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<p><div class="refTexte">The Paris Review : Dans Steering the Craft, vous affirmez, à la fois en tant que lectrice et auteure : « Je veux reconnaître quelque chose que je n'ai encore jamais vu. »
Ursula K. Le Guin : C'est en lien direct avec la nature même de la fiction, et cette sempiternelle question : « Pourquoi ne pas écrire sur ce qui est réel ? » Un bon nombre de lecteurs américains du XXe siècle - et du XXIe - pensent que c'est tout ce qu'ils veulent, de la non-fiction, qu'ils refusent de lire de la fiction parce que ce n'est pas réel. Une opinion incroyablement naïve. Seuls les humains produisent de la fiction, et seulement en certaines circonstances. Nous en ignorons les buts précis. Mais l'une des choses que la fiction accomplit est de vous faire reconnaître ce que vous ne saviez pas avant. C'est ce que cherchent bon nombre de disciplines mystiques : tout simplement voir, vraiment, et être éveillé. Ce qui signifie que vous reconnaissez les choses qui vous entourent avec plus d'acuité, et que ces choses semblent nouvelles. Avoir un « regard neuf » et la reconnaissance sont en réalité la même chose.
The Paris Review : Pourriez-vous développer un peu cette idée ?
Ursula K. Le Guin : Pas de manière parfaite ! Je ne pourrais que rendre cela plus confus. Disons qu'un très bon livre me donne des informations, des choses que j'ignorais ou que j'ignorais savoir, et pourtant je les reconnais - oui, je vois que le monde est ainsi. La fiction - et la poésie, et le théâtre - ouvre les portes de la perception. Tous les arts le font. Musique, peinture, danse... tous nous disent ce qui ne peut être dit avec des mots. Mais le mystère de la littérature est qu'elle s'exprime avec des mots. C'est souvent très direct. <div class="refTitre">Entretien entre Ursula K. Le Guin et John Wray, The Paris Review n° 206, automne 2013 (traduction par Erwann Perchoc, pour Bifrost n° 78, avril 2015)</div></div><br>
RIP Ursula Kroeber Le Guin (1929-2018)
http://www.lemonde.fr/disparitions/artic..._3382.html
https://www.nytimes.com/2018/01/23/obitu...at-88.html
https://www.theparisreview.org/interview...-k-le-guin
Amicalement,
Hyarion.
<p><div class="refTexte">The Paris Review : Dans Steering the Craft, vous affirmez, à la fois en tant que lectrice et auteure : « Je veux reconnaître quelque chose que je n'ai encore jamais vu. »
Ursula K. Le Guin : C'est en lien direct avec la nature même de la fiction, et cette sempiternelle question : « Pourquoi ne pas écrire sur ce qui est réel ? » Un bon nombre de lecteurs américains du XXe siècle - et du XXIe - pensent que c'est tout ce qu'ils veulent, de la non-fiction, qu'ils refusent de lire de la fiction parce que ce n'est pas réel. Une opinion incroyablement naïve. Seuls les humains produisent de la fiction, et seulement en certaines circonstances. Nous en ignorons les buts précis. Mais l'une des choses que la fiction accomplit est de vous faire reconnaître ce que vous ne saviez pas avant. C'est ce que cherchent bon nombre de disciplines mystiques : tout simplement voir, vraiment, et être éveillé. Ce qui signifie que vous reconnaissez les choses qui vous entourent avec plus d'acuité, et que ces choses semblent nouvelles. Avoir un « regard neuf » et la reconnaissance sont en réalité la même chose.
The Paris Review : Pourriez-vous développer un peu cette idée ?
Ursula K. Le Guin : Pas de manière parfaite ! Je ne pourrais que rendre cela plus confus. Disons qu'un très bon livre me donne des informations, des choses que j'ignorais ou que j'ignorais savoir, et pourtant je les reconnais - oui, je vois que le monde est ainsi. La fiction - et la poésie, et le théâtre - ouvre les portes de la perception. Tous les arts le font. Musique, peinture, danse... tous nous disent ce qui ne peut être dit avec des mots. Mais le mystère de la littérature est qu'elle s'exprime avec des mots. C'est souvent très direct. <div class="refTitre">Entretien entre Ursula K. Le Guin et John Wray, The Paris Review n° 206, automne 2013 (traduction par Erwann Perchoc, pour Bifrost n° 78, avril 2015)</div></div><br>
RIP Ursula Kroeber Le Guin (1929-2018)
http://www.lemonde.fr/disparitions/artic..._3382.html
https://www.nytimes.com/2018/01/23/obitu...at-88.html
https://www.theparisreview.org/interview...-k-le-guin
Amicalement,
Hyarion.

