Eh bien, eh bien... quel « festival » de commentaires cinéphiles, Belles Gens de Faërie !
À croire que vous n'aviez (presque) que cela à faire, la semaine dernière... ^^'
Puisque vous n'avez vraiment pas été sages, les enfants <small>(tout adultes reproducteurs que vous soyez censés être par ailleurs !)</small>, je me permets donc d'abord de partager ici un peu de documentation sauce aigre-douce : drame en trois actes, comme dirait Hercule Poirot...
<b>*** Acte 1 ***</b>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576039647_george_abitbol_dave_classe_americaine.jpg" width="766">
<small>George Abitbol (John Wayne, à gauche) et Dave (Paul Newman, à droite) roulant en voiture ; <i>La Classe américaine</i> (<i>mashup</i>, 1993).</small>
« <i>- Ça va bien, M'sieur Abitbol ? Vous avez passé une bonne nuit, sans être indiscret ?
- Au poil. Et t'es pas indiscret. Je suis majeur, et je fais ce que j'ai envie de faire avec mon p'tit corps.
- Dites-moi, pendant que je vous tiens, là... ça veut dire quoi « monde de merde », sans être indiscret ?
- Tu te réveilles à 35 ans pour te demander ce que ça veut dire « monde de merde » ? C'est pas que t'es indiscret, c'est juste que t'es un con. En disant « monde de merde », j'ai voulu dire que le monde allait mal : c'est un cri de révolte que j'ai lancé à mes frères opprimés. Finissons-en avec la résignation et l'indifférence... Ouvrons les yeux ! Partout l'injustice, le nationalisme, l'exclusion... Ça me débecte ! T'as déjà entendu parler de l'hégémonie du grand capital ?
- Non.
- Tu t'intéresses pas à la politique... Ben tu devrais.</i> »
<b>*** Acte 2 ***</b>
[citation]JACKSONOPHOBIE, subst. fém.
<small>(-PHOBIE, élément formant tiré du gr. φ ο ́β ο ς et -φ ο β ι α «peur morbide, crainte»)</small>
<b>A.</b> − PSYCHOPATHOL. Symptôme prévalent d'une névrose obsessionnelle tolkienophile, caractérisé par une réaction d'angoisse ou une répulsion ressentie devant les adaptations cinématographiques des romans de l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien réalisées par le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson et sorties en salles entre 2001 et 2014.
<b>B.</b> − <i>P. ext.</i> Chez les tolkienophiles, aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive vis-à-vis desdites adaptations réalisées par ledit cinéaste.
<b>1.</b> « Parmi les manifestations phobiques tolkieniennes, l'une des plus curieuses est celle qu'on nomme la jacksonophobie. Les analystes définissent, en général, la jacksonophobie comme une passion tolkienophile excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports avec la réception de l'œuvre de J. R. R. Tolkien et de l'interprétation qu'en a proposé Peter Jackson au cinéma avec deux trilogies de films, cette passion conduisant à l'hostilité, à une agressivité plus ou moins refoulée à l'égard des films en question, à un sentiment de culpabilité très intense lié au simple fait d'avoir visionné un jour tout ou partie des deux trilogies, voire par extension à des formes d'iconoclasme (méfiance ou aversion pour les images et leur pouvoir qui "trahiraient" le réel) et de technophobie (aversion partielle ou totale pour le cinéma et la télévision) interrogeant sur l'étendue possible des caractères irraisonnés et disproportionnés d'une tolkienophilie ayant éventuellement mutée en tolkienolâtrie, selon les troubles développés chez certains individus. » (Marginalia de <i>HoMe XIII</i>, note apocryphe non datée [milieu ou fin des années 2010])
<b>2.</b> « Les jacksonophobes sont parmi les plus étonnants. (...) leur phobie des films tolkieniens de Peter Jackson est telle qu'une simple rediffusion d'un des films des deux trilogies à la télévision suffit à les refouler dans les profondeurs de leur aversion (...) en dépit même de la possibilité de voir le contenu des trilogies avec un regard ayant pu évoluer, les toutes premières images apparaissant sur un écran lors de la (re)diffusion des films suffisent aussi à déclencher leur retraite précipitée vers l'abîme de leur névrose. » (<i>Le Point</i>, "Hors-Série spécial névroses : comment les repérer", 30 février 2018, p. 69)[/citation]
<b>*** Acte 3 ***</b>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576040362_snake_welcome_to_human_race.jpg" width="366">
<small>« <i>Welcome to the human race</i> » :
Snake Plissken (Kurt Russell) soufflant sur l'allumette, après un efficace 666 ; <i>Escape from L.A.</i> (1996).</small>
<b>***</b>
Bref,
« <i>Monde de merde</i> » (©George Abitbol) + « JACKSONOPHOBIE » (définition) + « <i>Welcome to the human race</i> » (©Snake Plissken) = résumé de mon état d'esprit en lisant, il y a quelques jours, les précédents messages du présent fuseau (avec en toile de fond, bien entendu, d'autres considérations au sujet du monde comme il va)... Eh oui, parfois, la lecture d'un fuseau, ça consterne un peu, même sans surprise et même en restant bienveillant...
