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La question du Libre Arbitre
#2
Généralement, la question de la liberté, plus précisément du libre arbitre, c'est-à-dire de la liberté de la volonté (free will) à se déterminer, a été posée dans le cadre de la confrontation avec le destin.

C'est ce que fait notre ami Stalker dans la Maîtrise des Destinées, que je résume ici.

les Enfants d'Ilúvatar sont tous doués de libre arbitre : les Hommes aussi bien que les Elfes sont « étranges et libres » (Ainulindalë) ; ce sont « des créatures rationnelles douées de libre arbitre devant Dieu » (Lettres, n°181). Mais le destin des Hommes n'est pas gouverné par la Musique des Ainur, « qui règle le sort (fate) de toutes les autres choses » (Ainulindalë) en Arda : ainsi que le résume Stalker, « les Hommes ont une forme de liberté (qu'il reste à définir) que les Elfes n'auraient pas ». Il rappelle aussi ce texte important qu'est le Commentaire de l'Athrabeth, où Tolkien fait la distinction entre 5 étapes de la Création : après la création des Ainur et la communication par Eru de Son Dessein à ces derniers, la Musique arrive en 3), elle consiste en « une répétition (rehearsal) », « étape de la pensée ou de l'imagination » ; la Vision d'Eru arrive en 4), il s'agit « à nouveau uniquement d'une préfiguration (foreshowing) des possibles » et est « incomplète » ; l'Accomplissement (Achievement), enfin, arrive en 5), elle est l'étape « qui se poursuit encore ». La discussion s'établit autour de la recherche d'une cohérence à trouver entre le fait que les Enfants d'Eru sont doués de libre arbitre tout en observant que certains faits de leur Histoire ont été prophétisés, et que les uns et les autres semblaient être « destinés » à faire ceci ou cela.

Les éléments de (proposition de) réponse versés au dossier dans ce fuseau ont été les suivants :
- On a le sentiment que certains destins apparaissent « scellés » (chez les Elfes la chute de Gondolin, celle de Doriath, ou encore la Malédiction de Mandos ; chez les Hommes la fin d'Arvedui, celle du roi-sorcier, ou encore la malédiction de Túrin) en raison d'un ou de plusieurs choix posés qui dépendent, au moins en partie, des protagonistes.
- La Musique étant hors d'Eä, hors du Temps, elle peut donc renfermer l'histoire d'Arda sans pour autant la prédéterminer.
- Ou encore, la Musique ne pourrait-elle pas fixer davantage le « fonctionnement » que le cours des événements ?
- La « providence » semble jouer un rôle : le « destin » n'est plus alors aveugle ni contraignant mais s'articule avec « ce qui dépend » des protagonistes.
- Concernant la liberté spéciale des Hommes, celle de pouvoir « agir au delà de la Grande Musique », elle pourrait bien être liée au fait qu'ils soient « destinés » à être « les agents de l'Immarissement d'Arda » (Commentaire de l'Athrabeth).
- Seul Eru est vraiment ou parfaitement libre ; les Eruhíni sont quant à eux, dans leurs choix, en Arda Marrie, soumis à toutes sortes de pressions.

En lien, je rapportais un échange que j'avais eu avec Edrahil. J'écrivis :
Yyr Wrote:Mon sentiment est que les deux parentés Quendi et Atani sont libres (dans le sens du libre-arbitre) mais que la liberté [d'action que le libre-arbitre implique], elle, est limitée et ce, différemment selon la Parenté, par leurs *conditions*. Et que ce sont ces limites qui affleurent lorsqu'on entend parler de « destin », de « malédiction » ou de « prophétie ». La liberté diffère selon la Parenté. Je crois que nous sommes un peu excessifs en décrivant habituellement les Elfes comme « enchaînés » à Arda. Je dirais plutôt que leur liberté est inscrite dans les limites d'Arda, tandis que celle des Hommes est [...] plus grande en dehors d'Arda. La liberté suit ainsi le fëa des deux parentés : celui des Elfes est destiné à habiter Arda jusqu'à la Fin, tandis que celui des Hommes devra la quitter avant. [...] La nature de leurs libertés [d'action] — et de leurs talents — diffère [en conséquence]. Les Elfes enchantent, embellissent et ennoblissent le Monde. Les Hommes le guérissent et le sauvent, avec la grâce d'Eru [cf. MR/318] [...]. Aussi, pour ce qui des Elfes, qui sont strictement du Monde, tant que dure Arda, je ne crois pas que leur destin soit "fixé" ou "écrit". Mais, comme ils appartiennent au Monde et s'inscrivent entièrement dans ses limites — et c'est ainsi que je comprends la prophétie de Mandos — il est possible pour ceux qui ont vu et interprété eux-même la Musique des Ainur (et donc le "fonctionnement" du Monde) de comprendre, de voir à l'avance, c'est-à-dire de littéralement pré-voir, l'enchaînement et les conséquences des actes posés (librement). Ainsi il n'était pas "écrit" que Doriath tomberait. Mais le sort du Royaume de Thingol fut scellé lorsqu'il fit le choix de convoiter les Silmarils. De même je comprends la Prophétie du Nord comme « si vous persistez dans votre orgueil, alors vous pleurerez des larmes sans nombre ... ».

Et je proposais en guise de conclusion, en lien avec la pensée développée par Stalker :
Quote:Le chemin des Eruhíni n'est pas écrit et fixé à l'avance par le « Destin » ; il s'écrit « chemin faisant », car il est l'enchaînement des choix posés, confrontés à ceux des autres, aux lois du Monde, et à la condition des Eruhíni (et parfois ces lois et conditions sont telles qu'elles n'autorisent plus qu'un seul enchaînement possible, d'où les pré-visions prohétisées).

Le fuseau contient d'autres choses, en particulier une discussion acharnée sur la possibilité et la nature de l'origine du Mal ...
Ça fera le lien avec le prochain post, normalement :).
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