Merci pour ton message, Elendil. :-)
Swift avait déjà été mentionné par JR dans un précédent message, et j'avais aussi bien sûr en tête la Carte de Tendre, mais on en revient à la question de savoir où l'on s'arrête pour ce qui est des origines de la fantasy moderne. Tout ramener à Tolkien, je l'ai bien assez dit et redit, revient pour moi à s'enfermer dans une vision trop étroite des choses, en se limitant plus ou moins au dernier demi-siècle à la "lumière" d'un "phénomène Tolkien" dont certains aiment peut-être rester captifs en tant que "fans" : une telle approche ne rend service ni à Tolkien, ni à la fantasy en tant qu'objets d'étude, d'autant plus que Tolkien ne s'est même pas voulu lui-même le chef de file de quoi que ce soit, ce qui aurait pu à la limite justifier a priori d'en faire le "pape" de la fantasy comme Breton fut le "pape" du surréalisme.
Il me parait préférable d'essayer de voir plus large, ce qui ne veut pas forcément dire voir plus flou, ni d'ailleurs ne pas se fixer quelques limites, fussent-elles transitoires dans une recherche toujours en mouvement. Pour ma part, je m'efforce de distinguer deux choses : les auteurs et leurs œuvres en elles-mêmes d'une part, et les mouvements ou genres auxquels ils peuvent être associés d'autre part, ce qui suppose des appréhensions parallèles avec des points de convergences plus ou moins pertinents mais avec des chronologies propres. Les sources d'inspiration ou d'influence d'un auteur ne s'inscrivent ainsi pas forcément dans l'histoire d'un genre supposé identifié comme tel.
Or de quoi parle-t-on quand on parle de "fantasy map" ? J'avais lu l'article de Tom Harper que tu mentionnes, et constaté que sa présentation du sujet était très vaste, en partant du principe que cela concerne toute carte où des éléments fictionnels se mêlent à des éléments réels, employant finalement le mot "fantasy" comme une sorte de synonyme d'imagination dans un sens assez large du terme, sans vraiment de limites temporelles. Pour ne parler que de littérature, on peut tout-à-fait envisager de faire remonter la fantasy jusqu'à Beowulf, Homère et l'Épopée de Gilgamesh - c'était l'option retenue par Lin Carter notamment - mais cela pourrait revenir à noyer quelque-peu le poisson tout en faisant éventuellement peut-être apparaître ce qu'Anne Besson appelle la "météorite Tolkien" comme un phénomène encore plus "cataclysmique" (digne d'une limite K-T, semble-t-il pour certains !) qu'il ne l'est déjà en ne faisant remonter les choses "qu'à Morris". Du reste, ce n'est pas ce que je fais : pas plus qu'il ne s'agirait de tout ramener à Tolkien, il ne s'agit pas de tout ramener à Morris (même si j'aime beaucoup cet auteur par ailleurs), mais de partir d'un constat de naissance d'un genre à la faveur d'un siècle industrialiste, le XIXe, ou plus exactement en réaction à celui-ci.
Ici, ce qu'il me parait devoir être distingué, ce sont les caractéristiques du cœur de genre de la fantasy d'une part, et les occurrences de cartes de lieux imaginaires dans une œuvre de fiction publiée d'autre part, ce qui suppose encore une fois des chronologies différentes. Les cartes accompagnant des romans d'aventure de Verne et Stevenson sont intéressantes, mais elles ne représentent pas des lieux imaginaires hors de ce que Tolkien appelait le monde primaire. L'équation, ici, comporte deux éléments qui sont la mise en scène d'un monde secondaire (plutôt situé dans un passé alternatif lointain) et un contexte de publication pouvant remonter jusqu'au XIXe siècle.
C'est à cette aune que je me permets de solliciter des avis, sachant que personnellement, je ne m'attendais pas forcément à ce que ce soit Morris qui apparaisse, une fois de plus, comme un pionnier : Howard et Tolkien, entre autres, ont créé des cartes de leurs mondes secondaires à peu près à la même époque dans un contexte créatif assez spécifique, et on peut toujours se demander ce qui les a précédé, tout dépendant du point de vue choisi, sachant que l'histoire de la fantasy reste encore largement à écrire...
Bref, s'il se trouve d'autres références que celles déjà partagées ici et dans l'angle de vue que j'ai évoqué, je suis preneur, sans préjuger que l'on ne trouvera rien d'autre : vouloir faire rentrer le réel dans des cases toutes faites, on le sait, n'est pas ma tasse de thé. ;-)
Amicalement,
Hyarion.