Et cependant, malgré tout, je m'en voudrais de ne pas essayer d'être au moins un poil plus « constructif » que mes sympathiques congénères (quand même)...
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576040756_lotr_fotr_pj_2001_background1.jpg" width="766">
Merci donc à toi, cher Cédric, notre webmestre, de m'avoir ici rappelé la rediffusion télévisée à ne pas manquer, la semaine dernière, de ce premier film de la première trilogie tolkienienne de PJ. ;-) J'avoue que cela faisait en fait des semaines que je retardai le revisionnage de ce film en DVD version longue, chose que je n'ai pas faite depuis bien des années, et même si la version rediffusée l'autre jour à la télé par la chaîne France 3 était la version cinéma sortie en 2001, cela m'aura remis en quelque sorte le pied à l'étrier.
Une autre chaîne du service public, France 4, avait rediffusée le mois dernier le dernier film de la deuxième trilogie, cette fois-ci en version longue, et pour n'en avoir (re)vu que la dernière partie à ce moment-là, pour la première fois depuis le visionnage de la version « courte » au cinéma en 2014, je n'ai pu qu'en éprouver un assez fort sentiment d'ennui et de ratage à peu près complet en matière d'adaptation du <i>Hobbit</i>, beau roman qui n'avait décidément vraiment pas besoin de faire l'objet de trois films pour être correctement porté à l'écran. Toutes autres ont été mes impressions s'agissant du revisionnage du premier film de la première trilogie, dédiée au <i>Lord of the Rings</i> : même si donc il faudra maintenant que je le revois en version longue (et avec la VO en anglais), j'y ai bien retrouvé les qualités d'introduction à l'univers de Tolkien qui font de ce long métrage, de très loin, le meilleur, toutes trilogies confondues, en matière d'adaptation.
Ayant notamment relu récemment l'intéressante critique que Semprini avait faite de ce film — critique publiée dans la Feuille de la Compagnie N°2 (<i>Tolkien, les racines du légendaire</i>, p. 393-411) en 2003 —, je suis plutôt d'accord avec un bon nombre de ses observations, notamment en ce qui concerne les qualités du casting de l'époque (avec un Ian McKellen, un Sean Bean, une Liv Tyler... convaincants, voire excellents, mais une Cate Blanchett finalement un peu décevante avec le recul, notamment par rapport à ce qu'elle a montré plus tard dans la deuxième trilogie). Je reste en désaccord avec le jugement de Vincent (F.) concernant le traitement de l'histoire d'Arwen et d'Aragorn dans ce film : non, décidément, ce n'est pas « kitch », et la musique de Howard Shore et d'Enya pour ces passages spécifiques du film (autour d'Arwen) me parait toujours très bien (à la différence notamment de la musique dudit Shore liée à Saruman, à l'Isengard, aux Orques et au Mordor, que je trouve toujours trop lourde, voire balourde).
