De même, un petit mot pour mentionner le fuseau intitulé Frodon à Orodruin, où je terminais par une réflexion sur la liberté de Frodon face au mal.
Avec notamment cet extrait :
[citation=Lettres, n°181]Des situations « sacrificielles », c’est le nom que je leur donnerai : i.e. des cas où le « bien » du monde dépend du comportement d’un individu dans des circonstances qui exigent de lui souffrance et endurance bien au-delà de ce qui est normal ; et même, ce qui peut arriver (ou semble arriver, en termes humains), exigent une force du corps et de l’esprit qu’il ne possède pas : il est, en un sens, voué à (doomed to) l’échec, voué à (doomed to) succomber à la tentation ou à être brisé par la pression exercée contre sa « volonté » : c’est-à-dire contre le choix qu’il pourrait ou voudrait faire s’il était non entravé et non sous la contrainte. [...] La quête [qui] était destinée à (bound to) l'échec [et] à s'achever par un désastre [...].[/citation]
Qui souligne les limites du libre arbitre (et fait écho à l'évocation supra de la Lettre n°191). Incidemment, même si je n'ai pas encore regardé attentivement, ce n'est pas la première fois que je vois la distinction faite par Tolkien entre fate et doom, le premier étant à relier davantage au destin dans le sens de condition, le second au destin en tant que destinée. (*) Dans ce même fuseau, de façon très intéressante, Damien attire l'attention sur les « Notes sur Órë », où l'on nous dit que, d'après les Eldar :
[citation=VT n°42]L'órë des Hommes était ouvert aux conseils maléfiques, et s’y fier n’était pas sûr. [...] Seuls les plus sages des Hommes pouvaient distinguer entre [ces] encouragements maléfiques et le vrai órë.[/citation]
On a ici la notion de limites en terme de capacités et de libre arbitre, face à la puissance du Mal.
Mais aussi (cf. la suite de la lettre), le fait que la Providence pourvoit, en lien avec ce que la créature a fait de son libre arbitre lorsqu'elle le pouvait.
En l'occurrence, comme je l'écrivais : « la Miséricorde dont Frodon a fait preuve l’a emporté (et de combien !) par anticipation sur son échec ».
__________________________________________
[ÉDIT :]
(*) Une petite recension des emplois de fate et doom dans le SdA, livre II retrouve les connotations habituelles : fate, que l'on traduira plus facilement par sort en français, s'applique souvent là où il est question d'une condition à laquelle on est affrontée (on ne la choisit pas), tandis que doom, traduit souvent par destin, destinée ou même sentence, évoque le jugement et une part de choix :
[citation=SdA II.2, pp. 310, 316-317, 326, 335, 345, 459-461, 498, 500, 508]Qu'Allons-nous faire de l'Anneau ? [...] Telle est la destinée (doom) qu'il nous faut méditer.
Cherche l'épée qui fut brisée / [...] Un signe sera mis au jour / Que le Destin (Doom) est imminent [...]
Les mots n'étaient pas le destin (doom) de Minas Tirith, dit Aragorn. Mais l'heure fatidique, celle des hauts faits (doom and greats deeds), est en effet imminente.
C'est une petite créature, dites-vous, ce Gollum ? [...] Quel sort (doom) lui avez-vous réservé ?
Leur ruine (doom) ne saurait pourtant tarder si, comme vous l'affirmez, Saruman s'est tourné vers le mal.
Une grande terreur s'empara de lui, comme s'il redoutait d'entendre prononcer quelque sentence (doom) qu'il avait longtemps pressentie.
Ne vois-tu pas dès lors en quoi ta venue est pour nous comme le Destin en marche (the footstep of Doom) ?
Tu ne saurais être tenu responsable du sort (fate) de la Lothlórien [....].
Car nous sommes à la veille du jour fatidique [ou bien : au bord du Destin] (to the edge of doom).
Au matin, tu devras partir, car notre choix est maintenant fait, et la marée du sort est en mouvement (the tides of fate are flowing).
Eh bien, Frodo, dit enfin Aragorn. Je crains que le fardeau ne repose sur vous. [...] Tel est votre [sort] (fate).
L'Anneau ! [Par quelle curieuse fatalité (a strange fate) éprouvons-nous] tant de peur et de doute pour une si petite chose ?
C'est lui le Porteur, et le sort (fate) du Fardeau est sur ses épaules.[/citation]
Il me semble alors que le Fardeau de l'Anneau faisait au début l'objet de jugements et de choix (doom) ... jusqu'à un certain point ... le choix posé par Frodo. Tandis qu'ensuite le Fardeau est devenue la condition (fate) de Frodo : il est devenu le Porteur de l'Anneau ... D'où d'ailleurs ma correction de la traduction de Daniel dans la citation antépénultième (mais à laquelle j'avais procédé avant de concevoir la présente interprétation).
