Ah, décidément, PJ n'a pas de chance avec les lecteurs de Tolkien les plus intransigeants : c'est donc bien spécifiquement à lui que s'adressaient, entre autres, toutes ces railleries plus ou moins cinéphobes sur les "images qui bougent", durant toutes ces années, même si c'est bien parfois tout le cinéma en général qui s'en est trouvé éclaboussé, je persiste à le penser. ^^' D'où sans doute cette forte impression d'iconoclasme que j'ai souvent perçu sur la planète Tolkien, et qui ne partait pas de rien... Bref, voila ce qui arrive quand les critiques manquent de nuances ! ;-)
Convoquer en tout cas le fameux statut d'"étoilé" pour parler de <i>Star Wars</i> ou de Harry Potter adapté au cinéma a quelque-chose... d'audacieux : ces séries de films pour tous publics ouvrant sur de vastes univers de fiction ne valent pas mieux que les trilogies tolkieniennes de PJ, sachant que de mon point de vue, ce n'est évidemment pas là un jugement dépréciatif (au contraire, même). :-)
Décidément, à chaque fois que l'on évoque l'esprit de Faërie en ces lieux, cela m'en apprend plus sur les goûts sélectifs des personnes qui en parlent que sur cet esprit lui-même et sa dimension universelle (Yyr, si tu nous lis...). ;-)
Je veux bien te croire, cher Elendil, mais le temps passe et tu te doutes bien que l'on ne regarde plus la télévision comme on le faisait il y a vingt ans. Depuis l'arrivée conjointe dans l'équation du World Wide Web grand public et de l'ordinateur individuel (précisément dans la deuxième moitié des années 1990), l'industrie audiovisuelle a considérablement changée, et à la heure de la multiplication des offres et des supports, il n'est plus question, depuis longtemps, de parler seulement de cinéma et de télévision. Soyons lucides là-dessus : avec nos films de cinéma et nos DVDs, la discussion que nous avons est, en ce sens, une discussion de "vieux". ^^' De nos jours, à l'heure de la profusion des écrans, les programmes des chaînes de télévision (y compris un certain nombre de films de cinéma) sont de plus en plus regardables et regardés sur ordinateur, sur tablette et sur smartphone. Avoir un poste de télévision n'est donc même plus obligatoire pour regarder la TV. À cette aune, qui est le plus susceptible d'éventuellement se porter le mieux ? Celui qui n'a pas de télé, mais peut passer sa vie tout autant devant des écrans, avant ou après avoir nourri ses poules ? Ou celui qui a une télé, mais qui ne passe pas toute sa vie devant des écrans pour autant, avec ou sans poules ? Question de point de vue ! ;-) ;-) ;-)
À la lumière notamment d'une petite expérience parisienne passée au milieu d'un public de studio de télé, à une époque où les forums/fora étaient encore jeunes sur la Toile, mon regard sur la télévision était déjà critique il y a une vingtaine d'années et il l'est toujours aujourd'hui. La télévision qui court après l'audimat, la télévision aux "couleurs vomitives d'un quotidien plus sale encore que la vraie vie" (ainsi que l'écrivait Pierre Marcelle, journaliste farouchement anti-télé), la télévision qui divertit facilement sans instruire, la télévision qui nivèle les esprits par le bas (qui les "lepénisent" même, comme on disait alors), cette télévision-là, on a tous pu la voir à l'œuvre dans les années 1990 et 2000, à un moment ou à un autre, même en ayant un rapport plus ou moins distancié à l'objet télé <small>(personnellement, quand je suis né, il n'y avait pas de télé à la maison, et lorsqu'elle est finalement arrivée quelques années plus tard, c'était une petite télévision en noir et blanc, remplacée assez tardivement par une télé en couleurs, seulement vers l'âge de quatorze ans : jusqu'alors, quand je voulais voir un film à la télé en couleurs [<i>Les Aventuriers de l'Arche perdue</i> ou <i>Qui veut la peau de Roger Rabbit ?</i>, par exemple], j'allais chez ma grand-mère... et j'ai par ailleurs passé de très nombreux étés de mon enfance et de mon adolescence à la campagne, sans télévision ni téléphone, à lire quantité de livres, dont les romans de Tolkien)</small>...
