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Bonnes fêtes !
#18
Si c'est une gravure européenne dotée d'un motif original, il devient difficile de savoir s'il faut l'interpréter au prisme des conventions européennes ou japonaises. Si l'on considère cependant que le modèle est d'origine japonaise, ce qui semble être le cas, j'apporterais volontiers quelques bémols à la partition jouée par Silmo, sans vouloir passer pour un spécialiste de l'art japonais, ni gâcher de bonnes saucisses de Montbéliard (les meilleures après celles de Morteau) pour un usage qui n'est pas le leur.

Je ne pense pas que la selle de la monture soit visible. Ce qui dépasse sous les paquets est la sous-ventrière, qui n'est pas de la couleur du manteau, lequel semble au demeurant de couleur unie et non brodée (un certain Silmo disait qu'il fallait faire attention aux détails). Il est possible que le tapis de selle soit en partie visible, s'il s'agit bien d'un modèle allongé, qui enserre la queue du cheval, et serait ici d'une couleur rougeâtre, plus vive que la robe de la monture.

Le cavalier semble effectivement aisé, puisqu'il dispose d'une monture, mais je n'irais pas jusqu'à dire qu'il est riche, encore moins que ce soit un noble. Ce ne peut être un samouraï, car jamais l'un d'entre eux n'aurait accepté que son cheval porte des paquets. S'il avait eu une garde-robe aussi volumineuse que cela, il aurait eu un cheval de bât. De plus, si le manteau en paille de riz est vraisemblable pour le suivant d'un samouraï pauvre, ce dernier aurait sans doute porté un habit décent par dessous, ce qui aurait impliqué la présence d'un hakama (jupe-pantalon traditionnelle), qui aurait été visible dessous. Ici, le suivant est habillé comme un paysan ou un artisan, ce qui exclut qu'il soit au service d'un samouraï. On pourrait imaginer qu'il soit au service d'un rônin pauvre, mais c'est incompatible avec la taille des paquets.

Sur la richesse supposée, il faut bien se souvenir qu'une personne vraiment riche aurait voyagé en palanquin. Par ailleurs, le bleu n'est pas forcément le même signe de richesse qu'en Occident à la même époque. En effet, l'usage du bleu s'est démocratisé en Europe lorsque l'indigo a remplacé le pastel. Je ne suis clairement pas spécialiste de cette question, mais je soupçonne que l'indigo a dû être connu au Japon bien avant d'arriver en Europe. Dernier point, la monture en question me semble plus ressembler à un âne ou à un mulet qu'à un cheval, vu la largeur du poitrail et le fait qu'on n'aperçoive pas l'encolure.

Bref, tout cela me fait plutôt penser à un marchand, accompagné d'un ou deux commis. La forme des paquets permet difficilement d'imaginer de quoi il pourrait s'agir, mais ce n'est certainement pas de la nourriture. On pourrait faire l'hypothèse qu'il s'agit de soie, matériau coûteux et facile à plier. Compte tenu de l'usage du papier d'emballage, il serait néanmoins possible qu'il s'agisse de porcelaine ; j'ignore comment celle-ci était emballée. Le marcheur au manteau qui devance les deux hommes arrêtés n'est pas nécessairement associé à eux. Toutefois, puisqu'il s'agit d'une composition artistique et que les deux hommes au premier plan sont effectivement à l'arrêt tandis que l'autre s'avance, je me range volontiers à l'idée qu'il s'agit d'un même groupe, dont l'un des subordonnés est envoyé en éclaireur.

Les deux personnes à l'arrière-plan semble former une petite procession, avec une première portant une perche surmontée d'un panneau triangulaire que je n'identifie pas, tandis que l'autre semble jouer de la flûte. Cela fait me fait penser à une procession cultuelle plus que protocolaire, ce qui impliquerait qu'elle ne soit pas en lien avec les voyageurs. Je peux toutefois me tromper. On pourrait imaginer que le voyageur soit un artisan renommé qui était attendu par le potentat local et que celui-ci envoie ses hommes l'accueillir dès qu'il se présente aux abords du village. J'en douterais néanmoins, car le subordonné qui vient d'être envoyé devant n'a eu que le temps de faire quelques pas, alors que les deux hommes en procession semblent avoir parcouru la quasi-totalité de la longue rue, ce qui implique qu'ils sont partis avant que le groupe de voyageurs ne soit visible. Au demeurant, la neige tombante rendrait difficile d'apercevoir les voyageurs et l'on ne voit personne qui semble faire le guet. De plus, la coutume japonaise voudrait plutôt qu'on accueille un voyageur attendu à l'entrée de son domaine (qu'il s'agisse d'une simple maison, d'une riche demeure au jardin ceint de murs ou d'un district féodal), non à l'entrée d'un village.

Resterait à comprendre pourquoi le cavalier se tient immobile plutôt que d'avancer vers un endroit où il serait à l'abri des éléments. Il y aurait plusieurs possibilités envisageables. Sur le plan stylistique, les représentations japonaises tendent à représenter un instant d'arrêt intemporel plutôt qu'un dessin en mouvement. Sur le plan historique, la rue quasiment déserte me semble étrange, malgré la neige, ce qui pourrait justifier un mouvement de méfiance de la part d'un voyageur isolé. Sans doute est-il possible d'imaginer d'autres alternatives.

E.

[small]P.S. : Je n'ai pas triché, mais après avoir écrit cette courte tentative d'analyse, j'ai recherché et trouvé l'original et serai en mesure de vous en dire un peu plus ultérieurement. Wink[/small]
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