05-11-2019, 09:48
Là où on est forcé de constater que les lignes bougent, c'est lorsque, après 350 pages d'analyse des plus fines (« tourbillonante d'érudition » annonçait la 4e de couverture) d'une étude exégétique et narratologique de Gn 25-35, vous tombez sur un tel commentaire :
[citation=Albert-Marie Crignon, « Qui es-tu mon fils ? », La vie prophétique de Jacob et Rachel, Gn 25-35, Paris, Cerf, 2019, pp. 361-362.]En Gn 35, ensuite, Rébecca est encore présente, non pas en personne – il semble qu’elle soit déjà morte –, mais en la personne de sa nourrice, Débora. Il faut avouer qu’il n’est pas facile de comprendre pourquoi la mort de cette vielle nourrice est évoquée au v.8. […] La mort de Débora et son ensevelissement sous le « Chêne des Pleurs » a certainement une autre fonction : celle d’annoncer et d’anticiper la mort de Rachel. Contrairement à Sara et à Rébecca, Rachel est personnellement présente dans le récit, mais pour y jouer, si l’on peut dire, la fin de sa partie. Elle va aussi mourir des suites d’un accouchement très difficile au terme duquel son deuxième fils, Benjamin, vient au monde. Il était sûrement à propos que la mort d’un personnage de l’envergure de Rachel soit préfigurée par celle d’un autre personnage de moindre importance. Ce procédé est fréquent dans les grands récits épiques : dans l’Iliade, la mort d’Achille, prophétisée à plusieurs reprises, mais jamais racontée, est anticipée par la mort de Patrocle, l’ami de son âme, l’autre lui-même ; dans La Chanson de Roland, la mort de Roland est précédée de celle de son frère de cœur, Olivier ; dans Le Seigneur des Anneaux, la chute de Sauron est annoncée et anticipée par celle de son grand capitaine, le seigneur des Nazguls [sic]. Il semble que, malgré l’extrême sobriété des récits bibliques, l’auteur de Gn 35 […] ait voulu ainsi rehausser la mort de rachel en la faisant préfigurer par celle de Débora. »[/citation]
Le Seigneur des Anneaux mis sur le même plan, celui des « grands récits épiques » comme l'Iliade, La Chanson de Roland et le texte de la Genèse par un docteur en théologie, dans une collection d'études théologiques réputée (Lectio Divina) d'une grande maison d'édition francophone (Cerf), je n'avais pas encore vu ça.
S.
[citation=Albert-Marie Crignon, « Qui es-tu mon fils ? », La vie prophétique de Jacob et Rachel, Gn 25-35, Paris, Cerf, 2019, pp. 361-362.]En Gn 35, ensuite, Rébecca est encore présente, non pas en personne – il semble qu’elle soit déjà morte –, mais en la personne de sa nourrice, Débora. Il faut avouer qu’il n’est pas facile de comprendre pourquoi la mort de cette vielle nourrice est évoquée au v.8. […] La mort de Débora et son ensevelissement sous le « Chêne des Pleurs » a certainement une autre fonction : celle d’annoncer et d’anticiper la mort de Rachel. Contrairement à Sara et à Rébecca, Rachel est personnellement présente dans le récit, mais pour y jouer, si l’on peut dire, la fin de sa partie. Elle va aussi mourir des suites d’un accouchement très difficile au terme duquel son deuxième fils, Benjamin, vient au monde. Il était sûrement à propos que la mort d’un personnage de l’envergure de Rachel soit préfigurée par celle d’un autre personnage de moindre importance. Ce procédé est fréquent dans les grands récits épiques : dans l’Iliade, la mort d’Achille, prophétisée à plusieurs reprises, mais jamais racontée, est anticipée par la mort de Patrocle, l’ami de son âme, l’autre lui-même ; dans La Chanson de Roland, la mort de Roland est précédée de celle de son frère de cœur, Olivier ; dans Le Seigneur des Anneaux, la chute de Sauron est annoncée et anticipée par celle de son grand capitaine, le seigneur des Nazguls [sic]. Il semble que, malgré l’extrême sobriété des récits bibliques, l’auteur de Gn 35 […] ait voulu ainsi rehausser la mort de rachel en la faisant préfigurer par celle de Débora. »[/citation]
Le Seigneur des Anneaux mis sur le même plan, celui des « grands récits épiques » comme l'Iliade, La Chanson de Roland et le texte de la Genèse par un docteur en théologie, dans une collection d'études théologiques réputée (Lectio Divina) d'une grande maison d'édition francophone (Cerf), je n'avais pas encore vu ça.
S.

