12-02-2020, 21:55
[small]Avant de reprendre mon chemin avec les textes tolkieniens (et pas tous, je devrai me contenter de quelques échantillons ...), quelques mots sur la contribution des Cormarë Series.[/small]
Dans le premier volume de Tolkien and Modernity, (essentiellement) deux articles s'attaquent à la question du libre arbitre :
Après avoir rappelé que, sans libre arbitre, les protagonistes du Conte d'Arda deviendraient creux et ne nous apporteraient aucune satisfaction à la lecture, Jason Fischer retrace (brièvement) l'histoire de la notion de libre arbitre :
- depuis les pré-socratiques (tension entre libre arbitre et nécessité) ;
- jusqu'aux empiristes et naturalistes modernes (le libre arbitre ne serait-il pas une illusion ?) ;
- en passant par saint Augustin, Boèce, Pierre Lombard, saint Thomas et Érasme (avec lesquels les Inklings se retrouveront en phase).
Il s'intéresse ensuite au traitement de la question par les Inklings, en particulier C. S. Lewis pour qui :
- [emphase]« L'idée est que, tout comme l'ensemble des corps sont gouvernés par la loi de la gravitation et les organismes par des lois biologiques, ainsi la créature que l'on appelle l'homme a aussi sa loi — avec une grande différence, à savoir qu'un corps ne peut pas choisir d'obéir ou non à la loi de la gravitation, mais que l'homme peut choisir d'obéir à la Loi de la Nature Humaine ou d'y désobéir »[/emphase] (Mere Christianity, 1958) ;
- un monde dans lequel la souffrance et le mal seraient empêchés par Dieu ne pourrait exister qu'au prix du libre arbitre, et même de la vie elle-même ;
- la liberté humaine vaut mieux qu'un tel monde parce qu'il rend réellement possibles l'amour et le bien ;
Et J. R. R. Tolkien pour qui :
- en tant qu'esprits doués de libre arbitre, nous sommes placés face à Dieu et capables (pour chaque individu comme pour l'Humanité en tant que tout) de rejeter le salut et de poursuivre la Chute jusqu'à son terme (cf. lettres à C. Tolkien) ;
- [emphase]« l'histoire est bâtie en termes d'oppositions, entre le bon côté et le mauvais côté : la beauté et la laideur sans pitié, la royauté et la tyrannie, la liberté mesurée fondée sur l'assentiment (moderated freedom with consent) et la compulsion qui n'a plus aucun autre objet, depuis longtemps, que le seul pouvoir, etc. »[/emphase] (Lettres, n°144 p.255, trad. modifiée) ;
- il y a des limites à la liberté de la volonté humaine, laquelle n'est pas parfaitement libre (J. Fischer fait écho aux éléments apportés par Sosryko et Cirdan ici) ;
- [emphase]« aucun personnage "angélique" [du Légendaire] n'est présenté comme connaissant le futur dans sa totalité, ou même du tout, dès lors que d'autres volontés sont impliquées »[/emphase] (Lettres, n°156 p.289) ;
Dans le Légendaire, on retrouve un « équilibre tendu » entre le libre arbitre et la providence, avec certains passages très évocateurs :
- Ilúvatar : [emphase]« I will now that ye make in harmony together a Great Music [...] each with his own thoughts and devices, if he will »[/emphase] (Ainulindalë).
- Elrond : [emphase]« I think this task is appointed for you, Frodo [...] but if you take it freely, I will say that your choice is right »[/emphase] (SdA, II.2).
L'auteur conclut en disant que « les Elfes, les Nains, les Hommes — et les Hobbits — sont appelés "les Peuples Libres" pour la raison précise qu'ils sont libres » ; cf. [emphase]« les Elfes et les Hommes [...] étaient des créatures rationnelles dotées d'un libre arbitre en relation avec Dieu »[/emphase] (Lettres n°181 p.334).