Il m'est arrivé, pendant le revisionnage, d'avoir l'esprit un peu... « parasité » par les souvenirs (forcément ultérieurs à ma découverte du film en salles en décembre 2001) de critiques négatives diverses ayant fait la réputation d'un certain nombre de JRRVFiens, voire aussi parfois « parasité » par le souvenir de certains gags d'une certaine vidéo « poopiste » (<i>Lol Rings</i>) dont il avait été question en 2016 dans un fuseau maraboutesque du présent forum... ou encore par le souvenir de certaines répliques de la VF « remixées » à la sauce médiévalo-deleuzio-rigolote via le site L'ouvreuse.net en 2010... mais cependant, heureusement, il n'y avait pas là de quoi trop « polluer » la sensation, bienvenue et agréable, de « dépoussiérage » de ma vision tolkienophile de ce premier volet de la première trilogie... même si, je l'avoue, je me suis parfois surpris à imaginer (je ne saurai dire exactement pourquoi) la tête de JR quelque part dans le décor lors des séquences de <i>footing</i> forestier des Orques dans la dernière partie du film... ^^'
J'avais déjà lu avec intérêt les romans de JRRT lorsque la première trilogie de PJ commença à arriver dans les salles obscures... mais c'est bien celle-ci qui, à l'époque, et malgré ses défauts (l'absence de Tom Bombadil, entre autres), m'a ramené à Tolkien au tout début de ce siècle : pour ne pas l'avoir oublié, et aussi pour bien d'autres choses, je crois que je n'arriverai jamais à comprendre l'aversion excessive dont, des années après, cette première trilogie continue de faire notoirement l'objet en ces lieux, <i>a fortiori</i> sachant que la deuxième trilogie me parait — aujourd'hui plus encore qu'hier — autrement plus ratée en comparaison... dans la mesure où il s'agit bien ici, toujours, d'appréhender l'œuvre littéraire de Tolkien vis-à-vis de sa capacité à assumer d'autres formes artistiques, pour reprendre une expression de Semprini. Et que l'on ne vienne pas, avec de gros sabots, me parler de jacksonophilie : le cinéma que j'ai appris à apprécier au siècle dernier (celui de Chaplin, de Hitchcock, de Huston, de Visconti, de Leone, de Boorman, de Verhoeven...) ne correspond sans doute que fort peu aux films de PJ, mais je lui reconnais, à travers les meilleurs éléments de sa première trilogie (et en particulier du premier film de celle-ci), une certaine filiation avec ce cinéma-là, celui que l'on s'efforce de faire avec conviction, d'une manière ou d'une autre en prenant des risques, aussi bien artistiques qu'économiques. La première trilogie me parait, avec le recul, s'être situé à un moment de basculement, d'un siècle à l'autre, de ce cinéma ambitieux artistiquement qu'a récemment défendu Martin Scorsese dans le <i>New York Times</i> à ces produits de consommation immédiate sans saveur et sans prise de risques que sont devenus tant de films à grand spectacle de nos jours : la première trilogie de PJ pourrait presque apparaître historiquement comme l'illustration progressive en trois films de ce basculement, même si son caractère inégal renvoie aussi à d'autres éléments et en premier lieu à des choix propres au cinéaste, qui s'est, de film en film de plus en plus approprié un univers au détriment de l'origine littéraire de celui-ci... origine qui, cependant, a été autrement plus maltraitée quelques années plus tard, avec une deuxième trilogie conçue cette fois-ci largement à l'image des produits de consommation immédiate dont j'ai parlé précédemment.
C'est à cette aune que je peux parler d'un « dépoussiérage » bienvenu et agréable de ma vision tolkienophile du premier volet de la première trilogie : il ne s'agit pas de dire bêtement quelque-chose du genre « c'était mieux avant », mais simplement de constater que le ton du deuxième roman de Tolkien a été davantage respecté par Jackson que le ton du premier roman, qu'il y a plus de risques pris intelligemment dans la première trilogie que dans la seconde, et que même si le premier film de la première trilogie semble avoir été fait par un cinéaste alors encore intimidé par l'œuvre de Tolkien, au point de notamment copier volontiers Bakshi, au moins on y sent une certaine authenticité en matière de démarche, de traitement du sujet, de respect de la structure de base de l'histoire, d'usage des moyens techniques, avec encore une fois une certaine prise de risque, d'autant plus louable vis-à-vis d'un roman réputé inadaptable. Le résultat n'est sans doute pas génial, mais il n'est pas non plus déshonorant : honnêtement, pour une vraie catastrophe industrielle, revoyez donc autre chose (<i>Dune</i>, par exemple, même si je pense que David Lynch, dans le cadre d'un seul film, a sans doute fait ce qu'il a pu, à l'époque)...
