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Exposition à la BNF en 2019
#48
La journée de vendredi dernier, 22 novembre, aura été particulièrement chargée me concernant, puisqu'étant (re)monté à Paris ce jour-là, j'y ai consacré une large part de mon temps à regarder, à écouter et à prendre des notes, pendant 3 heures à la BNF en visitant l'exposition Tolkien le matin, et pendant 3 heures l'après-midi à la Sorbonne, en assistant à la soutenance de la thèse de l'ami Patrice Louinet consacrée à Robert E. Howard (en présence d'Anne Besson, qui faisait partie du jury de thèse, et que j'ai enfin eu là l'occasion de rencontrer « IRL », après plusieurs années de correspondance seulement à distance).

S'agissant de l'exposition Tolkien, cela fait donc plusieurs jours que j'aurai pu partager mes impressions ici, mais notre ami Silmo ayant eu la curieuse idée de vouloir faire de JRRVF une sorte d'équivalent de forum pour « fans » de GoT (... ;-) ...), avec donc « interdiction » de balancer des spoilers (qu'est-ce qu'il est moche, ce mot...), je me demande ce qu'il faut éviter de dire maintenant... sachant qu'il me parait, entre nous, quand même un peu excessif d'avoir à patienter jusqu'au mois de février prochain pour s'exprimer, comme s'il fallait attendre que tout le monde ait vu le même film (de PJ) ou la même série télé (de Jeff B.). Depuis le temps que je pratique l'exercice, j'avoue que je n'ai jamais conçu ainsi la visite d'une exposition... Au contraire : il me parait important de savoir un peu ce que l'on va voir, sachant que les médias et divers sites ne donnent pas toujours toutes informations utiles.
Tenez, par exemple, lorsque l'année dernière a eu lieu l'exposition « Tintoret. Naissance d'un génie » au Musée du Luxembourg, j'avais failli passer à côté simplement parce que personne ne m'avait dit (même dans les médias) que certaines œuvres majeures du maître vénitien m'intéressant particulièrement faisaient justement partie des œuvres exposées : c'est en feuilletant par hasard le catalogue de l'expo dans la librairie du Louvre que je me suis aperçu qu'il fallait absolument que je vois ladite expo (finalement j'ai trouvé le temps d'aller la visiter... deux fois), alors même que j'avais déjà dû faire une sélection d'expos à voir, comme à chaque fois que je passe à Paris sans avoir le loisir d'y rester longtemps !
Bref, il me semble qu'une expo, il faut tout de même en parler tant qu'elle a lieu, fut-ce avec mesure, sinon personne n'en profite vraiment...

Alors, puisque notre ami Shudhakalyan vient de jouer involontairement la mouche du coche (... ;-) ...), si vous le voulez bien, je vais quand même en dire quelques mots sans plus attendre... mais tranquillisez-vous, je ne révèlerai sans doute pas beaucoup plus que ce qui a déjà été évoqué, au moins s'agissant du contenu supposé le plus « prrreciousss » de cette exposition aux yeux du plus grand nombre. ;-)

Tout d'abord, sur un plan pratique, rassurons celles et ceux qui craignent de longues files d'attente : il est tout-à-fait possible de les éviter, et ce même sans avoir je-ne-sais-quel « pass VIP ». Personnellement, m'étant rendu à la BNF un matin à l'ouverture, je n'ai vu qu'un peu d'embouteillage à l'entrée du bâtiment (rue Émile-Durckheim) au passage des portiques de sécurité pour l'ensemble des visiteurs et usagers de la Bibliothèque Nationale. Par la suite, bien heureusement, aucune attente à déplorer devant les Galeries 1 et 2 où se trouve l'exposition : j'ai pu entrer tout de suite ! Il y a peut-être eu beaucoup d'affluence durant les vacances de la Toussaint, qui coïncidaient avec l'ouverture de l'expo, mais la circulation des visiteurs m'a paru fluide dans l'ensemble en cette fin de mois de novembre, avec seulement un certain encombrement dans la deuxième salle, où figure notamment la chronologie de l'histoire de la Terre du Milieu (si je me souviens bien) particulièrement instructive pour les visiteurs peu familiers de celle-ci. Contrairement à d'autres expos où on est parfois obligé de faire la queue pratiquement devant chaque pièce exposée (quelle horreur...), cette expo-ci n'a pas été pénible à visiter en matière d'affluence, et je ne peux que m'en féliciter. Ceci dit, j'ai peut-être eu de la chance, d'autant plus qu'il est rare que mes visites d'expos aient lieu en semaine : les week-ends sont peut-être plus chargés... sans parler des prochaines vacances scolaires, ni avant cela des fameuses grèves du 5 décembre et de leurs éventuelles suites.