Avec notamment cet extrait :
[citation=Lettres, n°181]Des situations « sacrificielles », c’est le nom que je leur donnerai : i.e. des cas où le « bien » du monde dépend du comportement d’un individu dans des circonstances qui exigent de lui souffrance et endurance bien au-delà de ce qui est normal ; et même, ce qui peut arriver (ou semble arriver, en termes humains), exigent une force du corps et de l’esprit qu’il ne possède pas : il est, en un sens, voué à (doomed to) l’échec, voué à (doomed to) succomber à la tentation ou à être brisé par la pression exercée contre sa « volonté » : c’est-à-dire contre le choix qu’il pourrait ou voudrait faire s’il était non entravé et non sous la contrainte. [...] La quête [qui] était destinée à (bound to) l'échec [et] à s'achever par un désastre [...].[/citation]
Qui souligne les limites du libre arbitre (et fait écho à l'évocation supra de la Lettre n°191). Incidemment, même si je n'ai pas encore regardé attentivement, ce n'est pas la première fois que je vois la distinction faite par Tolkien entre fate et doom, le premier étant à relier davantage au destin dans le sens de condition, le second au destin en tant que destinée. (*) Dans ce même fuseau, de façon très intéressante, Damien attire l'attention sur les « Notes sur Órë », où l'on nous dit que, d'après les Eldar :
[citation=VT n°42]L'órë des Hommes était ouvert aux conseils maléfiques, et s’y fier n’était pas sûr. [...] Seuls les plus sages des Hommes pouvaient distinguer entre [ces] encouragements maléfiques et le vrai órë.[/citation]
On a ici la notion de limites en terme de capacités et de libre arbitre, face à la puissance du Mal.
Mais aussi (cf. la suite de la lettre), le fait que la Providence pourvoit, en lien avec ce que la créature a fait de son libre arbitre lorsqu'elle le pouvait.
En l'occurrence, comme je l'écrivais : « la Miséricorde dont Frodon a fait preuve l’a emporté (et de combien !) par anticipation sur son échec ».
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[ÉDIT :]
(*) Une petite recension des emplois de fate et doom dans le SdA, livre II retrouve les connotations habituelles : fate, que l'on traduira plus facilement par sort en français, s'applique souvent là où il est question d'une condition à laquelle on est affrontée (on ne la choisit pas), tandis que doom, traduit souvent par destin, destinée ou même sentence, évoque le jugement et une part de choix :
[citation=SdA II.2, pp. 310, 316-317, 326, 335, 345, 459-461, 498, 500, 508]Qu'Allons-nous faire de l'Anneau ? [...] Telle est la destinée (doom) qu'il nous faut méditer.
Cherche l'épée qui fut brisée / [...] Un signe sera mis au jour / Que le Destin (Doom) est imminent [...]
Les mots n'étaient pas le destin (doom) de Minas Tirith, dit Aragorn. Mais l'heure fatidique, celle des hauts faits (doom and greats deeds), est en effet imminente.
C'est une petite créature, dites-vous, ce Gollum ? [...] Quel sort (doom) lui avez-vous réservé ?
Leur ruine (doom) ne saurait pourtant tarder si, comme vous l'affirmez, Saruman s'est tourné vers le mal.
Une grande terreur s'empara de lui, comme s'il redoutait d'entendre prononcer quelque sentence (doom) qu'il avait longtemps pressentie.
Ne vois-tu pas dès lors en quoi ta venue est pour nous comme le Destin en marche (the footstep of Doom) ?
Tu ne saurais être tenu responsable du sort (fate) de la Lothlórien [....].
Car nous sommes à la veille du jour fatidique [ou bien : au bord du Destin] (to the edge of doom).
Au matin, tu devras partir, car notre choix est maintenant fait, et la marée du sort est en mouvement (the tides of fate are flowing).
Eh bien, Frodo, dit enfin Aragorn. Je crains que le fardeau ne repose sur vous. [...] Tel est votre [sort] (fate).
L'Anneau ! [Par quelle curieuse fatalité (a strange fate) éprouvons-nous] tant de peur et de doute pour une si petite chose ?
C'est lui le Porteur, et le sort (fate) du Fardeau est sur ses épaules.[/citation]
Il me semble alors que le Fardeau de l'Anneau faisait au début l'objet de jugements et de choix (doom) ... jusqu'à un certain point ... le choix posé par Frodo. Tandis qu'ensuite le Fardeau est devenue la condition (fate) de Frodo : il est devenu le Porteur de l'Anneau ... D'où d'ailleurs ma correction de la traduction de Daniel dans la citation antépénultième (mais à laquelle j'avais procédé avant de concevoir la présente interprétation).