Amicalement,
Hyarion.
À croire que vous n'aviez (presque) que cela à faire, la semaine dernière... ^^'
Puisque vous n'avez vraiment pas été sages, les enfants <small>(tout adultes reproducteurs que vous soyez censés être par ailleurs !)</small>, je me permets donc d'abord de partager ici un peu de documentation sauce aigre-douce : drame en trois actes, comme dirait Hercule Poirot...
<b>*** Acte 1 ***</b>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576039647_george_abitbol_dave_classe_americaine.jpg" width="766">
<small>George Abitbol (John Wayne, à gauche) et Dave (Paul Newman, à droite) roulant en voiture ; <i>La Classe américaine</i> (<i>mashup</i>, 1993).</small>
« <i>- Ça va bien, M'sieur Abitbol ? Vous avez passé une bonne nuit, sans être indiscret ?
- Au poil. Et t'es pas indiscret. Je suis majeur, et je fais ce que j'ai envie de faire avec mon p'tit corps.
- Dites-moi, pendant que je vous tiens, là... ça veut dire quoi « monde de merde », sans être indiscret ?
- Tu te réveilles à 35 ans pour te demander ce que ça veut dire « monde de merde » ? C'est pas que t'es indiscret, c'est juste que t'es un con. En disant « monde de merde », j'ai voulu dire que le monde allait mal : c'est un cri de révolte que j'ai lancé à mes frères opprimés. Finissons-en avec la résignation et l'indifférence... Ouvrons les yeux ! Partout l'injustice, le nationalisme, l'exclusion... Ça me débecte ! T'as déjà entendu parler de l'hégémonie du grand capital ?
- Non.
- Tu t'intéresses pas à la politique... Ben tu devrais.</i> »
<b>*** Acte 2 ***</b>
[citation]JACKSONOPHOBIE, subst. fém.
<small>(-PHOBIE, élément formant tiré du gr. φ ο ́β ο ς et -φ ο β ι α «peur morbide, crainte»)</small>
<b>A.</b> − PSYCHOPATHOL. Symptôme prévalent d'une névrose obsessionnelle tolkienophile, caractérisé par une réaction d'angoisse ou une répulsion ressentie devant les adaptations cinématographiques des romans de l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien réalisées par le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson et sorties en salles entre 2001 et 2014.
<b>B.</b> − <i>P. ext.</i> Chez les tolkienophiles, aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive vis-à-vis desdites adaptations réalisées par ledit cinéaste.
<b>1.</b> « Parmi les manifestations phobiques tolkieniennes, l'une des plus curieuses est celle qu'on nomme la jacksonophobie. Les analystes définissent, en général, la jacksonophobie comme une passion tolkienophile excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports avec la réception de l'œuvre de J. R. R. Tolkien et de l'interprétation qu'en a proposé Peter Jackson au cinéma avec deux trilogies de films, cette passion conduisant à l'hostilité, à une agressivité plus ou moins refoulée à l'égard des films en question, à un sentiment de culpabilité très intense lié au simple fait d'avoir visionné un jour tout ou partie des deux trilogies, voire par extension à des formes d'iconoclasme (méfiance ou aversion pour les images et leur pouvoir qui "trahiraient" le réel) et de technophobie (aversion partielle ou totale pour le cinéma et la télévision) interrogeant sur l'étendue possible des caractères irraisonnés et disproportionnés d'une tolkienophilie ayant éventuellement mutée en tolkienolâtrie, selon les troubles développés chez certains individus. » (Marginalia de <i>HoMe XIII</i>, note apocryphe non datée [milieu ou fin des années 2010])
<b>2.</b> « Les jacksonophobes sont parmi les plus étonnants. (...) leur phobie des films tolkieniens de Peter Jackson est telle qu'une simple rediffusion d'un des films des deux trilogies à la télévision suffit à les refouler dans les profondeurs de leur aversion (...) en dépit même de la possibilité de voir le contenu des trilogies avec un regard ayant pu évoluer, les toutes premières images apparaissant sur un écran lors de la (re)diffusion des films suffisent aussi à déclencher leur retraite précipitée vers l'abîme de leur névrose. » (<i>Le Point</i>, "Hors-Série spécial névroses : comment les repérer", 30 février 2018, p. 69)[/citation]
<b>*** Acte 3 ***</b>
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576040362_snake_welcome_to_human_race.jpg" width="366">
<small>« <i>Welcome to the human race</i> » :
Snake Plissken (Kurt Russell) soufflant sur l'allumette, après un efficace 666 ; <i>Escape from L.A.</i> (1996).</small>
<b>***</b>
Bref,
« <i>Monde de merde</i> » (©George Abitbol) + « JACKSONOPHOBIE » (définition) + « <i>Welcome to the human race</i> » (©Snake Plissken) = résumé de mon état d'esprit en lisant, il y a quelques jours, les précédents messages du présent fuseau (avec en toile de fond, bien entendu, d'autres considérations au sujet du monde comme il va)... Eh oui, parfois, la lecture d'un fuseau, ça consterne un peu, même sans surprise et même en restant bienveillant...