Je ne sais pas si j'aurai moi même l'occasion d'y retourner, à cette expo... alors j'ai fait de mon mieux pour en retenir le maximum... ce qui n'est certes pas facile quand les photos sont interdites (je n'ai pas voulu jouer au petit jeu de cache-cache avec les surveillants : c'eût été un motif d'énervement pour rien). Du coup, j'ai procédé à l'ancienne, en prenant des notes tout du long... mais il aurait fallu y passer la journée pour tout noter (et encore). Cela ne me dérangerait pas sur le principe : je me souviens notamment d'une magnifique exposition aux Galeries nationales du Grand Palais, « Turner et ses peintres », que j'avais visité en avril 2010, carnet à la main, pendant... 7 heures (micro-sieste comprise, sur un banc de l'expo en début d'après-midi : je reste un être humain !). Mais là, avec Tolkien je ne pouvais y consacrer que 3 heures maximum... et 3 heures qui se sont révélées finalement incompressibles de toute façon, du moins si l'on veut prendre le temps de tout voir, à mon avis.

Je confirme qu'il s'agit là d'une exposition de référence, a fortiori d'un point de vue francophone, puisque nous avons droit à quelque-chose de si important que même les anglophones, hélas si souvent prompts à ignorer ou négliger ce qui se passe hors de leur champ linguistique concernant Tolkien, sont pour une fois un peu obligés de regarder ce qui se passe du côté de chez nous, si j'ose dire. L'exposition me parait vraiment destinée à tous les publics, et fort heureusement pas seulement aux « fans » ou aux spécialistes obsédés par des « inédits » ou autres : pour peu que l'on s'intéresse au sujet, de près ou de loin, l'expo apportera toujours quelque-chose au visiteur ou à la visiteuse. Et cela sans aucun filtre lié à la réception de l'oeuvre de Tolkien après sa mort : aucune mention de films, de série, ou même d'illustrations postérieures à 1973, contrairement à ce qui avait été initialement prévue, et donc rien que du Tolkien, en association avec diverses pièces dites de « contextualisation », elles aussi presque toutes antérieures à la mort de Tolkien et même largement antérieures à sa naissance pour beaucoup d'entre elles. C'est un bon compromis, sachant que je n'aurai pas trouvé juste, par exemple, que l'on expose des illustrations d'Alan Lee et de John Howe (comme cela avait été déjà le cas à la BNF en 2004) en refusant de faire de même avec des illustrations de Ted Nasmith ou de Frank Frazetta : à l'arrivée, dans ce domaine, restent une carte de la Terre du Milieu dessinée en 1969 par Pauline Baynes et bien sûr les propres illustrations de J. R. R. Tolkien lui-même, ce qui me parait être l'essentiel... et même finalement l'intérêt majeur de cette exposition.

