17-05-2010, 22:52
<blockquote><font color="#4169E1">C'est alors que Hyarion, après quelques jours de chevauchée à travers la pleine balayée par l'aquilon, se trouva à nouveau, un matin, sur le champ de bataille où il avait laissé ses compagnons méritants continuer à affronter, fut-ce bien en vain, le fléau gonflé d'inepties comme autant de ventosités fétides qu'il avait jugé tantôt particulièrement indigne d'être combattu. Sans prendre la peine, cette fois-ci, de descendre de cheval, constatant que la situation n'avait nullement changé depuis son départ, et que l'ennemi était toujours là, aussi sot et buté qu'à l'accoutumée, le barbu, qui avait décidément bien d'autres choses à faire que de jouer les brétailleurs face à une baudruche, déclara à ses camarades qui persistaient à vouloir batailler contre un tel phénomène gonflé de bêtise : <i>"Amis, faites comme il vous plaira, mais en vérité, je vous le dis : vous perdez votre temps ! L'ennemi qui revient ainsi vous voir tous les matins n'a que l'importance que vous lui donnez, ladite importance fusse-t-elle marquée du sceau de la raillerie. Ce gourdiflot ne mérite pas d'être combattu, car il n'a pas d'existence propre, dépendant qu'il est du regard d'autrui, tout en étant par ailleurs incapable de se remettre en cause. Face à une telle calamité chaque jour plus intumescente de stupidité, il y a pas de combat possible, faute d'adversaire digne de ce nom. Si le sot avait conscience de sa sottise, il cesserait d'être un sot. Et s'il y a dans tout la contrée une créature incapable d'avoir conscience de sa sottise, c'est bien l'ennemi présent tous les matins sur ce champ de bataille ! A quoi bon donc vouloir lui donner une importance qu'il n'a pas et n'aura jamais ? Nous n'avez pas encore eu droit à toute l'étendue de son délire, mais si vous êtes prêts à continuer de respirer l'odeur faisandé que ce fléau consternant apporte ici avec lui chaque matin, libre à vous. Par ma part, je ne fais que passer, et ne puis que vous encourager à ne point trop vous attarder ici. Par tous les dieux et par ma barbe, il y a quelque chose de pourri en ces lieux !"</i> Et après avoir ainsi parlé, Hyarion salua ses compagnons, leur offrit un présent pour les soutenir, puis guida par la bride son palefroi hors du théâtre des combats, chevauchant vers d'autres aventures autrement plus palpitantes...</font><p><font color="#696969">HoME XIII, "Of the peregrination of Hyarion", op. cit., trad. de votre serviteur.</font><p><SMALL><font color="#696969">Note marginale :</font> <font color="#4169E1">"Le présent offert était un jeu destiné à divertir tout en faisant réfléchir..."</font></SMALL></blockquote>