Et cependant, malgré tout, je m'en voudrais de ne pas essayer d'être au moins un poil plus « constructif » que mes sympathiques congénères (quand même)...
<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1576040756_lotr_fotr_pj_2001_background1.jpg" width="766">
Merci donc à toi, cher Cédric, notre webmestre, de m'avoir ici rappelé la rediffusion télévisée à ne pas manquer, la semaine dernière, de ce premier film de la première trilogie tolkienienne de PJ. ;-) J'avoue que cela faisait en fait des semaines que je retardai le revisionnage de ce film en DVD version longue, chose que je n'ai pas faite depuis bien des années, et même si la version rediffusée l'autre jour à la télé par la chaîne France 3 était la version cinéma sortie en 2001, cela m'aura remis en quelque sorte le pied à l'étrier.
Une autre chaîne du service public, France 4, avait rediffusée le mois dernier le dernier film de la deuxième trilogie, cette fois-ci en version longue, et pour n'en avoir (re)vu que la dernière partie à ce moment-là, pour la première fois depuis le visionnage de la version « courte » au cinéma en 2014, je n'ai pu qu'en éprouver un assez fort sentiment d'ennui et de ratage à peu près complet en matière d'adaptation du <i>Hobbit</i>, beau roman qui n'avait décidément vraiment pas besoin de faire l'objet de trois films pour être correctement porté à l'écran. Toutes autres ont été mes impressions s'agissant du revisionnage du premier film de la première trilogie, dédiée au <i>Lord of the Rings</i> : même si donc il faudra maintenant que je le revois en version longue (et avec la VO en anglais), j'y ai bien retrouvé les qualités d'introduction à l'univers de Tolkien qui font de ce long métrage, de très loin, le meilleur, toutes trilogies confondues, en matière d'adaptation.
Ayant notamment relu récemment l'intéressante critique que Semprini avait faite de ce film — critique publiée dans la Feuille de la Compagnie N°2 (<i>Tolkien, les racines du légendaire</i>, p. 393-411) en 2003 —, je suis plutôt d'accord avec un bon nombre de ses observations, notamment en ce qui concerne les qualités du casting de l'époque (avec un Ian McKellen, un Sean Bean, une Liv Tyler... convaincants, voire excellents, mais une Cate Blanchett finalement un peu décevante avec le recul, notamment par rapport à ce qu'elle a montré plus tard dans la deuxième trilogie). Je reste en désaccord avec le jugement de Vincent (F.) concernant le traitement de l'histoire d'Arwen et d'Aragorn dans ce film : non, décidément, ce n'est pas « kitch », et la musique de Howard Shore et d'Enya pour ces passages spécifiques du film (autour d'Arwen) me parait toujours très bien (à la différence notamment de la musique dudit Shore liée à Saruman, à l'Isengard, aux Orques et au Mordor, que je trouve toujours trop lourde, voire balourde).