Consacrer une exposition à une œuvre littéraire n'est pas forcément simple, car si l'on veut s'adresser au plus grand nombre, un dialogue subtil entre texte et image s'y impose peut-être d'autant plus que dans le cadre d'une exposition de peinture ou de sculpture.
Je me souviens d'une expo de la BNF que j'étais allé voir en 2005, « La Mer, terreur et fascination », dans laquelle j'avais pu notamment voir un manuscrit autographe du texte de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, non loin entre autres d'un bocal contenant une extrémité de tentacule d'Architeuthis sanctipauli (échantillon de référence du fameux calmar géant) venu du Museum National d'Histoire Naturelle (voisin de la BNF). De nombreux ouvrages anciens évoquant la représentation que l'on s'est fait de la mer au fil des siècles étaient également exposés, illustrés d'enluminures et de gravures. On pouvait y avoir également des cartes, portulans, et bien d'autres choses...
Plus le sujet est d'envergure, plus il faut pouvoir « montrer » des choses... et cela ne peut pas être que du texte, fut-il éventuellement finement calligraphié, comme dans le cas de certains documents tolkieniens que j'ai pu voir vendredi dernier.

Voila pourquoi l'exposition Tolkien me parait avoir pour intérêt majeur la part proprement visuelle de son œuvre, quand bien même on pourrait toujours insister sur la prééminence qu'il a accordé à l'écrit par rapport à l'image : on notera qu'il ne pensait pas ainsi jusqu'à l'époque de la parution du Hobbit, avant de se renier quelque peu sur ce point — comme le rappelle à juste titre Pierre Sérié dans son article figurant dans le catalogue de l'exposition —, mais en tout cas, même après sa conférence de 1939 sur le conte de fées, Tolkien aura toujours besoin de visualiser son univers au-delà de l'écrit seul.

C'est à cette aune que pouvoir voir de ses propres yeux les cartes, dessins et illustrations de Tolkien est une chance : la visualisation première de sa fiction à travers sa propre production d'images, au crayon, à l'encre, à l'aquarelle et à la gouache, se fait là sans aucun filtre, même celui de notre propre imagination. Nous pouvons voir comment Tolkien « voyait » son propre univers. Cette vision n'est pas plus prescriptrice qu'un dessin d'Alan Lee, une peinture de John Howe ou une photogramme tiré d'un film de Bakshi ou de Jackson, mais elle nous permet de venir (un peu) à travers l'œil et l'esprit de l'auteur, sans que cela nous empêche d'avoir développé notre propre visualisation de l'œuvre à travers notre lecture personnelle du texte.
J'ai donc personnellement surtout apprécié de pouvoir voir « en vrai » toutes ses cartes, dessins et aquarelles de Tolkien, autrement qu'en reproductions maintes fois dupliquées : les cartes du Hobbit, du Seigneur des Anneaux, les maquettes des jaquettes de ces romans, les cartes du « Silmarillion », les aquarelles rehaussées de gouache et d'encre illustrant le Hobbit paru en 1937 ainsi que celles réalisées soit plus tard, dans les années 1940 (The Forest of Lothlórien in Spring, notamment), et plus tôt (Halls of Manwë [Taniquetil] de 1928, notamment), jusqu'aux simples dessins « de travail » au crayon pour le SdA représentant des vues aériennes de montagnes, Dunharrow, ou le Vieil Homme-Saule... Certaines œuvres sont par ailleurs plus encore mises en valeur dans leurs déclinaisons en très grand format que sont les spectaculaires tapisseries tolkieniennes d'Aubusson.

Un regret toutefois : sauf erreur d'inattention de ma part, certaines œuvres exposées précédemment à Oxford ne le sont pas à Paris, par exemple le dessin de Tolkien connu sous le titre High Life at Gipsy Green (1918), ce qui est curieux et un peu dommage... mais je suppose qu'on ne peut pas tout avoir...

Zelphalya Wrote:Je note aussi que le catalogue ne permet pas forcément non plus de tout voir. Je vous invite par exemple en salle Mordor à regarder la page avec différents brouillons des inscriptions de l'anneau en rouge et noir, par transparence vous pourrez voir quelque chose à l'envers Wink

Je confirme la présence de ce « quelque-chose », effectivement invisible sur la reproduction du catalogue. ;-) J'ai d'autant plus pensé à vérifier qu'une notification du message de Zelphalya m'est justement parvenu par téléphone peu après le début de ma visite... ^^

