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Figure, présence et critique de J.R.R. Tolkien chez G.R.R. Martin
#15
Anthony Wrote:Une citation à méditer sur le processus créatif :

[citation=Robert E. Howard — Letter to Clark Ashton Smith, December 14th, 1933]
While I don’t go so far as to believe that stories are inspired by actually existent spirits or powers (though I am rather opposed to flatly denying anything) I have sometimes wondered if it were possible that unrecognized forces of the past or present or even the future work through the thoughts and actions of living men. This occurred to me when I was writing the first stories of the Conan series especially. I know that for months I had been absolutely barren of ideas, completely unable to work up anything sellable. Then the man Conan seemed suddenly to grow up in my mind without much labor on my part and immediately a stream of stories flowed off my pen or rather, off my typewriter almost without effort on my part. I did not seem to be creating, but rather relating events that had occurred. Episode crowded on episode so fast that I could scarcely keep up with them. For weeks I did nothing but write of the adventures of Conan. The character took complete possession of my mind and crowded out everything else in the way of storywriting. When I deliberately tried to write something else, I couldn’t do it. I do not attempt to explain this by esoteric or occult means, but the facts remain. I still write of Conan more powerfully and with more understanding than any of my other characters. But the time will probably come when I will suddenly find myself unable to write convincingly of him at all. That has happened in the past with nearly all my rather numerous characters; suddenly I would find myself out of contact with the conception, as if the man himself had been standing at my shoulder directing my efforts, and had suddenly turned and gone away, leaving me to search for another character.[/citation]

Je me permets, à ce propos, de rappeler ici les remarques de Patrice Louinet s'agissant des explications sur la création de Conan le Cimmérien que Robert E. Howard a donné à son collègue Clark Ashton Smith, dans ce passage de la lettre que tu cites (cf. Conan le Cimmérien, premier volume, 1932-1933 [référencé dans le fuseau dédié à Howard], "Une Genèse Hyborienne", p. 541-571) :

[citation=Patrice Louinet, Une Genèse Hyborienne]
Expliquer que ses personnages et ses histoires lui venaient naturellement était chose courante chez Howard, qui ne mentionne qu'en de très rares occasions ses récits inachevés ou invendus dans sa correspondance. Cette particularité devait d'ailleurs grandement desservir le Texan dans les années qui allaient suivre, nombre de critiques prenant ces propos au pied de la lettre. Ainsi, si l'on prend l'exemple des nouvelles de Kull, seules trois histoires mettant en scène le personnage furent publiées du vivant d'Howard tandis qu'une douzaine de récits devaient demeurer inédits, incomplets ou rejetés par les éditeurs de l'époque. Et pourtant, Howard écrivit à Lovecraft: « Merci pour vos compliments sur les histoires de Kull, mais je doute pouvoir être capable d'en écrire une autre. Les trois nouvelles que j'ai écrites sur ce personnage ont presque semblé s'écrire toutes seules, sans intervention de ma part ; elles ont tout simplement surgi dans mon esprit, toutes prêtes, et je les ai couchées sur le papier sans plus d'efforts. »

Or, des brouillons nous sont parvenus pour la quasi-totalité des histoires de Kull ; nous savons, par exemple, qu'Howard travailla pendant des mois sur « The Shadow Kingdom » (« le Royaume des Chimères »), retravaillant longuement son tapuscrit. Comment, dans ces conditions, pourrions-nous croire Howard quand il nous déclare que l'écriture des nouvelles de Conan relevait presque de l'écriture automatique ? Les choses ne furent pas aussi simples et aisées qu'Howard voulait bien le laisser entendre à Clark Ashton Smith... et à nous par la même occasion.[/citation]

Patrice évoque plus loin, dans son essai, la création de Conan dans l'esprit de Howard, plus spontanée et inconsciente a priori que le processus d'écriture lui-même :

[citation=Patrice Louinet, Une Genèse Hyborienne]
« Conan a tout simplement surgi dans mon esprit il y a quelques années de cela tandis que je faisais halte dans une petite ville frontalière sur la partie basse du Rio Grande. Sa création ne fut pas le résultat d'un processus conscient. Il a simplement surgi d'un coup du néant, et m'a immédiatement chargé de rédiger la saga de ses aventures. » (Cité dans Alvin Earl Perry, « A biographical Sketh of Robert E. Howard », 1935.) [...]

Lorsque Howard expliquait que Conan avait surgi dans son esprit sans guère d'efforts de sa part, il disait probablement la vérité. Ce qu'il ne réalisait pas en écrivant ces mots, c'est que cet acte de création obéissait à des forces inconscientes particulièrement puissantes. Les « gigantesques mélancolies » de Conan font écho aux « humeurs noires » d'Howard (pour reprendre son expression), tout comme la Cimmérie fait écho à Dark Valley [région natale de l'écrivain, dans le comté de Palo Pinto, Texas]. Et tout comme cette Dark Valley est un souvenir pénible pour Howard, il n'existe pas de pays plus sinistre pour Conan que la Cimmérie. [...][/citation]

Amicalement,

Hyarion.
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