Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
La question du Libre Arbitre
#24
Je ne l'avais pas prévu au départ mais je vais consacrer une synthèse au fuseau consacré à Túrin maudit : une illusion d'optique ?, qui le mérite bien, il me semble.
Je me permettrai, pour cela et d'autre occasions analogues, de mettre à jour mon post introductif au présent fuseau — puisqu'il en donne en quelque sorte le sommaire.


Dans Túrin maudit : une illusion d'optique ?, Bertrand aborde la dialectique du destin et du libre arbitre dans le cas de Túrin.

Son hypothèse, d'autant plus convaincante qu'elle soutient la cohérence interne du Légendaire, est la suivante :
- Morgoth n'a pas le pouvoir de modifier directement le destin des Enfants d'Eru ; il peut en revanche l'influencer en y consacrant ses pouvoirs : au premier chef ses mensonges (étant passé maître dans l'art de mêler le mensonge à la vérité pour mieux tromper ses ennemis) et ses agents (à commencer par Glaurung, le plus maléfique d'entre eux, particulièrement doué pour accomplir la malice de son maître).
- Ainsi, Morgoth « fait croire [à Húrin] qu'il a effectivement la maîtrise du destin de sa progéniture, ce que ce dernier [...] a toutes les chances de croire au vu de la tournure des événements » ... de même que l'auteur du Narn, le « poète humain Dírhaval, vivant aux bouches du Sirion, témoin des croyances et des illusions de son temps » ... « et le lecteur avec lui » (et Bertrand de préciser que, même si une malédiction, ce n'est « que des mots », ce n'est pas rien, justement, des mots — en effet, pour prendre un exemple trivial, dire à quelqu'un « je t'aime » ou « je te hais » va produire un effet sur ce quelqu'un et donc sur sa destinée).
- D'autant plus que Morgoth a pu cerner en quelque mesure « la tournure des événements » ou qu'il en fallait peu pour la provoquer : « la majeure partie de ses malheurs et méfaits [de Túrin] a quelque chose de sinistrement prévisible ; les mêmes motifs ont tendance à se répéter tout au long du récit [;] Morgoth a très bien pu deviner une part de Túrin [et ses actes futurs] dans les paroles de Húrin [...] certainement aidé par la finesse de perception et le don de prévoyance qu'impliquent son état de Vala, même déchu, spécialement en ce qui concerne le mal [...] actes que, bien sûr, il présentera au père comme inspirés par lui-même et fruits de sa malédiction ». Bertrand mentionne ici la fierté de Túrin, son impulsivité, et sa peur pour ses proches. Dame Lambertine complète admirablement le portrait en l'inscrivant dans le tableau de famille : Húrin, et surtout Morwen, et même Niënor, s'inscrivent tous dans cette malédiction, mais, à chaque fois qu'une catastrophe se noue, leur orgueil et leur entêtement dépassent la mesure habituellement donnée dans le Conte d'Arda (sauf Fëanor ...).
- On a donc une sorte de « prophétie auto-réalisatrice » (et qui, à la différence de la prophétie de Mandos, reçoit sans cesse les petits coups de pouce de son auteur).

Le fuseau aborde d'autres choses très intéressantes par ailleurs, notamment l'antithèse Tuor / Túrin, et la question du rapport de la langue à la réalité qu'elle désigne.

Un petit merci à Sailendil qui a enfin daigné faire sa sieste :).
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 2 Guest(s)