Mais au-delà de la course à l'audimat et de la "poisse cathodique" (encore une expression de P. Marcelle), la télé propose aussi beaucoup d'autres choses (films de cinéma, documentaires, séries, émissions d'actualité parfois très bien faites selon les chaînes...), et suffisamment sans doute pour l'on ne soit pas obligé d'éprouver de l'aversion à l'égard du medium en soi. Tu parles, à raison, de "divertissement passif" : bien évidemment que l'on est passif devant la télé, et c'est là une des grandes différences avec la lecture d'un livre, notamment ! :-) Mais de nos jours, la question devrait, à mon avis, être repensée dans le contexte plus large de la captivité et de la dépendance que l'on éprouve vis-à-vis des écrans en général... car le monde a bien changé, depuis le temps où l'écran de télé régnait à peu près seul dans le quotidien des foyers : à cette aune, en matière de dosage évidemment nécessaire, j'en suis venu à me demander si, aujourd'hui, il n'est pas finalement devenu plus facile d'éteindre son poste de télévision que d'éteindre son ordinateur ou son smartphone...
C'est évident. J'en profite pour signaler que l'intéressant documentaire diffusé en octobre dernier auquel tu fais allusion - "Léonard de Vinci : le chef-d'œuvre redécouvert", consacré au tableau <i>La Vierge au fuseau</i> (<i>peut-être</i> attribuable au maître) -, est toujours accessible sur le site d'ARTE jusqu'au 31 décembre : https://www.arte.tv/fr/videos/081544-000...decouvert/ ^^
Ah, désolé, mais là, cher Silmo, je ne te suis plus. En fait, il en est de <i>Star Wars</i> comme il en est de PJ : pour moi, c'est fini depuis la fin de la deuxième trilogie, laquelle dans les deux cas n'aura pas été à la hauteur de la première. Ce n'est pas faute d'avoir été bon public : je me souviens de ma découverte, à l'école primaire, de <i>L'Empire contre-attaque</i> à travers un livre illustré qui racontait l'histoire de l'Épisode V, je me souviens de ma détestation de Canal+ lorsque cette chaîne privée cryptée m'a empêché une première fois, enfant, de voir ce film à cause précisément de son cryptage minable (j'ai pu enfin voir ledit film à la télé avec bonheur quelques années plus tard, sur une chaîne publique), et je me souviens aussi encore de cette soirée de juillet 1999, dans un cinéma de Las Vegas, il y a donc vingt ans cette année, soirée durant laquelle j'avais tenu à voir sur grand écran l'Épisode I (<i>The Phantom Menace</i>) quelques mois avant sa sortie en salles en France (en octobre)... Avec le recul, si on m'avait proposé de voir à la place le premier film de la première trilogie tolkienienne de PJ, cela m'aurait peut-être spontanément davantage séduit "mythologiquement" (mais bon, de toute façon, le début du tournage de ladite première trilogie n'a précisément commencé, en Nouvelle-Zélande, qu'au moment de la sortie en salles en France de l'Épisode I de George Lucas, donc il n'y a rien à regretter même en théorie)...
J'ai joué le jeu jusqu'au bout de l'Épisode III en 2005, mais cela fait maintenant bien des années que j'ai renoncé à m'intéresser à <i>Star Wars</i>, même s'il reste, certes, toujours la possibilité de se "rattraper" avec les rediffusions télévisées des épisodes tournés plus récemment... Comme j'ai pu déjà l'écrire ailleurs il y a quelque temps, il me parait à présent impossible de même se sentir libre d'apprécier la création telle qu'elle se décline aujourd'hui, essentiellement par la faute de ceux qui ont, ou ont eu, ladite création entre les mains. George Lucas avait déjà commencé à faire n'importe quoi du temps où il était encore seul maître à bord, mais depuis le <i>deal</i> juteux (4 milliards de dollars, quand même) passé avec Disney, on est encore passé dans une autre dimension, propice aux pires travers de ce que j'appelle le "fanariat", dimension qui n'a plus rien à voir avec la "galaxie lointaine, très lointaine" du départ... et de fait, cela ne m'intéresse plus du tout.
