16-08-2016, 07:17
Hyarion Wrote:Mais bon, on ne va pas forcer les gens à s'exprimer s'ils n'ont pas envie de le faire ou, pire, s'ils n'ont "pas le temps" (c'est l'excuse "officielle" habituelle... mais pour mémoire, le temps, ça se prend, alors en fait le problème n'est probablement pas là, tout du moins à moyen ou long terme)...
Le temps, ça se prend dans l'ordre des priorités.
Et si pour quelqu'un lire et répondre sur les forums ne constitue pas la plus haute des priorités, alors encore bien moins quand un fuseau ne touche que de façon tangentielle son sujet de prédilection ou quand répondre nécessiterait une réflexion et une structuration de la réponse qui demanderait trop de temps. Du moins est-ce ainsi que je le vois... Et c'est pour cela que je ne vais pas sur les forums consacrés à Camus (je suis sûr qu'il en existe), car bien que je sois prêt à parier que cela soit intéressant, il faut bien établir un ordre de priorité...Elendil Wrote:Sur le premier texte, je crois certain qu'en l'absence d'espérance (au sens théologique du terme), l'époque actuelle est fort propice à la désespérance ou à l'escapisme, quelles que soient les formes que l'une ou l'autre prennent. En cela, il y a sans doute des points communs avec la période que décrit Camus. Et parfois on est en droit de se demander si l'adoption de certitudes toutes faites ne constitue pas aussi une forme d'escapisme... une idôlatrie de l'idée, si l'on veut. Le communisme soviétique en était un excellent exemple, au demeurant.
Hyarion Wrote:Un autre excellent exemple me parait être, à cette aune, le dogmatisme catholique actuellement à l'œuvre par exemple en Pologne, tel que cela est évoqué dans l'article du Monde que je m'étais permis de discrètement signaler dans un de mes messages de cet autre fuseau dont j'ai précédemment parlé en ouvrant la discussion ici. Là encore, on pourrait peut-être parler d'une forme d'escapisme, puisqu'en voulant soumettre le réel à l'idéal, au nom d'idées absolues, on en arrive finalement, quelque part, à fuir le réel (fusse pour mieux le voir vous exploser in fine à la figure, comme de juste). Mais ainsi que Camus le dit lui-même dans le deuxième extrait, "l'honnêteté consiste à juger une doctrine par ses sommets, non par ses sous-produits", et de même que je ne crois pas que les errements, passés et actuels, de certains se disant "vrais chrétiens" valent condamnation du christianisme, je ne crois pas que le bilan négatif du communisme soviétique puisse valoir condamnation ni de la pensée marxienne (plutôt que marxiste), ni du socialisme.
Sur cette affaire polonaise, je me garderais bien de juger, ne connaissant pas le contexte. Et le Monde est tout sauf objectif en la matière. Mais de fait, en supposant que tout soit exact, c'est désolant, particulièrement si la grossesse met en danger la vie de la mère : c'est un cas où le Catéchisme de l'Église catholique précise explicitement que l'avortement peut être légitime, puisqu'il s'agit de protéger la vie de la mère. Quant au communisme, j'utilise évidemment le terme en connaissance de cause : la pensée spécifiquement marxiste-léniniste ne me paraît comporter aucun sommet susceptible de la légitimer. Cela ne vaut pas nécessairement pour toutes les philosophies marxiennes (encore que la dictature du prolétariat soit un concept particulièrement douteux...) ou socialistes.
Hyarion Wrote:Quand les Grecs en venaient in fine à considérer les mythes comme ni vrais ni faux, ce qui nous invite à nous interroger d'ailleurs sur la notion de vérité, si chère à tous les dogmes, on peut se demander comment en fait parler ici de religion, et a fortiori de "religion totale" au sens où l'entend Albert Camus. Là encore, je crois que nous nous heurtons à un problème de définition, cette fois-ci donc vis-à-vis du mot "religion". Quand Camus parle de "religion totale" à propos du christianisme, il met naturellement le doigt sur le problème central qu'est la pensée dogmatique et sa visée pour le moins totalisante au nom d'idées absolues.
Je te suis, mais jusqu'à un certain point seulement : certes, les religions monothéistes ont innové en établissant un dogme précis auquel tous les croyants sont supposés souscrire (en pratique, ont observe toujours des variations). Toutefois, ce n'est certes pas une innovation chrétienne. Borgeaud (j'ignore ses qualifications) se plante dans les grandes longueurs en la matière : certes la liste des ouvrages canoniques juifs s'est figée en réaction au christianisme au tout début de notre ère, mais le Pentateuque formait déjà un ensemble dogmatique plusieurs siècles auparavant. Par ailleurs, la même notion de croyance et de dogme se retrouve chez les mazdéens d'obédience zoroastrienne encore longtemps avant — pas étonnant, puisqu'il s'agit du premier monothéisme attesté. Et pour les bouddhistes, je pense qu'il conviendrait d'investiguer ce qui constitue un dogme ou non.
Enfin, il ne faut pas oublier que la religion chrétienne (notamment dans ses composantes orthodoxe ou catholique) comporte tout autant une part qu'on peut considérer au même titre que les mythes de la religion grecque sur le plan anthropologique. Bien des éléments de la Bible peuvent être considérés et interprétés sur le plan mythique, dans la mesure où ils ne sont pas articles de foi. Quid de l'existence du diable ? du passage du Jourdain à pied sec ? de la destruction de Jéricho au son des trompettes ? du combat de David et d'un géant nommé Goliath faisant environ 3 mètres de haut ? Est-ce vrai ? est-ce faux ? À ce titre, on observe des convergences notables entre la notion de religion au sens chrétien et celles des croyances polythéistes. Et ce n'est pas un hasard si on trouve des éléments empruntés au mythe akkadien d'Ut-napishtim dans le récit du Déluge, pour citer un exemple bien connu.
Amicalement,
Elendil

