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Robert E. Howard - Conan
#64
sosryko Wrote:Dans les publications récentes, il y aussi Conan ! Du barbare au souverain, de Simon Sanahujas, paru aux Moutons électriques (compilation des Nombreuses vies de Conan [2007] et Conan le Texan [2008]). C'est beau et bon.

Après avoir trouvé un exemplaire par hasard en librairie en octobre dernier, j'en avais alors parlé (à chaud) sur le réseau de Mark Z., mais pas en ces lieux jusqu'à maintenant.

L'ouvrage en question - <i>Conan ! Du barbare au souverain</i>, donc - est une réédition (partielle) en couleurs d'un livre effectivement déjà paru en 2008 en noir et blanc, combiné désormais à un récit de voyage de l'auteur au Texas (avec un comparse) sur les traces du créateur de Conan, récit paru lui aussi à peu près à la même époque chez le même éditeur.
On y retrouve donc notamment le contenu principal des <i>Nombreuses vies de Conan</i>, à savoir une évocation biographique de Conan le Cimmérien comme s'il s'agissait d'une authentique figure historique d'un Âge Hyborien conçue qu'une véritable lointaine période de notre passé, Howard se trouvant dès lors placé dans la même position de transmetteur que Tolkien feignait lui-même de revendiquer pour ses Hobbits et sa Terre du Milieu. Cet exercice de biographie "interniste" du personnage de Conan, qui me paraissait déjà bien mené à l'époque, et que l'auteur a laissé tel quel, reste aujourd'hui intéressant, même s'il a évidemment ses limites (Howard n'a jamais conçu lui-même de véritable biographie pour son personnage, cela participant précisément de l'identité littéraire de celui-ci) et malgré un usage très fréquent, et sans doute excessif, qui a été fait de couvertures d'ouvrages pour illustrer le propos.

La nouveauté, en ce qui concerne cette réédition compilée de deux ouvrages, outre la fusion proprement dite, concerne l'ajout d'un article inédit (non publié à l'époque), la disparition (regrettable selon moi) d'articles de la première édition (des <i>Nombreuses vies de Conan</i>) qui auraient pu être gardés, et une postface dont le contenu apporte un étrange bémol à l'ensemble de l'entreprise, ce pourquoi je m'étais permis d'exprimer un avis mitigé chez Mark Z., ce qui m'avait d'ailleurs valu alors une réaction agacée (mais heureusement isolée) d'un individu se faisant appeler "Gripoil Du Rohan" (sic !), lequel ayant tenu à me qualifier de "rabat-joie" apportant une "ombre malveillante et négative" et faisant même preuve d'"intégrisme intellectuel" (soit un cocktail d'amabilités formant un beau concentré de tout ce qui fait le charme discret des rézosocios...).

Le fait est que le contexte de reparution du contenu de cette publication peut sincèrement interpeller. La postface en particulier laisse, je l'avoue, une impression un peu étrange, voire un goût un peu amer, avec un auteur parlant, avec le recul, d'un Robert E. Howard lui paraissant désormais "immature" sur un plan littéraire et psychologique. L'intéressé est certes passé depuis longtemps à autre chose, comme il l'avoue lui-même, mais on se demande dès lors, à le lire, qu'est-ce donc qu'un lecteur de Howard à part un adolescent, éventuellement attardé s'il a plus de trente ans (?)... Personnellement, je n'ai jamais lu Howard comme une lecture d'adolescent, tout comme je n'ai jamais lu Tolkien comme une lecture pour enfant... et pour cause : j'étais "déjà" lycéen quand j'ai lu <i>le Hobbit</i> pour la première fois et "déjà" étudiant dans le supérieur quand j'ai lu ma première histoire de Conan de Howard. Et à chaque fois, ce fut par un contact direct avec le texte littéraire (fut-il traduit), sans aucun filtre plus ou moins déformant relevant des 7e et/ou 9e arts. Ce furent des plongées directes dans la littérature, ni plus, ni moins, et si ces deux auteurs sont certes associés à ma jeunesse dans un sens large, ils ne le sont pas à une période de ma vie qu'il faudrait supposer "infantile" ou "immature". Howard est mort volontairement à l'âge de 30 ans : cela ne signifie pas que son œuvre ne soit pas pleinement lisible et appréciable au-delà de cet âge, même s'il n'a pas écrit que des textes de qualité, loin s'en faut et chacun peut en convenir. Quant à savoir si se suicider à 30 ans vous fige dans une immaturité psychologique... ma foi, qu'en sait-on ? Je me garderai bien, en tout cas, d'avoir des certitudes à ce sujet, comme je l'ai d'ailleurs déjà laissé entendre en ces lieux, il y a quelques mois, dans un autre fuseau :