Mais je te souhaite tout de même, cher Silmo, ainsi qu'aux autres personnes intéressées, une bonne prochaine séance du mercredi matin. ;-)
Sans aller jusqu'à discuter de la définition au sens large que l'on peut donner, tel Roland Barthes, à la notion de mythologie, j'ai du mal à voir en <i>Star Wars</i> "notre" mythologie, et c'est la même chose à vrai dire s'agissant des super-héros issus des <i>comics</i> mis en scène <i>ad nauseam</i> au cinéma de nos jours, et dont on dit aussi qu'ils constitueraient une "mythologie de notre temps". D'une part, tout cela ne me fait pas rêver comme les mythologies anciennes, de l'Antiquité en particulier, lesquelles pour le coup sont aussi "nos" mythologies (transmises en héritage) et même à mes yeux davantage, mais bien sûr c'est là une question de perception personnelle. Au-delà d'une question de scénario, ce qui me dérange plus fondamentalement, c'est la dimension industrielle et privatisée de ces "nouvelles mythologies" transmédiatiques : la dimension copyrightesque de la chose me semble en particulier irrémédiablement suspecte, tant elle place le public intéressé dans une position plus ou moins captive qui ne me parait en soi ni vraiment libre, ni vraiment créative. En un sens, à mes yeux, s'il l'on devait convenir que ce sont bien là "nos" mythologies, cela relèverait alors d'un constat, plutôt cruellement ironique, de l'existence de mythologies consuméristes parfaitement adaptées à l'horizon capitaliste... Alors, certes, à cette aune, on peut toujours sincèrement apprécier tel ou tel film relevant de telle ou telle "franchise", mais même sur ce plan-là, je crois que nous sommes trop souvent en présence, sur le fond comme sur la forme, d'un cinéma sans prise de risques, soit précisément celui qu'a critiqué Scorsese récemment, avec justesse m'a-t-il semblé.
Je t'en veux encore de t'être indirectement arrangé pour que le Dragon et sa fée me fassent voir un jour cette épouvantable daube qu'est <i>Barbarians</i>, mais dans le fond, je suis plutôt comme toi, et si j'étais très sélectif à mes débuts, il y a en fait maintenant un peu de tout dans ma vidéothèque...
<small>Tiens, si je prends au pif la première pile d'une quizaine de DVDs qui me vient sous la main, et que je les cite en vrac comme ça vient, je constate que <i>Mon Oncle Benjamin</i> de Molinaro cotoie <i>la Rue de la Honte</i> de Mizoguchi, <i>les Chevaliers de la Table Ronde</i> de Thorpe, <i>Jamais plus jamais</i> de Kershner (parait-il le plus mauvais James Bond, mais c'est peut-être mon préféré finalement), <i>La Neuvième Porte</i> de Polanski, <i>la Guerre du Feu</i> de J.-J. Annaud, <i>le Choc des Titans</i> de Desmond Davis (avec Ray Harryhausen !), <i>La Porte du Paradis</i> de Cimino, <i>Ulysse</i> de Camerini (avec Kirk Douglas !), <i>Basic Instinct</i> de Paul Verhoeven (avec Michael Douglas !), <i>Les deux Anglaises [et le Continent]</i> de Truffaut, <i>Orange Mécanique</i> de Kubrick, <i>Moulin Rouge</i> de John Houston, <i>Le Temps retrouvé</i> de Ruiz, <i>Cléopâtre</i> de Mankiewicz, sans oublier <i>le Seigneur de Anneaux</i>... de Bakshi (mais j'ai aussi la version longue de PJ... ;-) ...) ! Bref, on aura surtout compris que ma vidéothèque n'est pas rigoureusement classée... ^^'</small>
Pour ma part, je ne sais pas : je ne me projette pas aussi loin, à vrai dire ! ^^'
Le même film en boucle chaque jour ? C'est comme les livres, il m'en faudrait plusieurs... Spontanément, comme ça, je citerai bien <i>The Good, the Bad and the Ugly</i> de Sergio Leone <small>(vu pour la première fois avec la petite télé en noir et blanc... et je le connais tellement bien que j'ai immédiatement reconnu les inévitables emprunts de Tarantino dans son dernier film, sorti cet été)</small>, <i>Excalibur</i> de John Boorman, <i>Flesh+Blood</i> de Paul Verhoeven, <i>The Big Lebowski</i> des frères Coen, <i>Cyrano de Bergerac</i> de Jean-Paul Rappeneau... mais pourquoi pas aussi un film de Hitchcock (avec Grace Kelly au casting, de préférence) ? Et puisque l'on ne cite souvent que des hommes, si je devais choisir le film d'<i>une</i> cinéaste, ce serait un film de Jane Campion.