Swift avait déjà été mentionné par JR dans un précédent message, et j'avais aussi bien sûr en tête la Carte de Tendre, mais on en revient à la question de savoir où l'on s'arrête pour ce qui est des origines de la fantasy moderne. Tout ramener à Tolkien, je l'ai bien assez dit et redit, revient pour moi à s'enfermer dans une vision trop étroite des choses, en se limitant plus ou moins au dernier demi-siècle à la "lumière" d'un "phénomène Tolkien" dont certains aiment peut-être rester captifs en tant que "fans" : une telle approche ne rend service ni à Tolkien, ni à la fantasy en tant qu'objets d'étude, d'autant plus que Tolkien ne s'est même pas voulu lui-même le chef de file de quoi que ce soit, ce qui aurait pu à la limite justifier a priori d'en faire le "pape" de la fantasy comme Breton fut le "pape" du surréalisme.
Il me parait préférable d'essayer de voir plus large, ce qui ne veut pas forcément dire voir plus flou, ni d'ailleurs ne pas se fixer quelques limites, fussent-elles transitoires dans une recherche toujours en mouvement. Pour ma part, je m'efforce de distinguer deux choses : les auteurs et leurs œuvres en elles-mêmes d'une part, et les mouvements ou genres auxquels ils peuvent être associés d'autre part, ce qui suppose des appréhensions parallèles avec des points de convergences plus ou moins pertinents mais avec des chronologies propres. Les sources d'inspiration ou d'influence d'un auteur ne s'inscrivent ainsi pas forcément dans l'histoire d'un genre supposé identifié comme tel.
Or de quoi parle-t-on quand on parle de "fantasy map" ? J'avais lu l'article de Tom Harper que tu mentionnes, et constaté que sa présentation du sujet était très vaste, en partant du principe que cela concerne toute carte où des éléments fictionnels se mêlent à des éléments réels, employant finalement le mot "fantasy" comme une sorte de synonyme d'imagination dans un sens assez large du terme, sans vraiment de limites temporelles. Pour ne parler que de littérature, on peut tout-à-fait envisager de faire remonter la fantasy jusqu'à Beowulf, Homère et l'Épopée de Gilgamesh - c'était l'option retenue par Lin Carter notamment - mais cela pourrait revenir à noyer quelque-peu le poisson tout en faisant éventuellement peut-être apparaître ce qu'Anne Besson appelle la "météorite Tolkien" comme un phénomène encore plus "cataclysmique" (digne d'une limite K-T, semble-t-il pour certains !) qu'il ne l'est déjà en ne faisant remonter les choses "qu'à Morris". Du reste, ce n'est pas ce que je fais : pas plus qu'il ne s'agirait de tout ramener à Tolkien, il ne s'agit pas de tout ramener à Morris (même si j'aime beaucoup cet auteur par ailleurs), mais de partir d'un constat de naissance d'un genre à la faveur d'un siècle industrialiste, le XIXe, ou plus exactement en réaction à celui-ci.
Ici, ce qu'il me parait devoir être distingué, ce sont les caractéristiques du cœur de genre de la fantasy d'une part, et les occurrences de cartes de lieux imaginaires dans une œuvre de fiction publiée d'autre part, ce qui suppose encore une fois des chronologies différentes. Les cartes accompagnant des romans d'aventure de Verne et Stevenson sont intéressantes, mais elles ne représentent pas des lieux imaginaires hors de ce que Tolkien appelait le monde primaire. L'équation, ici, comporte deux éléments qui sont la mise en scène d'un monde secondaire (plutôt situé dans un passé alternatif lointain) et un contexte de publication pouvant remonter jusqu'au XIXe siècle.
C'est à cette aune que je me permets de solliciter des avis, sachant que personnellement, je ne m'attendais pas forcément à ce que ce soit Morris qui apparaisse, une fois de plus, comme un pionnier : Howard et Tolkien, entre autres, ont créé des cartes de leurs mondes secondaires à peu près à la même époque dans un contexte créatif assez spécifique, et on peut toujours se demander ce qui les a précédé, tout dépendant du point de vue choisi, sachant que l'histoire de la fantasy reste encore largement à écrire...
Bref, s'il se trouve d'autres références que celles déjà partagées ici et dans l'angle de vue que j'ai évoqué, je suis preneur, sans préjuger que l'on ne trouvera rien d'autre : vouloir faire rentrer le réel dans des cases toutes faites, on le sait, n'est pas ma tasse de thé. ;-)
Amicalement,
Hyarion.

