19-09-2019, 21:03
Elendil Wrote:Quand tu as commencé par dire ne pas vouloir publier ton texte in extenso parce que tu en avais "trop fait", cela pouvait encore se comprendre comme une question quantitative, comme tu l'as d'ailleurs dit dans l'échange suivant.
C'est essentiellement ce que j'ai voulu dire à la base, en effet.
Elendil Wrote:Toutefois, à émailler tes réponses ultérieures de passages où tu estimes avoir été "vraiment trop généreux d'avoir écrit autant", qui plus est en prétendant interpréter mes dires dans le sens exactement contraire de leur signification ("mon point de vue sur la question ne t'intéresse pas vraiment"), qu'est-ce que cela peut laisser transparaître, sinon un complexe de supériorité ? On peut trouver autrui généreux, très généreux (ce qui est un grand compliment), voire "trop généreux" (ce qui contient une pointe de critique), mais se trouver trop généreux, cela ne peut signifier qu'une chose à mon sens : que l'autre n'est pas à la hauteur de la générosité dont on fait preuve...
Comme j'ai déjà pu le dire, nul complexe de supériorité derrière la formule « vraiment trop généreux d'avoir écrit autant », mais simplement un sentiment de gaspillage et de perte de temps, et c'était, comme j'ai déjà pû te le préciser, un reproche que je me faisais à moi-même. Le terme de générosité était toutefois mal choisi, je le reconnais volontiers, mais je suppose que ta réserve en matière d'implication dans les échanges - dont tu as toi-même reconnu par la suite qu'elle pouvait constituer un problème certain - ne pouvait sans doute finir par produire qu'une certaine exaspération de mon côté, au point d'en arriver à penser que ce que je souhaitais partager ne servait à rien, faute possiblement d'intérêt en face, tout simplement, ou alors parce qu'il n'y aurait en face que juste une volonté de tester l'intelligence, dont tu sais combien elle n'est pas ma tasse de thé.
Ici, il me faut sans doute préciser quelque-chose : si le mot « générosité » a fini par me venir à l'esprit, c'est peut-être parce que c'est le principe de don qui a animé ma volonté d'avoir autant écrit ce qui devait être la réponse que j'estimais devoir produire, dans le cadre des échanges dans le fameux fuseau sur la « société liquide ». Pour écrire cette longue réponse, il m'avait en effet semblé approprié de prendre au mot un message contenu dans un texte d'Antoine de Saint-Exupéry que Sosryko avait partagé avec certains d'entre-nous au début de cette année 2019 : en décembre 1941, dans un de ces Écrits de guerre, pour une « construction d'un être plus vaste que vous, qui à son tour vous enrichira de ce qu'il existe », Saint-Exupéry parle de la nécessité de pratiquer « le don gratuit. Le don qui n'exige rien en échange. Ce n'est pas ce que vous recevez qui vous fonde. C'est ce que vous donnez. Ce que vous donnez à la communauté fonde la communauté. Et l'existence d'une communauté enrichit votre propre substance. » Au bout de quinze ans de fréquentation personnelle du forum de JRRVF, et au bout de huit (longs, très longs) mois de réflexion quant à la discussion dans le fuseau en question et aussi par correspondance privée, il s'agissait pour moi de faire ici un don, à prendre donc comme tel, et que chacun pourrait lire comme il lui plairait. Mais sans doute à trop vouloir donner, j'ai fini par me décourager, notamment pour les raisons que j'avais indiqué au début du message qui a finalement fait, bien laborieusement, office de réponse.
Elendil Wrote:J'ai supposé qu'il s'agissait d'un travers inconscient chez toi, parce que je te connais suffisamment bien pour ne pas croire que cela soit la façon dont tu te considères consciemment. Je modérerais d'ailleurs mes propos en précisant que je comprendrais tout à fait que ce passage ait aussi trahit une irritation chronique de ta part sur nos incompréhensions mutuelles.
Il m'arrive bien sûr de trouver particulièrement stupides et méprisables certains comportements, certaines paroles et certaines images que renvoient certaines personnes, mais disons que je m'efforce de ne pas essentialiser lesdites personnes vis-à-vis de ce qui me paraît être simplement la bêtise de leurs actes et de leurs paroles : il faut bien reconnaître que c'est un exercice difficile, particulièrement s'agissant de certaines figures publiques que je déteste cordialement (par exemple, les quatre candidats arrivés en tête au premier tour de l'élection présidentielle française de 2017, sans oublier Sarkozy bien sûr, et évidemment quelques autres, en France et à travers le monde), mais même dans ces cas-là, il faut selon moi toujours garder, dans un coin de sa tête, que nous ne sommes, de toute façon, vraiment pas grand-chose à l'échelle du cosmos, tous autant que nous sommes... Cela rend foncièrement humble, y compris quant à notre prétention à juger autrui. Du reste, quand je veux relativiser l'insupportable importance que peuvent se donner certaines personnes, il me suffit de les imaginer toutes nues et assises sur la cuvette des WC en train de satisfaire un besoin naturel : c'est très efficace.