Bien évidemment, cher JR. ;-)
À condition toutefois qu'il ne soit plus du tout là question d'adaptation, bien sûr : autant PJ, quoi que l'on pense de lui, est censé avoir tenté d'adapter <i>le Seigneur des Anneaux</i> de Tolkien, autant Milius n'a pas cherché pour sa part à adapter le personnage littéraire original de Conan créé par Robert E. Howard : le scénario de Milius et Oliver Stone emprunte certes quelques éléments à l'œuvre de Howard, tous sortis de leur contexte (un personnage de barbare qui s'appelle Conan, qui est Cimmérien, qui vit à l'Âge Hyborien, qui est crucifié, qui deviendra roi d'Aquilonie, qui affronte un ennemi dont le nom - Thulsa Doom - est emprunté à une histoire de Kull et non à une histoire de Conan...), mais pour raconter finalement vraiment <i>tout autre chose</i> qu'une histoire de Conan de Howard. Ceci étant rappelé (nous en avons déjà discuté), j'avoue que j'aurai tendance à être d'accord avec toi, mon avis rejoignant aujourd'hui plutôt celui d'Olivier Le Borgne, tel qu'il l'a exprimé dans cette fameuse émission nocturne de France Musique consacrée à la merveilleuse musique de Basil Poledouris pour le film de Milius, dont j'ai déjà parlé en ces lieux et qui est toujours réécoutable : https://www.francemusique.fr/emissions/f...-1-2-23156
[citation=<small>Olivier Le Borgne, "Les bandes à Basil (1/2)", programmation de "France Musique la Nuit... Quel méli-mélo, dis !", émission de la radio France Musique, diffusée le 18 février 2014.</small>][...] le film de John Milius sorti en 82, <i>Conan le Barbare</i>, un monument d'heroic fantasy, un grand film qui tient toujours la route, car les décors, les costumes n'ont absolument pas vieilli... Et c'est un film, soit dit en passant, qui dame le pion à la trilogie de Peter Jackson <i>Le Seigneur des Anneaux</i> : je trouve personnellement ce film amplement supérieur à cette trilogie.[/citation]
Mise à part la mention "heroic fantasy" (on le sait, je préfère parler de "fantasy" tout court, pour Howard comme pour Tolkien, Morris ou Martin), ces mots pourraient être les miens, en fait, même si je persiste à trouver de bien réelles qualités à la première trilogie de PJ et en particulier au premier film de cette trilogie. ;-) Mais il me parait cependant évident que le film de Milius (qui a certes aussi ses défauts) a une homogénéité, une originalité, un lyrisme, un côté artisanal aussi, qui font de lui un solide long métrage, taillé pour mieux vieillir que les films de PJ, et au moins en cela on peut dire qu'il leur dame le pion. Mes impressions précédemment partagées ici concernant le film <i>La Communauté de l'Annneau</i> n'en restent cependant pas moins d'actualité. ;-p
Amicalement à toutes et tous,
Hyarion.
Convoquer en tout cas le fameux statut d'"étoilé" pour parler de <i>Star Wars</i> ou de Harry Potter adapté au cinéma a quelque-chose... d'audacieux : ces séries de films pour tous publics ouvrant sur de vastes univers de fiction ne valent pas mieux que les trilogies tolkieniennes de PJ, sachant que de mon point de vue, ce n'est évidemment pas là un jugement dépréciatif (au contraire, même). :-)
Décidément, à chaque fois que l'on évoque l'esprit de Faërie en ces lieux, cela m'en apprend plus sur les goûts sélectifs des personnes qui en parlent que sur cet esprit lui-même et sa dimension universelle (Yyr, si tu nous lis...). ;-)
Elendil Wrote:De fait, j'ai passé, je crois bien, dix-sept ans sans télévision, et je n'ai pas le sentiment de m'en porter plus mal pour autant.
