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Le Lai de Leithian ou l’Héroïsme du Couple
#3
Oui, superbe article — que je ne connaissais pas.
[small]C'est pas bien ça, Cirdan :) :) :)[/small]

j'ai été édifié à plus d'un titre. Merci Laurent !!
Sur les motifs d'héroïsme et de chevalerie, sur la différence d'héroïsme et, en lien, de transcendance, entre Beren et Lúthien ...
Sur le « contrat indo-européen » (Tolkien a en effet coutume de retourner des images), la catabase chevaleresque ...
La dernière et longue partie sur « Tolkien : le couple païen et le fil caché[19] / l'Amour sauvant l'héroïsme » est absolument remarquable !

Avec tout cela je me sens très petit, et te partage néanmoins trois toutes petites réflexions.

Concernant le passage sur Finrod Felagund en vis-à-vis du (contre-)modèle arthurien, je trouve que, pas moins que pour Lúthien voire peut-être plus, il s'agit là déjà d'un « héroïsme spirituel ». En ce qui me concerne, je n'avais pas perçu tout ce que tu m'as dévoilé sur Beren et Lúthien. En revanche, le personnage de Felagund m'avait tôt frappé. À mon sens, il ne donne pas sa vie seulement pour « remplir un serment d'amitié » mais parce qu'il aime Beren et, à travers lui, les Atani depuis le début. Plus que de « l'abnégation », il s'agit du don de soi, un reflet de la Charité. Et, s'il « est un roi exemplaire », alors l'exemple me paraît être davantage celui du roi serviteur — le Christ — que celui du roi méritoire. Sa « mort [dans l']anonymat », le dénuement, et le rejet par les siens, me paraît éloquente. Et l'on peut aussi penser à l'Athrabeth : avant d'offrir sa vie, Finrod avait été et restera le seul personnage du Légendaire à avoir touché du doigt la théologie de l'Espérance ...

Concernant le rapport des Eruhíni à Eru, tu écris : « Dieu, qui n’a pas encore été révélé, ne peut être présent dans la pensée des amants ». Alors c'est un détail mais, s'ils ne le connaissent pas au sens où le disciple du Christ connaît Dieu, ici Lúthien [small](Elda ! fille de roi !! fille de Melian !!!)[/small] et donc Beren ne peuvent pas être entièrement ignorants d'Ilúvatar (qu'ils prendront d'ailleurs à témoin pour se marier : cf. les Lois & coutumes parmi les Eldar).

Enfin, sur la « préfiguration du fil chrétien », le « sens pré-chrétien », l'« image pré-biblique », le « couple déjà pré-chrétien », tu insistes sur le fait que la Révélation n'a pas encore eu lieu. Cela me fait penser à la question du rapport de l'Estel à l'Espérance théologale que j'avais travaillée dans Pour la gloire de ce monde (art. « Correspondances mythopoétiques »). Il me semble que le mythe ne se situe pas réellement dans notre passé mais comme dans notre passé ... Et qu'il n'a pas vocation à suivre notre temporalité. J'avais donné dans mon article quelques exemples qui montrent que le Conte d'Arda ne le fait pas. Et j'avais cité Irène Fernandez, même s'il s'agit d'une réflexion sur C. S. Lewis, certes :
[citation=Mythe, raison ardente. Imagination et réalité selon C. S. Lewis, Ad Solem, Genève, 2005, p.245]Le récit est ici ce déploiement temporel même du non-temporel qu’il vise pourtant, et qui ne peut être visé autrement. Il rapporte une série d’événements qui se suivent dans le temps, mais cette série n’est pas là pour elle-même : l’intrigue, le scénario n’est que le filet fait pour attraper quelque chose d’autre, une réalité non successive qui ressemble plus à un état ou à une qualité qu’à une aventure temporelle.[/citation]
D'ailleurs, à la fin de son essai, le professeur a cette formule :
[citation=Faërie et autres textes, pp.139-140]La Naissance du Christ est l’eucatastrophe de l’histoire de l’Homme. La Résurrection est l’eucatastrophe de l’histoire de l’In­carnation. Cette histoire débute et s’achève dans la joie [— et cette joie] regarde en avant (ou en arrière : la direction à cet égard n’a aucune importance) vers la Grande Eucatastrophe [:] Dieu est le Seigneur des anges et des hommes — et des elfes.[/citation]
Quand bien même les Elfes sont situés comme dans notre passé ...

Ceci pour affirmer, je crois, la liberté du Conte, qui peut aller « plus loin » (une formule ambiguë donc) que sa situation fictive dans notre temps : car sa narration, sa temporalité, n'est pas réellement la nôtre.

Jérôme
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