Il m'est arrivé, pendant le revisionnage, d'avoir l'esprit un peu... « parasité » par les souvenirs (forcément ultérieurs à ma découverte du film en salles en décembre 2001) de critiques négatives diverses ayant fait la réputation d'un certain nombre de JRRVFiens, voire aussi parfois « parasité » par le souvenir de certains gags d'une certaine vidéo « poopiste » (<i>Lol Rings</i>) dont il avait été question en 2016 dans un fuseau maraboutesque du présent forum... ou encore par le souvenir de certaines répliques de la VF « remixées » à la sauce médiévalo-deleuzio-rigolote via le site L'ouvreuse.net en 2010... mais cependant, heureusement, il n'y avait pas là de quoi trop « polluer » la sensation, bienvenue et agréable, de « dépoussiérage » de ma vision tolkienophile de ce premier volet de la première trilogie... même si, je l'avoue, je me suis parfois surpris à imaginer (je ne saurai dire exactement pourquoi) la tête de JR quelque part dans le décor lors des séquences de <i>footing</i> forestier des Orques dans la dernière partie du film... ^^'
J'avais déjà lu avec intérêt les romans de JRRT lorsque la première trilogie de PJ commença à arriver dans les salles obscures... mais c'est bien celle-ci qui, à l'époque, et malgré ses défauts (l'absence de Tom Bombadil, entre autres), m'a ramené à Tolkien au tout début de ce siècle : pour ne pas l'avoir oublié, et aussi pour bien d'autres choses, je crois que je n'arriverai jamais à comprendre l'aversion excessive dont, des années après, cette première trilogie continue de faire notoirement l'objet en ces lieux, <i>a fortiori</i> sachant que la deuxième trilogie me parait — aujourd'hui plus encore qu'hier — autrement plus ratée en comparaison... dans la mesure où il s'agit bien ici, toujours, d'appréhender l'œuvre littéraire de Tolkien vis-à-vis de sa capacité à assumer d'autres formes artistiques, pour reprendre une expression de Semprini. Et que l'on ne vienne pas, avec de gros sabots, me parler de jacksonophilie : le cinéma que j'ai appris à apprécier au siècle dernier (celui de Chaplin, de Hitchcock, de Huston, de Visconti, de Leone, de Boorman, de Verhoeven...) ne correspond sans doute que fort peu aux films de PJ, mais je lui reconnais, à travers les meilleurs éléments de sa première trilogie (et en particulier du premier film de celle-ci), une certaine filiation avec ce cinéma-là, celui que l'on s'efforce de faire avec conviction, d'une manière ou d'une autre en prenant des risques, aussi bien artistiques qu'économiques. La première trilogie me parait, avec le recul, s'être situé à un moment de basculement, d'un siècle à l'autre, de ce cinéma ambitieux artistiquement qu'a récemment défendu Martin Scorsese dans le <i>New York Times</i> à ces produits de consommation immédiate sans saveur et sans prise de risques que sont devenus tant de films à grand spectacle de nos jours : la première trilogie de PJ pourrait presque apparaître historiquement comme l'illustration progressive en trois films de ce basculement, même si son caractère inégal renvoie aussi à d'autres éléments et en premier lieu à des choix propres au cinéaste, qui s'est, de film en film de plus en plus approprié un univers au détriment de l'origine littéraire de celui-ci... origine qui, cependant, a été autrement plus maltraitée quelques années plus tard, avec une deuxième trilogie conçue cette fois-ci largement à l'image des produits de consommation immédiate dont j'ai parlé précédemment.
C'est à cette aune que je peux parler d'un « dépoussiérage » bienvenu et agréable de ma vision tolkienophile du premier volet de la première trilogie : il ne s'agit pas de dire bêtement quelque-chose du genre « c'était mieux avant », mais simplement de constater que le ton du deuxième roman de Tolkien a été davantage respecté par Jackson que le ton du premier roman, qu'il y a plus de risques pris intelligemment dans la première trilogie que dans la seconde, et que même si le premier film de la première trilogie semble avoir été fait par un cinéaste alors encore intimidé par l'œuvre de Tolkien, au point de notamment copier volontiers Bakshi, au moins on y sent une certaine authenticité en matière de démarche, de traitement du sujet, de respect de la structure de base de l'histoire, d'usage des moyens techniques, avec encore une fois une certaine prise de risque, d'autant plus louable vis-à-vis d'un roman réputé inadaptable. Le résultat n'est sans doute pas génial, mais il n'est pas non plus déshonorant : honnêtement, pour une vraie catastrophe industrielle, revoyez donc autre chose (<i>Dune</i>, par exemple, même si je pense que David Lynch, dans le cadre d'un seul film, a sans doute fait ce qu'il a pu, à l'époque)...
Amicalement,
Hyarion.