Je veux bien te croire, cher Elendil, mais le temps passe et tu te doutes bien que l'on ne regarde plus la télévision comme on le faisait il y a vingt ans. Depuis l'arrivée conjointe dans l'équation du World Wide Web grand public et de l'ordinateur individuel (précisément dans la deuxième moitié des années 1990), l'industrie audiovisuelle a considérablement changée, et à la heure de la multiplication des offres et des supports, il n'est plus question, depuis longtemps, de parler seulement de cinéma et de télévision. Soyons lucides là-dessus : avec nos films de cinéma et nos DVDs, la discussion que nous avons est, en ce sens, une discussion de "vieux". ^^' De nos jours, à l'heure de la profusion des écrans, les programmes des chaînes de télévision (y compris un certain nombre de films de cinéma) sont de plus en plus regardables et regardés sur ordinateur, sur tablette et sur smartphone. Avoir un poste de télévision n'est donc même plus obligatoire pour regarder la TV. À cette aune, qui est le plus susceptible d'éventuellement se porter le mieux ? Celui qui n'a pas de télé, mais peut passer sa vie tout autant devant des écrans, avant ou après avoir nourri ses poules ? Ou celui qui a une télé, mais qui ne passe pas toute sa vie devant des écrans pour autant, avec ou sans poules ? Question de point de vue ! ;-) ;-) ;-)
Elendil Wrote:Et si je dois admettre une certaine aversion — réelle — pour la télévision, c'est pour la facilité qu'elle offre de s'adonner à un divertissement passif de qualité bien souvent douteuse (mais pas systématiquement non plus, je ne voudrais pas généraliser) et pour le risque que cela engendre d'y consacrer l'essentiel de son temps libre au détriment d'activités plus créatrices (un risque, qui certes ne se matérialise guère pour les lecteurs de JRRVF, je pense).
À la lumière notamment d'une petite expérience parisienne passée au milieu d'un public de studio de télé, à une époque où les forums/fora étaient encore jeunes sur la Toile, mon regard sur la télévision était déjà critique il y a une vingtaine d'années et il l'est toujours aujourd'hui. La télévision qui court après l'audimat, la télévision aux "couleurs vomitives d'un quotidien plus sale encore que la vraie vie" (ainsi que l'écrivait Pierre Marcelle, journaliste farouchement anti-télé), la télévision qui divertit facilement sans instruire, la télévision qui nivèle les esprits par le bas (qui les "lepénisent" même, comme on disait alors), cette télévision-là, on a tous pu la voir à l'œuvre dans les années 1990 et 2000, à un moment ou à un autre, même en ayant un rapport plus ou moins distancié à l'objet télé <small>(personnellement, quand je suis né, il n'y avait pas de télé à la maison, et lorsqu'elle est finalement arrivée quelques années plus tard, c'était une petite télévision en noir et blanc, remplacée assez tardivement par une télé en couleurs, seulement vers l'âge de quatorze ans : jusqu'alors, quand je voulais voir un film à la télé en couleurs [<i>Les Aventuriers de l'Arche perdue</i> ou <i>Qui veut la peau de Roger Rabbit ?</i>, par exemple], j'allais chez ma grand-mère... et j'ai par ailleurs passé de très nombreux étés de mon enfance et de mon adolescence à la campagne, sans télévision ni téléphone, à lire quantité de livres, dont les romans de Tolkien)</small>...
Mais au-delà de la course à l'audimat et de la "poisse cathodique" (encore une expression de P. Marcelle), la télé propose aussi beaucoup d'autres choses (films de cinéma, documentaires, séries, émissions d'actualité parfois très bien faites selon les chaînes...), et suffisamment sans doute pour l'on ne soit pas obligé d'éprouver de l'aversion à l'égard du medium en soi. Tu parles, à raison, de "divertissement passif" : bien évidemment que l'on est passif devant la télé, et c'est là une des grandes différences avec la lecture d'un livre, notamment ! :-) Mais de nos jours, la question devrait, à mon avis, être repensée dans le contexte plus large de la captivité et de la dépendance que l'on éprouve vis-à-vis des écrans en général... car le monde a bien changé, depuis le temps où l'écran de télé régnait à peu près seul dans le quotidien des foyers : à cette aune, en matière de dosage évidemment nécessaire, j'en suis venu à me demander si, aujourd'hui, il n'est pas finalement devenu plus facile d'éteindre son poste de télévision que d'éteindre son ordinateur ou son smartphone...
Silmo Wrote:ps : le télé est un média comme un autre. On n'est pas obligé de tout y voir, ni TF1 ni BFM, ni C8. De même qu'on ne lit pas tous les journaux du matin ou du soir, de même qu'on n'écoute pas toutes les radios, de France Inter à Rires et Chansons ou Nostalgie. Sacrebleu, vive le théâtre, la danse, l'opéra, les vieux cinoches mais aussi de temps en temps une bonne daube paresseuse sur le petit écran.
pps: sans Arte, je n'aurais pas regardé du même œil la "Vierge au fuseau" dans l'expo Léonard au Louvre.