[small]J'enchaînerai plus tard avec l'article de Thomas Fornet-Ponse ...[/small]
Dans le premier volume de Tolkien and Modernity, (essentiellement) deux articles s'attaquent à la question du libre arbitre :
- Jason Fischer : « "Man does as he is when he may do as he wishes" : The Perennial Modernity of Free Will »
- Thomas Fornet-Ponse : « Freedom and Providence as Anti-Modern Elements? »
Après avoir rappelé que, sans libre arbitre, les protagonistes du Conte d'Arda deviendraient creux et ne nous apporteraient aucune satisfaction à la lecture, Jason Fischer retrace (brièvement) l'histoire de la notion de libre arbitre :
- depuis les pré-socratiques (tension entre libre arbitre et nécessité) ;
- jusqu'aux empiristes et naturalistes modernes (le libre arbitre ne serait-il pas une illusion ?) ;
- en passant par saint Augustin, Boèce, Pierre Lombard, saint Thomas et Érasme (avec lesquels les Inklings se retrouveront en phase).
Il s'intéresse ensuite au traitement de la question par les Inklings, en particulier C. S. Lewis pour qui :
- [emphase]« L'idée est que, tout comme l'ensemble des corps sont gouvernés par la loi de la gravitation et les organismes par des lois biologiques, ainsi la créature que l'on appelle l'homme a aussi sa loi — avec une grande différence, à savoir qu'un corps ne peut pas choisir d'obéir ou non à la loi de la gravitation, mais que l'homme peut choisir d'obéir à la Loi de la Nature Humaine ou d'y désobéir »[/emphase] (Mere Christianity, 1958) ;
- un monde dans lequel la souffrance et le mal seraient empêchés par Dieu ne pourrait exister qu'au prix du libre arbitre, et même de la vie elle-même ;
- la liberté humaine vaut mieux qu'un tel monde parce qu'il rend réellement possibles l'amour et le bien ;
Et J. R. R. Tolkien pour qui :
- en tant qu'esprits doués de libre arbitre, nous sommes placés face à Dieu et capables (pour chaque individu comme pour l'Humanité en tant que tout) de rejeter le salut et de poursuivre la Chute jusqu'à son terme (cf. lettres à C. Tolkien) ;
- [emphase]« l'histoire est bâtie en termes d'oppositions, entre le bon côté et le mauvais côté : la beauté et la laideur sans pitié, la royauté et la tyrannie, la liberté mesurée fondée sur l'assentiment (moderated freedom with consent) et la compulsion qui n'a plus aucun autre objet, depuis longtemps, que le seul pouvoir, etc. »[/emphase] (Lettres, n°144 p.255, trad. modifiée) ;
- il y a des limites à la liberté de la volonté humaine, laquelle n'est pas parfaitement libre (J. Fischer fait écho aux éléments apportés par Sosryko et Cirdan ici) ;
- [emphase]« aucun personnage "angélique" [du Légendaire] n'est présenté comme connaissant le futur dans sa totalité, ou même du tout, dès lors que d'autres volontés sont impliquées »[/emphase] (Lettres, n°156 p.289) ;
Dans le Légendaire, on retrouve un « équilibre tendu » entre le libre arbitre et la providence, avec certains passages très évocateurs :
- Ilúvatar : [emphase]« I will now that ye make in harmony together a Great Music [...] each with his own thoughts and devices, if he will »[/emphase] (Ainulindalë).
- Elrond : [emphase]« I think this task is appointed for you, Frodo [...] but if you take it freely, I will say that your choice is right »[/emphase] (SdA, II.2).
L'auteur conclut en disant que « les Elfes, les Nains, les Hommes — et les Hobbits — sont appelés "les Peuples Libres" pour la raison précise qu'ils sont libres » ; cf. [emphase]« les Elfes et les Hommes [...] étaient des créatures rationnelles dotées d'un libre arbitre en relation avec Dieu »[/emphase] (Lettres n°181 p.334).
[small]J'enchaînerai plus tard avec l'article de Thomas Fornet-Ponse ...[/small]

