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Ce soir, c'est trilogie
#30
Hyarion Wrote:De là à considérer que le rôle que joue Arwen, dans la première trilogie de PJ dans son ensemble (telle que finalement montée, en version cinéma ou en version longue) ou même en se limitant au premier des trois films, serait celui d'une princesse guerrière « à la Xena », il y a un pas que certains ont pu ou peuvent encore vouloir franchir, éventuellement au nom de la meilleure compréhension possible de l'œuvre de Tolkien qui serait la leur selon eux... mais c'est là un pas, selon moi, dès lors franchissable seulement au prix de tomber dans un « bel exercice de caricature », pour reprendre une expression employée dans un autre fuseau il y a quelques mois. ;-)

C'est un bien copieux message pour arriver à la conclusion — correcte — qu'il s'agissait là d'une qualification caricaturale de ma part. Si seulement mes articles plus « sérieux » pouvaient susciter la même proportion d'exégèse, j'en serais fort flatté. Wink Au demeurant, ma remarque se voulait d'autant plus exagérée que je n'ai jamais réussi à regarder un épisode de Xéna en entier, lorsque par hasard je tombais dessus jadis, c'est-à-dire les rares fois où je passais par le salon familial à un moment où ma sœur en regardait un ou passait dessus en zappant. Et à revoir la chevelure peroxydée du compagnon cupidonesque de Xéna dans ton montage photo, je crois me souvenir que celle-ci n'était pas étrangère à l'exaspération que je ressentais vis-à-vis de l'esthétique de cette série. Pour le scénario, je me garderais bien d'en juger : je ne suis jamais resté suffisamment longtemps devant pour être en mesure de comprendre l'intrigue, aussi rudimentaire puisse-t-elle être.

Il n'en reste pas moins que Xéna est certainement l'un des prototypes des personnages de princesse guerrière dont sont remplies certaines œuvres de fantasy contemporaines, là où ce type de personnage est presque entièrement absent de la littérature occidentale traditionnelle. Presque, exception faite de quelques personnages historiques qui ont d'autant plus marqué leur époque qu'ils (ou plutôt elles) agissaient en dépit de la répartition classique des rôles sociaux, au moins tels que les historiens de l'époque les percevaient (Boadicée devait être bien moins étonnante pour ses compatriotes celtes qu'elle ne le parut à Tacite ou Dion Cassius — et, non, je ne m'étendrais pas sur King Arthur, qui ne prétend nullement être une adaptation de la littérature arthurienne, mais une restitution artistique d'une reconstitution historique).

Hyarion Wrote:dès les tous premiers temps où la sortie en salles d'un film de la trilogie était encore lointaine, des temps évidemment propices à la circulation de diverses rumeurs, notamment celle qui avait annoncé (avant d'être assez promptement démenti) que le personnge d'Arwen accompagnerait à l'écran la fameuse Fellowship au-delà de Rivendell...

Que je sache, ce n'était pas une rumeur, mais la volonté affirmée de Jackson, qui ne battit en retraite qu'à cause du tollé généré par l'apparition de son Arwen guerrière dans le premier volet cinématographique. D'où son remplacement malaisé par Haldir dans le film suivant et l'épisode particulièrement mal inséré où Elrond remet Andúril à Aragorn dans le dernier. Ce qui témoigne à la fois de l'incompréhension de Jackson face à la caractérisation des personnages de Tolkien (Faramir est un exemple encore plus criant) et de son manque de véritable vision artistique qui le conduit à tort à abandonner son idée de départ au détriment de la cohérence de l'ensemble, sans pour autant aboutir à un résultat plus conforme à l'intrigue romanesque.

Hyarion Wrote:Arwen a été notamment décrite par J. R. R. Tolkien lui-même comme étant très proche de Lúthien, par son apparence, son caractère et son destin (cf. Lettre 153, entre autres) : il n'y a donc rien de choquant ou d'incorrect à avoir choisi, dans le cadre d'une adaptation cinématographique, de lui attribuer notamment des capacités d'action, y compris physique, en adéquation avec un tel caractère, pour le moins volontaire et en tout cas nullement passif ou effacé.

Tu procède là à un détournement assez manifeste de ce que Tolkien dit dans cette lettre, adressée à quelqu'un qui n'avait évidemment jamais pu lire l'histoire de Lúthien. Sur l'apparence et le destin, rien à redire, bien sûr. Sur le caractère, je pense qu'il faut manifestement comprendre que les deux héroïnes étaient prêtes à braver leur père respectif, à supporter les affres d'une attente mâtinée de graves incertitudes et à séparer leur destin du leur pour l'amour que leur inspirait un mortel. Toutes choses qui font clairement écho à l'amour de Ronald et d'Edith. Pour le reste, les exploits épiques de Lúthien n'ont rien à voir avec la patience pénélopéenne d'Arwen. Prétendre le contraire n'est plus une interprétation : c'est une réinvention complète du personnage d'Arwen. Ce qui était certainement le droit de Jackson, même s'il est aussi permis de regretter qu'il n'ait pas eu la modestie de respecter une intrigue dont la complexité le dépassait manifestement ou qu'à défaut il n'ait pas su assumer pleinement un choix qui pouvait se défendre (pour des raisons de simplification de l'intrigue ou de modernisation de celle-ci, par exemple) mais qui pâtit d'être abandonné en chemin.

E.
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