20-08-2019, 16:42
De même je souscris volontiers à tes précisions concernant Túrin : entre autres, l'illusion d'optique n'implique pas pure passivité du côté de Morgoth.
Quant à Fëanor, j'ai été très (trop) bref, mais je te rejoins bien. S. Hoët argumente en disant que Fëanor disparaît entièrement de la Terre du Milieu, faisant ainsi « exception à la loi arithmétique d'Ilúvatar qui veut que les Elfes soient toujours en même nombre sur Terre » ; cette disparition, alors, « mime elle-même la mort de l'Homme, seule vraie échappée hors de la nécessité » (Dictionnaire Tolkien, p.376). Je ne crois pas me souvenir que la loi en question ait été conservée, mais peu importe : Fëanor n'a pas quitté Arda, et c'est bien Mandos qui décide de son sort ; sa fureur et l'intensité de sa mort physique n'y changent rien, en effet.
En fait, pour Túrin comme pour Fëanor, S. Hoët cède ici, il me semble, à l'idée reçue actuellement d'après laquelle la mort volontaire est un acte de liberté, voire notre « ultime liberté ». S'il y a en effet une liberté ici, elle est paradoxale puisqu'elle met en même temps fin à la liberté. Mais, comme je l'ai dit, je ne tiens pas à débattre de ce sujet sur le forum. Le suicide est une réalité douloureuse où il ne sert pas à grand chose d'avoir métaphysiquement raison.
Enfin, je précise avoir bien conscience de l'existence des différentes « strates » d'écriture du Légendaire. Il est évident que Tolkien n'avait pas la même compréhension de Túrin lorsqu'il jetait les premières ébauches du Narn, ou encore du Quenta quand Túrin devait encore opérer la mort de Morgoth, et lorsqu'il rédigeait l'Athrabeth où une telle chose devenait impensable et n'est même plus évoquée. Mais, de façon toute aussi évidente, chaque nouvelle strate assumait la précédente, non pas en rejetant le sens de cette dernière, mais, aiguillé par le souci de la cohérence justement (*), en approfondissant ce sens et en l'enrichissant d'autres significations, élargissant ainsi la compréhension d'ensemble du Conte d'Arda — et de notre propre histoire.
(*) Voir par exemple sa réflexion sur la « réincarnation » des Elfes : quelque chose qui avait longtemps persisté a dû être rejeté, parce que ça « coinçait » (cf. la Feuille de la Compagnie n°3) ... A contrario, j'aurais tendance à croire que la nature des Orques (rationnels et libres ? entièrement corrompus ? ...) a continué à faire difficulté ...
Quant à Fëanor, j'ai été très (trop) bref, mais je te rejoins bien. S. Hoët argumente en disant que Fëanor disparaît entièrement de la Terre du Milieu, faisant ainsi « exception à la loi arithmétique d'Ilúvatar qui veut que les Elfes soient toujours en même nombre sur Terre » ; cette disparition, alors, « mime elle-même la mort de l'Homme, seule vraie échappée hors de la nécessité » (Dictionnaire Tolkien, p.376). Je ne crois pas me souvenir que la loi en question ait été conservée, mais peu importe : Fëanor n'a pas quitté Arda, et c'est bien Mandos qui décide de son sort ; sa fureur et l'intensité de sa mort physique n'y changent rien, en effet.
En fait, pour Túrin comme pour Fëanor, S. Hoët cède ici, il me semble, à l'idée reçue actuellement d'après laquelle la mort volontaire est un acte de liberté, voire notre « ultime liberté ». S'il y a en effet une liberté ici, elle est paradoxale puisqu'elle met en même temps fin à la liberté. Mais, comme je l'ai dit, je ne tiens pas à débattre de ce sujet sur le forum. Le suicide est une réalité douloureuse où il ne sert pas à grand chose d'avoir métaphysiquement raison.
Enfin, je précise avoir bien conscience de l'existence des différentes « strates » d'écriture du Légendaire. Il est évident que Tolkien n'avait pas la même compréhension de Túrin lorsqu'il jetait les premières ébauches du Narn, ou encore du Quenta quand Túrin devait encore opérer la mort de Morgoth, et lorsqu'il rédigeait l'Athrabeth où une telle chose devenait impensable et n'est même plus évoquée. Mais, de façon toute aussi évidente, chaque nouvelle strate assumait la précédente, non pas en rejetant le sens de cette dernière, mais, aiguillé par le souci de la cohérence justement (*), en approfondissant ce sens et en l'enrichissant d'autres significations, élargissant ainsi la compréhension d'ensemble du Conte d'Arda — et de notre propre histoire.
(*) Voir par exemple sa réflexion sur la « réincarnation » des Elfes : quelque chose qui avait longtemps persisté a dû être rejeté, parce que ça « coinçait » (cf. la Feuille de la Compagnie n°3) ... A contrario, j'aurais tendance à croire que la nature des Orques (rationnels et libres ? entièrement corrompus ? ...) a continué à faire difficulté ...

