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Emissions radio/télévision sur Tolkien
Elendil Wrote:Au demeurant, il ne faudrait pas exagérer...

Je ne crois pas particulièrement exagérer le problème... dans la mesure où je ne le limite pas à une simple histoire d'hurluberlus enfermés dans le "lithisme" le plus primaire, ou plus largement aux obsessions chrétiennes de tolkienologues anglophones œuvrant plus ou moins dans le sillage d'un Joseph Pearce (ce dernier ayant ouvert une sacrée brêche il y a un peu plus de vingt ans). C'est un peu plus compliqué, de mon point de vue, qu'une histoire de prosélytes forcenés à l'esprit obtus. Au milieu des différents régimes de croyances auxquels nous sommes tous confrontés, même le fait de pouvoir généralement convenir que Le Seigneur des Anneaux est l'œuvre d'un catholique auteur ne suffit pas forcément à garantir une pleine clarté sur la teneur exacte des discours des uns et des autres. Je repense à des propos tenus par Jean-Loïc Le Quellec dans une revue, il y a quelques années, s'agissant de la persistance de l'existence des mythes dans notre Occident sécularisé :

[citation=Jean-Loïc Le Quellec, entretien avec Pascale Desclos in Les Cahiers Science & Vie n°147 ("L'origine des mythes"), août 2014.]Nombre d'Occidentaux pensent s'être débarrassés des mythes. Mais la fourmi qui marche sur un tapis brodé n'en voit ni les couleurs ni les motifs, car elle manque de hauteur... Au XXe siècle, les populations ont peu à peu pris leurs distances avec le christianisme. La plupart des chrétiens d'aujourd'hui voient la Bible comme une somme de récits symboliques, auxquels il n'est plus nécessaire d'adhérer pour avoir la foi. Ils ne croient plus aux serpents qui parlent ni aux vierges fécondées par l'oreille. Tout Occidental a ainsi dû faire le deuil d'une partie de l'explication du monde, mais pas de toute explication du monde. En témoignent les croyances de type "New Age" qui explosent parallèlement à l'athéisme. Avec l'accélération de l'information via Internet, chacun se fabrique désormais ses propres mythes comme il se fournirait dans un supermarché de croyances : la vieille histoire de Gaia, la Terre-Mère, ressurgit, rhabillée sous l'étiquette bio et durable, saupoudrée d'un peu de bouddhisme, de quelques restes de christianisme... Et certains mythes, bien qu'aménagés, sont encore actifs ! [...] Comme quoi les mythes ne sont jamais si présents que lorsqu'on ne les voit pas.[/citation]

Tolkien, on le sait, sert bien souvent de prétexte pour parler de mythes. Et il est un certain mythe que Tolkien considérait, parmi tous les mythes, comme un "mythe vrai". Si des commentateurs partagent d'emblée la même considération (en tenant compte du constat général que fait Le Quellec), il est permis de se demander ce qu'ils cherchent à faire quand ils parlent de Tolkien. Partager sur un sujet tolkienien ? Partager sur une croyance religieuse ? Sur une croyance religieuse de Tolkien ? Sur leur propre croyance religieuse ? Peut-on aisément distinguer ce qui relève de l'étude, du partage, de la promotion, de l'exégèse, de l'apologétique ? Ce n'est pas forcément évident. ^^'
Quand on écrit, pour prendre un exemple récent (emprunté à un autre fuseau, mais que Yyr, je pense, aurait tout aussi bien pu employer dans un article), que "les histoires et les personnages [...] du Conte d'Arda nous rejoignent (ou rejoignent certains) dans notre (leur) âme", que faut-il comprendre ? C'est une vraie question. Parce qu'il peut y avoir déjà un problème sur le sens du mot "âme" (j'ai partagé dans mon précédent message le sens que je peux donner à ce mot, et je pense qu'il doit être différent de celui de Yyr si celui-ci se limite à la matrice religieuse du terme). Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de possibilité d'échange, mais nous savons tous que les malentendus naissent très souvent d'une incompréhension mutuelle dans l'emploi des mots. Quand, autre exemple simple, on lit sur la quatrième de couverture de Pour la gloire de ce monde (livre que j'ai relu récemment), le texte où les majuscules théologiques attribuées aux mots "Recouvrement", "Consolation", "Espérance", "Joie", côtoient la mention "pour le chrétien" (heureuse précision), que doit-on comprendre ? Que l'œuvre de Tolkien est chrétienne ? Qu'elle invite à agir en chrétien ? Qu'elle invite à être chrétien ? Que cela serait vraiment bien qu'elle fasse de toi, lecteur, un vrai chrétien ? ;-) ;-) Peut-être un peu de tout cela, même si c'est difficile à dire... ^^' Je me limite volontairement à ce seul texte, surtout pour ne pas être trop long, mais aussi parce que je pense qu'il constitue une présentation juste et honnête du contenu du livre. Et je pourrais bien sûr prendre d'autres exemples, pas forcément glanés dans notre seul petit milieu, mais après tout, cela peut aussi être l'occasion de clarifier, éventuellement, certaines choses. :-)