On fait bien le tri dans ce qu'on va voir au Ciné, au théâtre, à la bibliothèque. On peut aussi le faire avec l'audiovisuel.
C'est évident. J'en profite pour signaler que l'intéressant documentaire diffusé en octobre dernier auquel tu fais allusion - "Léonard de Vinci : le chef-d'œuvre redécouvert", consacré au tableau <i>La Vierge au fuseau</i> (<i>peut-être</i> attribuable au maître) -, est toujours accessible sur le site d'ARTE jusqu'au 31 décembre : https://www.arte.tv/fr/videos/081544-000...decouvert/ ^^
Silmo Wrote:ppss: by the way, places déjà réservées pour la 1ere de Star Wars 9 mercredi matin à 10h00 :-)
Ah, désolé, mais là, cher Silmo, je ne te suis plus. En fait, il en est de <i>Star Wars</i> comme il en est de PJ : pour moi, c'est fini depuis la fin de la deuxième trilogie, laquelle dans les deux cas n'aura pas été à la hauteur de la première. Ce n'est pas faute d'avoir été bon public : je me souviens de ma découverte, à l'école primaire, de <i>L'Empire contre-attaque</i> à travers un livre illustré qui racontait l'histoire de l'Épisode V, je me souviens de ma détestation de Canal+ lorsque cette chaîne privée cryptée m'a empêché une première fois, enfant, de voir ce film à cause précisément de son cryptage minable (j'ai pu enfin voir ledit film à la télé avec bonheur quelques années plus tard, sur une chaîne publique), et je me souviens aussi encore de cette soirée de juillet 1999, dans un cinéma de Las Vegas, il y a donc vingt ans cette année, soirée durant laquelle j'avais tenu à voir sur grand écran l'Épisode I (<i>The Phantom Menace</i>) quelques mois avant sa sortie en salles en France (en octobre)... Avec le recul, si on m'avait proposé de voir à la place le premier film de la première trilogie tolkienienne de PJ, cela m'aurait peut-être spontanément davantage séduit "mythologiquement" (mais bon, de toute façon, le début du tournage de ladite première trilogie n'a précisément commencé, en Nouvelle-Zélande, qu'au moment de la sortie en salles en France de l'Épisode I de George Lucas, donc il n'y a rien à regretter même en théorie)...
Silmo Wrote:PS: Rogue One, c'est super. SW8 aussi (Holdo, le sel rouge, etc), le SW7moins bien,j'ai bien aimé le 8 sauf les 20 min dans un casino flottant façon 5e élément.
J'ai joué le jeu jusqu'au bout de l'Épisode III en 2005, mais cela fait maintenant bien des années que j'ai renoncé à m'intéresser à <i>Star Wars</i>, même s'il reste, certes, toujours la possibilité de se "rattraper" avec les rediffusions télévisées des épisodes tournés plus récemment... Comme j'ai pu déjà l'écrire ailleurs il y a quelque temps, il me parait à présent impossible de même se sentir libre d'apprécier la création telle qu'elle se décline aujourd'hui, essentiellement par la faute de ceux qui ont, ou ont eu, ladite création entre les mains. George Lucas avait déjà commencé à faire n'importe quoi du temps où il était encore seul maître à bord, mais depuis le <i>deal</i> juteux (4 milliards de dollars, quand même) passé avec Disney, on est encore passé dans une autre dimension, propice aux pires travers de ce que j'appelle le "fanariat", dimension qui n'a plus rien à voir avec la "galaxie lointaine, très lointaine" du départ... et de fait, cela ne m'intéresse plus du tout.
Mais je te souhaite tout de même, cher Silmo, ainsi qu'aux autres personnes intéressées, une bonne prochaine séance du mercredi matin. ;-)
Silmo Wrote:Du point de vue scénario, je considère -mais là encore ce n'est qu'une opinion perso - que Star Wars est "notre" mythologie moderne, bien plus que le SdA.
L'antiquité a eu l'Iliade et et l'Odyssée, le Moyen-Âge a eu la geste d'Arthur, la renaissance le Roland Furieux et le 19eme a eu Balzac, Hugo et Dostoievski.
