - sont dans d’innombrables cultures de notre planète associées à l’eau pour des raisons évidentes… ; on peut songer encore une fois Baie d’Or pour aller rester dans des références propres à Arda).