En août 2019, dans un autre fuseau, votre serviteur Hyarion Wrote:Quel que soit le point de vue depuis lequel on se place, que savons-nous au juste du suicide et de son rapport à la liberté individuelle ? Yyr ne veut pas en parler ici... mais il en parle finalement quand même, en mettant judicieusement le doigt sur ce qui caractérise, en l'état de nos connaissances, cet acte : la part effectivement irréductible de mystère qui l'entoure. C'est ce que j'avais répondu à Kendra lorsqu'elle m'avait interrogé (lors de ma conférence à l'ENS) sur le suicide de Robert E. Howard en 1936 : quelles que soient les circonstances, dans tout suicide, il y a une part de mystère.

Conan et Howard, selon moi, méritent en tout cas mieux que d'être seulement considérés comme des sortes de "plaisirs coupables" liés à l'adolescence : l'auteur a bien le droit de penser ce qu'il pense, et il fait certes louablement preuve de franchise dans cette postface, mais le regard qu'il porte aujourd'hui non seulement sur Howard mais aussi plus largement sur son propre travail laisse penser que celui-ci, à présent, n'a guère plus d'importance qu'une de ces publications destinées à un certain "marché de la nostalgie" censées être si caractéristiques de notre époque. Je trouve cela dommage, <i>a fortiori</i> compte tenu de l'intérêt que continue de représenter par ailleurs le contenu de l'ouvrage proposé <i>in fine</i>. Par là-dessus, alors que l'on a pourtant affaire à une production d'un éditeur dont j'apprécie en général le travail, malgré la richesse esthétique qu'apporte incontestablement une nouvelle mise en page ainsi qu'un éclatant passage à la couleur du contenu illustré, viennent hélas s'ajouter des accrocs sur un plan formel, en particulier de bien regrettables coquilles, qui plus est dans la partie inédite du livre, laissant malheureusement penser que non seulement l'auteur ne se soucie plus vraiment de son travail passé, mais qu'en sus les correcteurs coûtent apparemment aujourd'hui trop chers pour être pleinement sollicités (?), même à ce niveau supposé de professionnalisme éditorial et même pour le prix que le "consommateur" paye à l'arrivée : je sais bien quelle corvée peuvent représenter les relectures, et combien la chasse aux fautes, aux oublis et aux coquilles peut être ingrate et épuisante... mais tout de même, il m'aura suffi d'un seul premier feuilletage de l'ouvrage, en librairie, pour voir me sauter aux yeux une négligence... à faire hurler PJ (et d'autres) au sommet de l'Empire State Building (cf. p. 221, pour les cinéphiles). Bon, pas de quoi en faire tout un plat, évidemment, mais disons que cela participe sans doute aussi à mon avis mitigé...

Bref, quitte à faire du neuf avec du vieux, et à lire son auteur aujourd'hui, une simple republication tel quel (et donc en couleurs, pourquoi pas) aurait peut-être suffi... mais reste tout de même, en tout cas, le travail d'un auteur, travail réel, original, documenté et toujours intéressant, même s'il est déjà ancien. "De la bonne vulgarisation populaire", en somme, comme l'a écrit récemment un interlocuteur chez Mark Z. (autrement plus ouvert que l'autre, cité plus haut et se prenant pour un étalon...). ^^

Amicalement,

Hyarion.

<small><small>[EDIT:] P.S. (30/10/2023) : de l'eau a coulé sous les ponts depuis la rédaction du présent message, et de mémoire, les angles ont, par la suite, été arrondis avec "Gripoil Du Rohan", lors des échanges ponctuels que j'ai pu avoir sur le réseau de Mark Z. avec lui.</small></small>
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