Notre mythologie à nous, c'est SW avec les mêmes ressorts (bien/mal, famille/déchirements, guerre/ paix, trahisons/amours / pouvoir / héros) On a tous les ingrédients et ils sont plutôt bien gérés.
Sans aller jusqu'à discuter de la définition au sens large que l'on peut donner, tel Roland Barthes, à la notion de mythologie, j'ai du mal à voir en <i>Star Wars</i> "notre" mythologie, et c'est la même chose à vrai dire s'agissant des super-héros issus des <i>comics</i> mis en scène <i>ad nauseam</i> au cinéma de nos jours, et dont on dit aussi qu'ils constitueraient une "mythologie de notre temps". D'une part, tout cela ne me fait pas rêver comme les mythologies anciennes, de l'Antiquité en particulier, lesquelles pour le coup sont aussi "nos" mythologies (transmises en héritage) et même à mes yeux davantage, mais bien sûr c'est là une question de perception personnelle. Au-delà d'une question de scénario, ce qui me dérange plus fondamentalement, c'est la dimension industrielle et privatisée de ces "nouvelles mythologies" transmédiatiques : la dimension copyrightesque de la chose me semble en particulier irrémédiablement suspecte, tant elle place le public intéressé dans une position plus ou moins captive qui ne me parait en soi ni vraiment libre, ni vraiment créative. En un sens, à mes yeux, s'il l'on devait convenir que ce sont bien là "nos" mythologies, cela relèverait alors d'un constat, plutôt cruellement ironique, de l'existence de mythologies consuméristes parfaitement adaptées à l'horizon capitaliste... Alors, certes, à cette aune, on peut toujours sincèrement apprécier tel ou tel film relevant de telle ou telle "franchise", mais même sur ce plan-là, je crois que nous sommes trop souvent en présence, sur le fond comme sur la forme, d'un cinéma sans prise de risques, soit précisément celui qu'a critiqué Scorsese récemment, avec justesse m'a-t-il semblé.
Silmo Wrote:Chacun ses goûts! Aucun n'est mauvais sauf de ne pas en avoir.
Pour ma part, je confesse collectionner le meilleur et le pire, fidèle à mon mantra "j'ai pas de honte" : Tous les Funès, tous les Fellini, tous les Pirates des Caraïbes, tous les Sautet, les Tavernier, les Yves Robert, les Visconti, les Kurosawa comme les Zidi, etc. Tout est bon dans le cochon.
Je t'en veux encore de t'être indirectement arrangé pour que le Dragon et sa fée me fassent voir un jour cette épouvantable daube qu'est <i>Barbarians</i>, mais dans le fond, je suis plutôt comme toi, et si j'étais très sélectif à mes débuts, il y a en fait maintenant un peu de tout dans ma vidéothèque...
<small>Tiens, si je prends au pif la première pile d'une quizaine de DVDs qui me vient sous la main, et que je les cite en vrac comme ça vient, je constate que <i>Mon Oncle Benjamin</i> de Molinaro cotoie <i>la Rue de la Honte</i> de Mizoguchi, <i>les Chevaliers de la Table Ronde</i> de Thorpe, <i>Jamais plus jamais</i> de Kershner (parait-il le plus mauvais James Bond, mais c'est peut-être mon préféré finalement), <i>La Neuvième Porte</i> de Polanski, <i>la Guerre du Feu</i> de J.-J. Annaud, <i>le Choc des Titans</i> de Desmond Davis (avec Ray Harryhausen !), <i>La Porte du Paradis</i> de Cimino, <i>Ulysse</i> de Camerini (avec Kirk Douglas !), <i>Basic Instinct</i> de Paul Verhoeven (avec Michael Douglas !), <i>Les deux Anglaises [et le Continent]</i> de Truffaut, <i>Orange Mécanique</i> de Kubrick, <i>Moulin Rouge</i> de John Houston, <i>Le Temps retrouvé</i> de Ruiz, <i>Cléopâtre</i> de Mankiewicz, sans oublier <i>le Seigneur de Anneaux</i>... de Bakshi (mais j'ai aussi la version longue de PJ... ;-) ...) ! Bref, on aura surtout compris que ma vidéothèque n'est pas rigoureusement classée... ^^'</small>
Silmo Wrote:Quand je serai plus vieux et plus gâteux, je regarderai chaque jour le même film en boucle - pourvu que ce soit un Chaplin, un Raul Ruiz ou un Sorrentino ou peut-être un Star Wars, qui sait?