En tout cas, ce que je veux dire, simplement, c'est que de mon point de vue, une lecture chrétienne de Tolkien, de la part de commentateurs chrétiens, a assez "naturellement" plus ou moins tendance en porter en elle le "risque" d'une certaine apologétique, à cette nuance (essentielle) près que le "risque" n'émane pas en soi, selon moi, d'un roman comme Le Seigneur des Anneaux... ou même d'un recueil de poèmes comme Les Aventures de Tom Bombadil (cela ne surprendra ainsi personne que je trouve discutable de christianiser Tom Bombadil comme ont choisi de le faire les auteurs de Pour la gloire de ce monde, ce qui, pour mémoire, ne m'aura pas empêché de participer à la relecture du recueil en question). Je crois bien sûr qu'il est possible de faire preuve d'un salutaire sens de la nuance (Leo Carruthers l'a prouvé, et c'est pour cela que je ne manque pas de le souligner chaque fois que l'occasion se présente), et cela arrive peut-être plus souvent que je ne crois a priori le percevoir (je n'ignore pas, du reste, que l'on me prête volontiers une tendance à la "surinterprétation"), mais tout de même, quand on insiste sur la dimension chrétienne de l'œuvre de Tolkien, je me dis toujours que la question n'est pas de savoir si on a le droit de faire ce que l'on fait, mais simplement de savoir précisément qui parle et pour dire quoi.

J'ai relu récemment Réelles présences de George Steiner, essai dans lequel ce dernier parle de l'incompatibilité entre absence de transcendance et pleine appréhension de certaines dimensions de la pensée et de la créativité. Tout sceptique que je puisse être par ailleurs pour tout un tas de considérations (et de raisons), je comprends ce qu'il veut dire s'agissant de la création, que je ne conçois pas comme déconstructiviste : j'ai déjà eu l'occasion d'écrire ailleurs que la créativité est la seule chose qui me donne encore un certain sentiment d'éternité, voire même un certain sens du sacré. En cela au moins, il faut croire, si l'on veut préserver l'idée de sens d'une œuvre, et même si la question de Dieu peut rester par ailleurs insoluble. Steiner est certes plus affirmatif : selon lui, non seulement il faut parier à nouveau sur le sens, mais aussi parier sur l'hypothèse de la transcendance, de l'existence de Dieu conçue comme fondement de la capacité qu'a le langage humain de communiquer sens et sentiment, en particulier dans le domaine esthétique, en littérature, en musique et dans les arts plastiques. Pourquoi pas ? Steiner m'inspire en tout cas confiance en ajoutant ceci (dès le premier chapitre) : "Il se peut qu'une telle hypothèse - où qu'elle ait été, ou soit présentée - se révèle entièrement erronée. Présentée de manière embarrassée, elle le sera à coup sûr." Nous pouvons effectivement toujours nous tromper. Les lectures chrétiennes de Tolkien, à cette aune, me paraissent trop souvent trop sûres de ne pas se tromper. Ce n'est pas parce que Tolkien était chrétien qu'il faut forcément dès lors plus ou moins se précipiter (même en prétendant être réfléchi et "cohérent") dans ce que l'on croirait être l'essence profonde (chrétienne ???) de Faërie : les choses ne me paraissent pas être aussi simples, quoi que pouvait en penser Tolkien lui-même (ne parlait-il pas, du reste, lui aussi d'"hypothèse" à l'occasion ?), et même s'il faut respecter les intentions d'un auteur, ce qui fait le sens premier d'une œuvre. L'imagination a une dimension qui, en tout cas, me parait plus vaste qu'une considération religieuse particulière, même si elle a un rapport avec la spiritualité. Ce que l'on peut faire, c'est d'abord se confronter à la création en tant qu'énigme, en faisant a minima le pari du sens, d'un sens, de "quelque-chose" qui apparaît dans le cadre de la création. Le scepticisme peut s'imposer ailleurs, face à l'absurdité apparente du monde comme il va, et même si c'est là la position philosophique la plus inconfortable qui soit (n'en déplaisent à certains), mais si l'on reste sensible à la créativité, là, face à elle, il ne faut plus douter, et face à un œuvre "nous devons lire comme si", pour reprendre la formule de Steiner vers la fin de son essai. Ainsi, quel que soit le flot de commentaires sur un œuvre, rien décidément ne saurait donc remplacer la confrontation directe avec l'œuvre elle-même, et bien sûr je crois que nous serons a minima tous d'accord là-dessus.

Elendil Wrote:
Hyarion Wrote:Hyarion... confronté au (petit) défi du moment : terminer une certaine contribution arthurienne avant la fin de la décennie (et donc de l'année) !

[small]Du coup, tu ne risques pas grand'chose : la décennie se termine réellement dans un an (et, oui, tout le monde ou presque a fêté le nouveau millénaire à la mauvaise date). ;)[/small]

Oui, je sais bien : en décembre 1999, j'ai fait justement partie de ceux qui étaient conscients qu'il fallait attendre que l'année 2000 soit d'abord entièrement écoulée, pour ensuite seulement commencer un nouveau siècle et un nouveau millénaire... Mais bon, les êtres humains aiment les symboles et les zéros, qu'ils préfèrent aux subtilités mathématiques... et puis, en ce qui me concerne, je voulais juste me fixer un nouvelle limite... mais comme ça ne sert à rien, eh bien, ma contribution arthurienne sera finie... quand elle sera finie, donc très bientôt j'espère (pour éviter de patiner encore longtemps, je crois que je vais faire des coupes, tout simplement, quitte à garder de la matière pour plus tard). ^^'

Amicalement,

Hyarion.
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