L'autre chance de cette exposition est la possibilité qu'elle offre de voir, autour de Tolkien, des œuvres d'art trop rarement montrées ou simplement mises en valeur dans des expos françaises.
Je pense en particulier à l'art préraphaélite ou assimilé, celui d'artistes comme John Everett Millais, William Morris, Edward Burne-Jones, Dante Gabriel Rossetti, William Holman Hunt, John William Waterhouse : il est trop peu fréquent que cet art d'Outre-Manche soit mis en valeur chez nous.
Personnellement, la seule expo en France où j'ai pu voir un grand ensemble de peintures préraphaélites reste celle de la Collection Grenville L. Winthrop du Fogg Art Museum de Cambridge (université de Harvard), lorsqu'elle fut exceptionnellement présentée au Musée des Beaux-Arts de Lyon il y a déjà bien des années. Voyageant alors à travers la France, j'avais tenu à m'arrêter à Lyon spécialement pour l'occasion, en avril 2003, et encore aujourd'hui je m'estime heureux de l'avoir fait, car je n'ai plus vu depuis une aussi belle collection privée de chefs d'œuvre de la peinture occidentale du XIXe siècle, à la fois britannique, française et américaine : William Blake, Jacques-Louis David, Jean Auguste Dominique Ingres, Honoré Daumier, Gustave Moreau, Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones, Winslow Homer, John Singer Sargent, Pierre Auguste Renoir, Georges Seurat, Henri de Toulouse-Lautrec, James Abbott McNeill Whistler, Aubrey Beardsley... ils étaient tous là, et pour la plupart avec des œuvres majeures, jamais revues en Europe depuis des décennies ! Concernant les préraphaélites et l'art britannique du XIXe siècle en général, il a fallu ensuite attendre d'autres expositions pour en revoir en quantité : « Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde » au Musée d'Orsay en 2011 (où l'on a pu notamment voir les magnifiques tableaux Laus Veneris de Burne-Jones, The Bath of Psyche de Frederic Leighton, et The Day Dream de Rossetti, entre autres) et « Désirs et Volupté à l'époque victorienne » (Collection Pérez Simón) au musée Jacquemart-André en 2013. En d'autres occasions, on ne peut voir que ponctuellement ce genre d'œuvres.

Aussi étais-je très intéressé par ce qui était annoncé dans le cadre de l'exposition Tolkien, à savoir la possibilité d'y voir représenté, comme il le mérite, le travail de William Morris, ainsi qu'au moins quelques autres œuvres évoquant le préraphaélisme. Une déception est apparue rapidement (anticipée par la consultation du catalogue), avec l'absence remarquée du tableau The Lady of Shalott de Waterhouse, dont la présence à cette expo avait pourtant été initialement annoncée. Sont toutefois visibles deux tableaux de Burne-Jones, parmi les rares que conserve les musées français, et en l'occurrence ici le musée d'Orsay. Prenez le temps de les voir, car ils sont rarement mis en valeur : il s'agit de Flodden Field (1882) et de Princess Sabra (1865), ce dernier faisant partie d'un ensemble décoratif de plusieurs peintures consacré à la légende de saint Georges et du dragon et qui fut commandé à Burne-Jones par l'aquarelliste Miles Birket Foster pour sa salle à manger.


Edward Burne-Jones (1833-1898).
Princess Sabra (Princesse Sabra ou La Fille du roi), 1865.
Huile sur toile, 105 x 61 cm.
Paris, musée d'Orsay.


Outre ce beau tableau, on retrouve ailleurs dans l'exposition le thème de la légende de saint Georges à travers deux autres œuvres préraphaélites, conservées au musée de Birmingham et mettant en scène cette fois à la fois saint Georges, la princesse Sabra et le dragon (au profil assez crocodilien) : il s'agit d'un dessin préparatoire pour un vitrail de Rossetti ainsi qu'une réplique à l'aquarelle de ce dessin attribuée à Rosa Corder.


