sosryko Wrote:Heu... c'est quoi «la "théorie globale" de l'interprétation de l'oeuvre tolkienienne» ?
L'expression "théorie globale" a été utilisée par Lomelinde (si je ne me trompe pas en lui attribuant cette paternité), et reprise par la suite lorsqu'on a cherché à définir une vision qui entend unifier l’ensemble des conceptions de J.R.R. Tolkien (tant linguistiques que mythologiques) tout au long de sa vie, en une vision interne globale.
Pour prendre un exemple célèbre mis en avant par Lomelinde dans la seconde moitié des années 2000 (j'aime bien cette expression : elle nous vieillit d'un coup n'est-ce pas ? ;p), Edouard Kloczko choisissait, dans son travail linguistique sur Tolkien, d’inclure les premières conceptions du Légendaire au même titre que les travaux les plus tardifs de l'auteur, sans tenir forcément compte des rejets ultérieurs de ce dernier.
La présentation dans ses publications de cette vision interne globale, qualifiée donc de "théorie globale" a été très critiquée en son temps (voir ici, une critique d'Elendil, et ici un essai de Lomelinde), notamment par ce qu'Edouard laissait planer une certaine ambiguïté à propos de cette vision, la reconnaissant par ici comme un choix personnel (un "jeu de l'esprit") et par là comme une conception "de référence".
Lors de la discussion de la première table ronde, Clément Pierson a abordé une vision proche de la "théorie globale", offrant aux textes les plus anciens de Tolkien (Contes perdus, Lais des années 20-30), une valeur littéraire au moins égale à ses grands textes achevés (Hobbit, Seigneur des Anneaux...) et par voie de conséquence, une importance égale dans la compréhension interne du Légendaire.
Elendil s'est opposé à cette approche, soutenu d'une certaine façon par Leo Carruthers.
Mais Pierson a eu un argument assez juste : le point de vue d'un linguiste aborde une vision évolutive des textes de Tolkien, conformément à la lente construction linguistique, sans cesse questionnée et renouvelée par l'auteur. Ainsi, une version "aboutie" d'un mot ou d'une forme grammaticale chez Tolkien, ne se considère, ne se comprend, qu'à l'aune de concepts antérieurs, parfois rejetés, parfois retravaillés par l'auteur. Dans la perception "interne" de la langue, le mot ou la forme grammaticale "aboutie" efface, écrase donc toute version antérieure, sauf si Tolkien précise le contraire.
Pour le chercheur en littérature qu'est Pierson, le point de vue est différent, et un ancien texte de Tolkien, même s'il a été rejeté par l'auteur et remplacé ultérieurement par un autre texte, a autant de valeur que les autres et mérite d'être étudié et abordé avec la même attention, et considéré comme faisant partie d'un "tout" qui constituerait le Légendaire.
J'espère ne pas avoir dénaturé ici ce que j'ai compris du débat. En tout cas, il reposait la question éminemment cruciale du "statut des textes".
Malheureusement, sans doute à juste titre, nos deux modérateurs en chef ont coupé court à la discussion afin qu'elle ne s'installe pas trop, et que d'autres questions aient le temps d'être abordées dans cette première table ronde.
I.

