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Tolkien et Saxo Grammaticus
#11
Merci beaucoup Hyarion pour ces mots affectueux !

Je comprends que tu n'aimes pas utiliser le "je" qui fait parfois prétentieux. Je ne vais pas citer de nom ici, mais un certain vieux scandinaviste français à moustache l'utilise constamment et se plaît à parler de lui-même à chaque page de ses bouquins. Au départ, je n'étais pas très friand du "je". Mais un certain universitaire (qui fera prochainement une conférence sur Beowulf et Tolkien Tongue ) m'avait fait cette remarque qui consistait à dire qu'il fallait que j'use davantage du pronom "je" dans un de mes textes, pour l'un des projets du dragon toulousain Wink.

J'ai retrouvé le passage d'une de nos discussions où nous parlions de tel ou tel emploi des pronoms dans les textes universitaires :

L'irlandais sorbonnard Wrote:Juste une remarque concernant le "nous" et le "je". D'abord, il est vrai que ce n'est pas bien considéré, dans l'écriture savante, de parler souvent de soi-même plutôt que du sujet. Mais ce n'est pas le "je" en lui-même qui est à éviter, c'est le fait de parler de soi, même en se cachant derrière le pluriel. Au 19e siècle, dans les ENS, on a pris l'habitude de mettre "nous" à la place de "je", et tu verras encore cette façon d'écrire dans certaines thèses ou publications faites par les générations précédentes ou par leurs disciples. Aujourd'hui cela est considéré comme dépassé, vieux-jeu, pompeux. Pas forcément par tout le monde, d'où le fait que cela peut encore se rencontrer, mais c'est déconseillé. De toute manière, si l'on parle tout le temps de "nous" alors que l'on veut dire en réalité "moi-même", ce n'est que prétention. Il vaut mieux éviter beaucoup de "nous" de la même manière qu'on éviterait beaucoup de "je". Ce qu'il y a de plus grave à mes yeux, c'est que l'emploi abusif du "nous royal" prive le pronom pluriel de son vrai sens ! Or, il est souvent utile de dire "nous" pour l'ensemble des lecteurs, ou l'ensemble de la communauté scientifique, comme par exemple dans : "Peu de manuscrits vieil-anglais, et encore moins en gotique, nous sont parvenus", ou encore, "Nous ne savons toujours pas identifier l'auteur de SGGK". On voit là que l'auteur ne parle pas de lui-même mais qu'il se range avec les autres chercheurs, car nous sommes tous dans le même cas. En conclusion, l'emploi du "je" doit être rare, certes (tu as raison) ; mais il faut le remplacer, non pas par "nous", mais par une tournure impersonnelle. Et ne pas oublier le pronom impersonnel "on", très utile, mais qu'il faut, bien entendu, savoir employer à bon escient -- pour dire "n'importe quelle personne", "un homme indéfini", voire un groupe imprécis ("Plus on est, plus on rit").

Je pense que notre cher ami et professeur résume assez bien la question. C'est une question de dosage subtil.

Et je suis content d'apprendre que ton projet - dont j'ai eu quelques échos je ne sais plus quand... par Damien au Salon Fantastique en février ??? - avance bien, une étude que je lirai avec grand plaisir, une fois publiée Smile !

A.
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