Dante Gabriel Rossetti (1828-1882).
St George and the Dragon - St George fighting the Dragon (Saint Georges combattant le dragon), 1861-1862.
Dessin préparatoire pour un vitrail.
Encre et lavis sur papier, avec grattage et touches de blanc, 49,5 x 62,5 cm.
Birmingham Museum and Art Gallery.



Rosa Corder (1853-1893), d'après Dante Gabriel Rossetti (1828-1882).
St George and the Dragon - St George fighting the Dragon (Saint Georges combattant le dragon), 1875-1890.
Aquarelle, gouache, encre et crayon sur papier mis sur carton, 49,8 x 62,6 cm.
Birmingham Museum and Art Gallery.


Cela n'est pas précisé sur les cartels de l'expo présentant les deux œuvres, mais celles-ci ont une histoire particulière, comme cela arrive régulièrement dès lors qu'il s'agit de l'histoire des préraphaélites. Le dessin de Rossetti a été réalisé vers 1861-1862, dans le cadre d'une série, pour le vitrail d'une fenêtre que la manufacture d'arts décoratifs Morris, Marshall, Faulkner & Co. (co-fondée par William Morris) réalisa finalement en 1872. La grande aquarelle, elle, fait partie d'une série de quatre œuvres réalisée d'après le travail original de Rossetti, et donc plus tard, à une époque où l'artiste Rosa Corder (1853-1893), à partir de 1873, était l'amante de Charles Augustus Howell (1840-1890), un personnage controversé de l'histoire du préraphaélisme, puisqu'il est considéré comme ayant été un faussaire d'œuvres de Rossetti alors qu'il fut d'abord l'ami et le chargé d'affaires de Rossetti et de John Ruskin. Dans sa correspondance, en 1876 et 1878, Rossetti signale en tout cas que Howell détient des dessins de lui, consacrés à la légende de saint Georges, dessins qui devraient lui être rendus. Le travail de Rosa Corder, que l'on présume encouragée par son amant Howell (avec lequel elle aura une fille), n'a donc possiblement pas été fait avec l'accord de Rossetti, mort par ailleurs en 1882. La tête de saint Georges serait, a-t-on dit, inspirée de celle de Howell... Le dessin préparatoire de Rossetti exposé à la BNF en ce moment a en tout cas été confié par souscription au musée de Birmingham en 1903, où il sera rejoint assez rapidement par l'aquarelle de Corder, donnée anonymement au musée en 1905. Pour ce qui est du rapport de ces œuvres avec Tolkien, je renvoie aux cartels les accompagnant sur les cimaises de l'exposition...

Comme de juste, William Morris (1834-1896) a pour sa part sa place dans cette expo Tolkien : elle aurait pu être un peu plus grande, mais c'est déjà bien. C'est en tout cas l'occasion de voir directement quelques exemples de publications de Morris conservées par la BNF dans sa réserve des livres rares, notamment sa traduction (avec A. J. Wyatt) de Beowulf, imprimée en 1895 par la fameuse Kelmscott Press, ainsi qu'un de ses romances les plus connus : The Well at the World's End (La Source au bout du monde), toujours imprimée par la Kelmscott Press, en 1896, avec des décors végétaux de Morris et des illustrations de scènes du récit réalisées par son grand ami Burne-Jones. J'aurai bien aimé voir également d'autres ouvrages de la Kelmscott Press, en particulier le fameux Kelmscott Chaucer, qui aurait représenté un double lien avec Tolkien, mais encore une fois, on ne peut pas tout avoir...


Une page de The Well at the World's End.
William Morris (texte et décor végétal), Edward Burne-Jones (illustration).
Hammersmith, Kelmscott Press, 1896.