Pour ma part, je ne sais pas : je ne me projette pas aussi loin, à vrai dire ! ^^'
Le même film en boucle chaque jour ? C'est comme les livres, il m'en faudrait plusieurs... Spontanément, comme ça, je citerai bien <i>The Good, the Bad and the Ugly</i> de Sergio Leone <small>(vu pour la première fois avec la petite télé en noir et blanc... et je le connais tellement bien que j'ai immédiatement reconnu les inévitables emprunts de Tarantino dans son dernier film, sorti cet été)</small>, <i>Excalibur</i> de John Boorman, <i>Flesh+Blood</i> de Paul Verhoeven, <i>The Big Lebowski</i> des frères Coen, <i>Cyrano de Bergerac</i> de Jean-Paul Rappeneau... mais pourquoi pas aussi un film de Hitchcock (avec Grace Kelly au casting, de préférence) ? Et puisque l'on ne cite souvent que des hommes, si je devais choisir le film d'<i>une</i> cinéaste, ce serait un film de Jane Campion.
ISENGAR Wrote:...un des meilleurs films de fantasy tournés jusqu'ici - après le <i>Conan</i> de John Milius, bien évidemment :p ...
Bien évidemment, cher JR. ;-)
À condition toutefois qu'il ne soit plus du tout là question d'adaptation, bien sûr : autant PJ, quoi que l'on pense de lui, est censé avoir tenté d'adapter <i>le Seigneur des Anneaux</i> de Tolkien, autant Milius n'a pas cherché pour sa part à adapter le personnage littéraire original de Conan créé par Robert E. Howard : le scénario de Milius et Oliver Stone emprunte certes quelques éléments à l'œuvre de Howard, tous sortis de leur contexte (un personnage de barbare qui s'appelle Conan, qui est Cimmérien, qui vit à l'Âge Hyborien, qui est crucifié, qui deviendra roi d'Aquilonie, qui affronte un ennemi dont le nom - Thulsa Doom - est emprunté à une histoire de Kull et non à une histoire de Conan...), mais pour raconter finalement vraiment <i>tout autre chose</i> qu'une histoire de Conan de Howard. Ceci étant rappelé (nous en avons déjà discuté), j'avoue que j'aurai tendance à être d'accord avec toi, mon avis rejoignant aujourd'hui plutôt celui d'Olivier Le Borgne, tel qu'il l'a exprimé dans cette fameuse émission nocturne de France Musique consacrée à la merveilleuse musique de Basil Poledouris pour le film de Milius, dont j'ai déjà parlé en ces lieux et qui est toujours réécoutable : https://www.francemusique.fr/emissions/f...-1-2-23156
[citation=<small>Olivier Le Borgne, "Les bandes à Basil (1/2)", programmation de "France Musique la Nuit... Quel méli-mélo, dis !", émission de la radio France Musique, diffusée le 18 février 2014.</small>][...] le film de John Milius sorti en 82, <i>Conan le Barbare</i>, un monument d'heroic fantasy, un grand film qui tient toujours la route, car les décors, les costumes n'ont absolument pas vieilli... Et c'est un film, soit dit en passant, qui dame le pion à la trilogie de Peter Jackson <i>Le Seigneur des Anneaux</i> : je trouve personnellement ce film amplement supérieur à cette trilogie.[/citation]
Mise à part la mention "heroic fantasy" (on le sait, je préfère parler de "fantasy" tout court, pour Howard comme pour Tolkien, Morris ou Martin), ces mots pourraient être les miens, en fait, même si je persiste à trouver de bien réelles qualités à la première trilogie de PJ et en particulier au premier film de cette trilogie. ;-) Mais il me parait cependant évident que le film de Milius (qui a certes aussi ses défauts) a une homogénéité, une originalité, un lyrisme, un côté artisanal aussi, qui font de lui un solide long métrage, taillé pour mieux vieillir que les films de PJ, et au moins en cela on peut dire qu'il leur dame le pion. Mes impressions précédemment partagées ici concernant le film <i>La Communauté de l'Annneau</i> n'en restent cependant pas moins d'actualité. ;-p
Amicalement à toutes et tous,
Hyarion.

