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Une musique pour la Terre du Milieu ?
#95
Hello, nous sommes aujourd'hui le 5 août 2017.

Il y a tout juste 50 ans, les musiciens du jeune groupe Pink Floyd sortaient un étrange premier album intitulé The Piper at the Gates of Dawn, dont on a déjà un peu parlé ici même il y a quelques années avec Pellucidar et Silmo.

[Image: 1501931723_pink_floyd.jpg]

Enregistré à Londres à partir du printemps 1967, dans un studio de la maison de disques EMI, à Abbey Road, où les Beatles finissaient de peaufiner leur Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band (sorti le 1er juin), l'album de Pink Floyd sort donc au cœur de l'été londonien.

C'est un été encore halluciné par l'onde de choc du Sergent Pepper's des Beatles, mais aussi par l'immense Are You Experienced du Jimi Hendrix Experience (en mai) et, de façon plus souterraine, par le formidable album du Velvet Underground (en mars).
L'été 67, c’est aussi bien sûr le fameux Summer of Love dont l’acmé californien a été le fameux festival pop de Monterey au mois de juin, mais dont les effets se font toujours sentir avec un peu de décalage en Europe.

Nous sommes donc dans ce contexte fantastique au niveau de la créativité musicale.

The Piper at the Gates of Dawn ne sort pas de nulle part.
Pink Floyd bénéficie déjà en août 1967, d'une solide réputation dans les milieux branchés et "avant-gardistes" londoniens. Ils tournent depuis 1965, passant de Cambridge à Londres, de petits clubs en petits clubs, pour finalement poser leur enceintes dans des lieux très prisés, tel le fameux UFO Club de Tottenham Court Road, mais aussi un certain Middle-earth Club à Covent Garden. Et puis ils ont déjà sorti deux 45 tours qui ont eu un certain succès : Arnold Layne (mars), et surtout See Emily Play (en juin).
Ces deux pépites pop aussi fraiches qu'originales donnent un aperçu du talent de Pink Floyd en studio, un talent surtout dû à cette époque à leur compositeur et leader Syd Barrett. Mais sur scène, c'est l'expérimentation musicale et visuelle qui prime. La part belle est donnée à de longues compositions hypnotiques ponctuées d'improvisations faussement déstructurées, censées restituer les errances des sens provoquées par la consommation d'un psychotrope très prisé à cette époque, le LSD.

C'est au subtil mélange de compositions"psychédéliques" et de pop légère, de folie douce et de fausse innocence, concocté à "Abbey Road" (avec un voisinage prestigieux), que l'auditeur de The Piper est donc exposé.

Oui, mais alors, et le lien avec Tolkien ?
Eh bien, il se trouve que Syd Barrett est réputé avoir puisé quelques thèmes chez Lewis Carroll ou chez Tolkien pour ces délicieux morceaux pop qui agrémentent l'album.
Tout ceci n'a rien d'étonnant, et on sait que Syd est issu de cette génération dans laquelle on retrouve Marc Bolan, Steve Peregrin Took, Robert Plant ou Twink, et d'autres, des gens qui ont été marqué par la lecture du Hobbit ou du Seigneur des Anneaux.

En réalité, moins précisément que ces deux prestigieux auteurs, c'est de féérie en général que s'inspire Barrett, en particulier pour les chansons Matilda mother, Scarecrow et surtout The Gnome qui évoque l'histoire d'un certain Grimble Gromble, qui peut faire penser à un Bilbo Baggins enfantin.
Le titre de l'album lui-même est un clin d'oeil au célèbre conte de Kenneth Grahame (1859-1932), Le Vent dans les Saules, et notamment à son chapitre VII, qui porte exactement ce titre.

Le Vent dans le Saules faisait partie des lectures de jeunesse de JRR Tolkien.

[Image: 1501932004_wind_in_the_willows.jpg]
Deux illustrations du chapitre VII du conte de Kenneth Grahame:
A gauche "Mole and Rat and the Gates of Dawn" par E.H. Shepard (1931) et à droite, "the Piper at the Gates of Dawn" par P. Bransom (1913)



Bref, c'est donc un chouette anniversaire presque tolkienien que je souhaitais fêter ici, sur JRRVF, et dans ce fuseau précisément.




Malheureusement, comme souvent quand les drogues traînent, l'histoire ne finit pas si bien que ça.
Syd Barrett, garçon fragile, a trop joué avec les psychotropes, sans véritablement avoir conscience des dangers qu'ils représentent. Sa sur-consommation de LSD et un terrain psychologique et physique sans doute favorable, l'ont précipité durablement vers la folie, "cramant son cerveau" pour reprendre une expression souvent utilisée, quand on parle de ce génie éphémère...
Et si Pink Floyd, dès 1968, a poursuivi sans lui la brillante carrière que l'on sait, avec une foule d'autre albums absolument majeurs (Animals, Dark Side of the Moon, The Wall, Wish you Were here, dans le désordre....), il n'y a jamais eu d'autre Piper... et c'est bien dommage.

[Image: 1501932141__92064750_syd1.jpg]
Syd Barrett (1946-2006)

Bonne journée à tous !

I.
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