11-08-2016, 18:51
Puisque personne n'a encore répondu ici et qu'il serait bien dommage d'accréditer le mythe selon lequel les lecteurs de Tolkien n'oseraient parler que de leur idole, autant que je me lance.
Mais brièvement, car j'ai encore quelques tâches ménagères.
Déjà, Camus fait partie du nombre restreint d'écrivains qui m'a profondément marqué, bien que ce ne soit assurément pas le plus simple, ou le plus joyeux à lire... Cela dit, je n'ai fait qu'aborder son œuvre par les chemins les plus connus : l'Étranger, la Peste, le Mythe de Sisyphe (et peut-être Caligula aussi, ou juste des extraits de cette pièce). Mais ses œuvres complètes m'attendent patiemment sur l'un des rayons de ma bibliothèque, alors...
Sur le premier texte, je crois certain qu'en l'absence d'espérance (au sens théologique du terme), l'époque actuelle est fort propice à la désespérance ou à l'escapisme, quelles que soient les formes que l'une ou l'autre prennent. En cela, il y a sans doute des points communs avec la période que décrit Camus. Et parfois on est en droit de se demander si l'adoption de certitudes toutes faites ne constitue pas aussi une forme d'escapisme... une idôlatrie de l'idée, si l'on veut. Le communisme soviétique en était un excellent exemple, au demeurant.
Sur le deuxième, cela donne envie de lire l'intégralité du texte dont il est extrait. La pensée de Camus est effectivement stimulante, et à plus forte raison sur un sujet aussi vaste, je me garderai bien de croire que j'ai pu la saisir pleinement au travers d'un aussi court extrait.
Quant au troisième extrait, je partage pleinement l'impression de Camus à propos du christianisme : espérance tragique, c'est pour moi un bon résumé. Je soupçonne que St Jean de la Croix — entre autres — n'aurait pas désapprouvé. Toutefois, s'il y a bien des différences profondes entre le christianisme et la religion grecque, je crois que Camus a tout de même méconnu une bonne part de cette dernière : bien que les Grecs aient considéré que des dieux comme Poseïdon ou Athéna eussent leurs limites naturelles, qu'ils ne devaient pas plus franchir que les hommes, il n'en allait pas de même du principe supérieur agissant. Qu'il ait été nommé Zeus par certains ou Destin (Ananké) par d'autres, cela reste une force universelle, auquel tous et tout étaient soumis, qu'ils y consentent ou non. C'était une conception fermement ancrée dans la mentalité grecque, et qui est d'ailleurs à l'origine de cette admiration des Grecs pour l'équilibre qu'appréciait tant Camus. En cela tout au moins, la religion des Grecs était totale, comme l'est d'ailleurs toute religion tant qu'elle reste prise au sérieux par ceux qui s'en réclament.
Amicalement,
E.
Mais brièvement, car j'ai encore quelques tâches ménagères.Déjà, Camus fait partie du nombre restreint d'écrivains qui m'a profondément marqué, bien que ce ne soit assurément pas le plus simple, ou le plus joyeux à lire... Cela dit, je n'ai fait qu'aborder son œuvre par les chemins les plus connus : l'Étranger, la Peste, le Mythe de Sisyphe (et peut-être Caligula aussi, ou juste des extraits de cette pièce). Mais ses œuvres complètes m'attendent patiemment sur l'un des rayons de ma bibliothèque, alors...
Sur le premier texte, je crois certain qu'en l'absence d'espérance (au sens théologique du terme), l'époque actuelle est fort propice à la désespérance ou à l'escapisme, quelles que soient les formes que l'une ou l'autre prennent. En cela, il y a sans doute des points communs avec la période que décrit Camus. Et parfois on est en droit de se demander si l'adoption de certitudes toutes faites ne constitue pas aussi une forme d'escapisme... une idôlatrie de l'idée, si l'on veut. Le communisme soviétique en était un excellent exemple, au demeurant.
Sur le deuxième, cela donne envie de lire l'intégralité du texte dont il est extrait. La pensée de Camus est effectivement stimulante, et à plus forte raison sur un sujet aussi vaste, je me garderai bien de croire que j'ai pu la saisir pleinement au travers d'un aussi court extrait.
Quant au troisième extrait, je partage pleinement l'impression de Camus à propos du christianisme : espérance tragique, c'est pour moi un bon résumé. Je soupçonne que St Jean de la Croix — entre autres — n'aurait pas désapprouvé. Toutefois, s'il y a bien des différences profondes entre le christianisme et la religion grecque, je crois que Camus a tout de même méconnu une bonne part de cette dernière : bien que les Grecs aient considéré que des dieux comme Poseïdon ou Athéna eussent leurs limites naturelles, qu'ils ne devaient pas plus franchir que les hommes, il n'en allait pas de même du principe supérieur agissant. Qu'il ait été nommé Zeus par certains ou Destin (Ananké) par d'autres, cela reste une force universelle, auquel tous et tout étaient soumis, qu'ils y consentent ou non. C'était une conception fermement ancrée dans la mentalité grecque, et qui est d'ailleurs à l'origine de cette admiration des Grecs pour l'équilibre qu'appréciait tant Camus. En cela tout au moins, la religion des Grecs était totale, comme l'est d'ailleurs toute religion tant qu'elle reste prise au sérieux par ceux qui s'en réclament.
Amicalement,
E.