Je ne me sens donc ni supérieur à personne, ni inférieur à personne, et surtout pas moralement : ce genre de considérations n'a pas de sens pour moi, notamment dans la mesure où il a été à l'origine d'un nombre phénoménal d'absurdités et d'injustices dans nos sociétés humaines si faillibles, et qu'il continue de l'être évidemment. Voila du reste notamment pourquoi la volonté de hiérarchisation (notamment des sensibilités, des regards) est selon moi à considérer avec beaucoup de prudence, la réserve étant particulièrement de mise quand cette volonté comporte une dimension manichéenne (nous sommes, à l'évidence, d'accord là-dessus).
Mais effectivement, comme je l'ai écrit plus haut, parler de « générosité » était malvenu de ma part, l'emploi de la notion ayant été dicté par mon exaspération, face à une situation qui me paraissait aussi absurde que si je m'étais tiré une balle dans le pied. Comme je l'ai dit, mon intention était de donner, sans rien attendre en retour, mais je n'ai plus senti, à un moment donné, que cela valait le coup, et je m'en suis alors fortement voulu de l'avoir cru, tout simplement. Ce que j'ai dit dans mon précédent message concernant le fait que je sois profondément fatigué (dans le sens particulier que j'ai indiqué) n'est certainement pas pour rien dans tout cela, même si la colère reste en soi, par ailleurs, mauvaise conseillère, au point parfois de faire dire des mots qui dépassent la pensée.
Elendil Wrote:Hyarion Wrote:je l'écris en plaisantant, bien entendu, mais en me demandant parfois si les intéressés ont vraiment du recul par rapport à l'objet de leur « vice » [pas très secret] de spécialistes... sachant que la réflexion vaut bien sûr pour toute spécialité « extrême ».
C'est une bonne question. J'avoue que je serais curieux de savoir comment tu définirais le recul à cet égard, car je ne prétendrais pas avoir pour ma part une définition opérative à ce propos.
Je n'ai pas, moi non plus, de prétention à définir très précisément ce que serait ce recul : si ma question est bonne, peut-être l'est-elle d'autant plus qu'il s'agit, dans mon esprit, d'une question ouverte. ;-)
Toutefois, par « avoir du recul », j'aurai tendance à entendre, pour le dire vite, l'idée de « se voir faire » et d'estimer dès lors de façon un peu « externe » l'importance de ce que l'on fait. Ce qui revient un peu à ce que j'ai dit plus haut quant à notre place dans l'immensité du cosmos, même si l'on est certes pas forcément obligé d'aller aussi loin pour relativiser l'importance de ce que l'on fait. ^^' Question de perception personnelle, je suppose, comme souvent... ce que tend d'ailleurs à montrer ta réponse individuelle quant à ton rapport à l'étude des langues inventées par Tolkien.
Elendil Wrote:Hyarion Wrote:Autant j'avais trouvé exagéré le propos de Jérôme quant au fait que tu aurais mérité d'être appelé Voronda pour simplement discuter ailleurs avec votre serviteur, autant ledit mérite me parait bien s'imposer s'agissant de la lecture du livre dont tu parles : comment peux-tu être encore en train de le lire après toutes les réserves que tu as exprimé sur l'auteur dans un autre forum, il y a déjà quelque temps si je me souviens bien ? ^^'Tout simplement parce que j'ai entrepris d'écrire un article sur un sujet bien précis (le parallèle entre l'elfique primitif et l'indo-européen) et que la rigueur m'oblige à lire tout ce que je peux trouver sur le sujet. Et malheureusement, la majeure partie de ce que j'ai pu trouver se limite à des parallèles superficiels, ou sombre dans une médiocrité sans fond.
Ah, dans ce cas, je comprend mieux ta « persévérance dans la corvée », si j'ose dire... C'est un des côtés ingrats de la recherche lorsqu'elle se veut effectivement rigoureuse. ^^'
Elendil Wrote:Le point positif, c'est qu'il y aura pas mal de choses à dire sur cette comparaison. D'ailleurs, si cela se focalisera beaucoup sur des questions linguistiques, j'espère bien que les conclusions techniques auxquelles j'aboutirai me permettront de jeter un regard nouveau sur le rôle de la langue dans les romans de Tolkien.
Ce serait intéressant. Je continue de penser qu'il y a une dimension un peu téléologique dans le postulat selon lequel, chez Tolkien l'écrivain, tout serait forcément partie des langues au point presque de s'y résumer pour certains : Dimitra Fimi avait montré que ce n'était pas si évident que cela, même si mythographie et inventions linguistiques ont sans doute fusionnées très tôt chez cet auteur (on en avait déjà parlé, notamment ailleurs en ces lieux, si je me souviens bien).
Hyarion.