Outre Morris, un autre artiste, français celui-là, reconnu pour son immense travail d'illustrateur et de peintre est fort bien représenté dans cette expo : il s'agit de l'immense Gustave Doré (1832-1883), dont on pourra voir diverses illustrations gravées extraites de L'Histoire des croisades de Michaud, de la Bible, de la Divine Comédie de Dante, des Idylls of the King de Tennyson, ou du Roland furieux de L'Arioste, toutes mises en relation avec des épisodes de la fiction tolkienienne. J'avoue que ce n'est pas une nouveauté pour moi que de voir associé l'art de Doré à celui de Tolkien, l'art récent de Basil Herm se situant précisément à la confluence de ceux-ci (entre autres), mais il est légitime qu'avec Gustave Doré une certaine « French Touch » artistique soit ainsi présente dans une telle exposition, d'autant plus que l'œuvre de Doré (célébrée au musée d'Orsay en 2014) a historiquement été beaucoup diffusée en Occident, et notamment en Grande-Bretagne dès son vivant.

En matière d'art britannique, en dehors de Morris et du préraphaélisme, j'aurai apprécié de pouvoir également voir en vrai les œuvres peintes et dessinées de Samuel Palmer, George Sheringham et Paul Nash, évoquées et reproduites dans le catalogue mais hélas non exposées : cela aurait été intéressant de pouvoir confronter soi-même ces œuvres avec celles de Tolkien. On notera par ailleurs la présence de deux petites peintures flamandes du XVIIe siècle par David Teniers le Jeune (1610-1690), censées évoquer le/la Comté, ce qui n'est pas absurde en soi mais qui aurait sans doute gagné à être complété, par une autre évocation de la peinture de genre plus proche de l'époque victorienne durant laquelle Tolkien a passé son enfance. J'aurai aussi apprécié de voir conjointement les œuvres graphiques de Tolkien avec celles du peintre et compositeur lituanien Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, tant elles me paraissent proches sur bien des points, mais bon, il est vrai que Čiurlionis a déjà notamment été bien représenté l'année dernière dans l'expo du musée d'Orsay « Âmes sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes », et qu'on ne peut pas toujours faire venir à Paris tout ce qui nous passe par la tête... ^^' Bref, des absences et des manques, on pourra donc toujours en trouver, mais ceci dit, je pense qu'il y a in fine largement de quoi faire pour contenter même le plus exigeant des publics. Ma recommandation sera donc d'en profiter, mais sans négliger ce qui, dans cette exposition ne relève pas strictement de Tolkien, car c'est en fait tout un ensemble qui fait l'intérêt général de cette expo.

Voila ce que je souhaitais, encore un peu « à chaud », partager en particulier en ces lieux. Puissent ces quelques impressions aider à orienter éventuellement la visite d'autres personnes...

Au bout de trois heures de visite, après avoir laissé dans le livre d'or de l'expo une recommandation en faveur du seul site au monde où l'on peut tout savoir sur HoMe XIII, il m'a bien fallu quitter la BNF, rapidement pour ne pas manquer le début de la soutenance de thèse de Patrice sur Robert E. Howard, thèse du reste soutenue avec succès et qui, je l'espère, lorsqu'elle sera publiée, convaincra les esprits encore trop prompts à idolâtrer Tolkien, vis-à-vis de l'histoire de la fantasy (voire de la littérature), à prendre enfin un peu plus au sérieux des auteurs tels que le créateur de Kull de Valusie et de Conan le Cimmérien. De la lecture de cette thèse et des échanges avec le jury auquel j'ai assisté l'après-midi (échanges dans lesquels il a aussi été question de Tolkien), il m'est apparu que, décidément, j'ai raison de faire ce que je fait, depuis le début, même si mon travail indiffère la plupart des gens et même si cela ne rapporte pas d'argent. Avant cette journée du 22 novembre, j'étais fatigué et assez découragé... après avoir vu l'expo Tolkien et assisté à cette soutenance sur Howard, je suis toujours fatigué... mais désormais avec les braises sous la cendre quelque peu ranimées : décidément, cela fait toujours du bien de revenir aux sources... Et à cette aune, je crois que je vais même pouvoir, entre autres travaux, finir de pondre cette fameuse contribution arthurienne pour Cédric, tiens (essayons, en tout cas !)... ^^'

Amicalement,

Hyarion.

EDIT (11 et 27 déc. 2019): corrections orthographiques, typographiques et rajouts de liens hypertextes complémentaires.
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