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L'histoire d'une elfe endormie sous un arbre ?
#36
Vinyamar Wrote:pardonnez-moi de ne pas relire tout l'article de la Feuille de la Compagnie 3 pour savoir quel traduction préférer

Au risque de me mettre en avant, mon ami, cela t'aurait peut-être fait gagner du temps ;). Non seulement en terme de traductions mais aussi de réponses, car tout ce que tu abordes ici l'a été dans « le Marrissement d'Arda : fil et traduction de la catastrophe du Conte » [small](cf. notamment le § II.B.5 sur la différence opérée par Tolkien entre Marrissement et Corruption ... le cas de Míriel à l'appui !)[/small] de la Feuille 3, et sa suite : « Estel Eruhínion : de la Chute et de l'Espérance dans le Conte d'Arda » publié dans Pour la gloire de ce monde. Où l'on voit que la « Chute » ne commence pas avec la défaillance (commune et conjugale) de Míriel et Finwë. La Chute au sens fort du terme ne s'applique dans le Légendaire qu'au Marrissement d'Arda ... et des Hommes. Les Eldar n'ont pas chuté « en tant que peuple ». Ce qui n'empêche pas de parler de chute des uns et des autres et même des Ñoldor, par analogie avec (ou participation à) La Chute.

Elendil a déjà apporté quelques éléments. Je me permets de compléter.
Je me contenterai de donner ici quelques uns des passages traduits (par ma pomme) et publiés dans les articles mentionnés supra.

Un passage (parmi d'autres) pour décrire le Marrissement d'Arda :

[citation=HoMe X, pp.254-255]Et les Valar […] percevaient finalement l’ampleur du pouvoir de Melkor en Arda. Sa part était telle dans sa composition que toutes les choses, à l’unique exception de leur cours en Aman, avaient une inclination au mal et à la perversion de leurs justes formes et voies. C’est pourquoi ceux dont l’existence commençait en Arda, et dont la nature, en plus, consistait en l’union d’un esprit et d’un corps, tirant la nourriture du dernier d’Arda Marrie, devaient à jamais être sujets, dans une certaine mesure, à la peine, et à faire ou souffrir des choses anormales.[/citation]

Les paroles de Manwë à ses frères qui, inquiets, voyaient bien que leur Arrêt ne pourrait guérir le mal en question :

[citation=HoMe X, pp.239-241]En cette affaire vous devez ne point oublier que vous traitez d’Arda Marrie – d’où vous avez amené les Eldar. Non plus ne devez oublier qu’en Arda Marrie la Justice n’est point la Guérison. La Guérison ne vient que par la souffrance et la patience, et n’exige rien, point même la Justice. La Justice ne travaille qu’à l’intérieur des limites des choses telles qu’elles sont, acceptant le marrissement d’Arda, et pour cette raison, bien que la Justice soit bonne en elle-même et ne désire point davantage de mal, elle peut néanmoins perpétuer le mal existant et se révèle incapable d’en tarir l’affliction. Ainsi l’Arrêt fut-il juste, mais il accepta la Mort et la séparation de Finwë et Míriel, une chose anormale en Arda Immarrie, et ainsi fut-il, par rapport à Arda Immarrie, anormal et complice de la Mort. La liberté qu’il concéda fut un plus bas chemin qui, s’il ne mena point encore plus bas, ne pouvait plus s’élever de nouveau. Mais la Guérison doit toujours garder en vue le dessein d’Arda Immarrie, et si elle ne peut s’élever, doit endurer dans la patience. Ceci est l’Espérance qui, à ce qu’il me semble, est entre toutes la vertu la plus belle des Enfants d’Eru. [, mais dont on ne peut forcer la venue dans le besoin : la patience doit souvent l’attendre longuement.]

[...] Et la mort pour les Eldar est un mal, c’est-à-dire une chose anormale en Arda Immarrie, qui doit par conséquent procéder du marrissement. Car s’il en allait autrement de la mort de Míriel, si elle venait d’au-delà d’Arda (comme chose nouvelle ne trouvant aucune origine dans le passé), elle n’apporterait point le chagrin ou le doute. Car Eru est Seigneur de Tout, et meut toutes les voies de ses créatures, même la malice du Marrisseur, en ses ultimes desseins, mais de par son impulsion originelle il ne leur impose point l’affliction. Mais la mort de Míriel a apporté le chagrin en Aman. La venue de Feänáro doit certainement procéder de la volonté d’Eru ; mais j’estime que le marrissement de sa naissance vient de l’Ombre, et présage de maux à venir.[/citation]

Le cœur du discernement d'Ulmo :

[citation=HoMe X, p.243]La venue de Feänáro doit certainement procéder de la volonté d’Eru ; mais j’estime que le marrissement de sa naissance vient de l’Ombre, et présage de maux à venir. […] Car le fëa de Míriel est peut-être parti par nécessité, mais il est parti dans la volonté de ne pas revenir. Là précisément était sa faute, car cette volonté n’était pas le fait d’une compulsion irrésistible ; c’était un manque d’espérance de la part du fëa, l’acceptation de la lassitude et de la faiblesse du corps, comme étant au-delà de toute guérison, et qui par conséquent ne furent pas guéries.[/citation]

Et la conclusion de Manwë :

[citation=HoMe X, p.245]Aulë et Niënna se trompent, à ce que je juge ; car ce que dit chacun de manière différente revient à dire : que la Mort qui vient du Marrisseur serait une chose, et la Mort comme un instrument d'Eru en serait une autre, pouvant être discernée : l'une faite de malice, et donc seulement mauvaise et inévitablement douloureuse ; l'autre, faite de bienveillance, projetant un bien particulier et immédiat, point mauvaise donc, soit qu'elle n'apporte point d'affliction soit qu'elle puisse être aisément et rapidement guérie. Car le mal et la gravité de la mort sont dans la simple séparation et rupture de nature, qui est la même dans les deux cas (ou la mort n'est pas leur nom) ; et les deux ne surviennent qu'en Arda Marrie, et s'accordent avec ses processus.

Par conséquent j’estime que nous devrions suivre Ulmo, affirmant qu’Eru n'a point le besoin et ne saurait désirer comme un instrument particulier de sa bienveillance une chose qui est mauvaise. Pourquoi, en vérité, devrait-il introduire la mort comme une “nouvelle chose” au sein d’un monde qui en souffre déjà ? Cependant, Eru est Seigneur de Tout, et il usera comme instruments de ses desseins finaux, qui sont bons, tout ce que chacune de ses créatures, [fût-elle] grande ou petite, pourra faire ou imaginer, à son encontre comme à son service. Mais nous devons retenir que telle est bien sa volonté que ceux des Eldar qui le servent ne soient point découragés par la douleur et les maux qu’ils affrontent en Arda Marrie ; mais qu’ils s’élevent jusqu’à une force et une sagesse qu’ils n’auraient point atteintes autrement : que les Enfants d’Eru grandissent pour devenir des filles et des fils.[/citation]

Au passage, une petite critique et la seule, Vinyamar, dans cette belle discussion que tu as initiée, concerne tes traductions, un peu ... heu ... approximatives :) et parfois génératrices de contresens, comme ici :
Quote:Manwë : la mort est un sujet nouveau dont nous devons discerner les conséquence. Et ne pas confondre la mort corrompue qui vient d'Arda et celle qui vient d'Eru, destinée à un bien immédiat et facilement guérissable. [...]
Manwë dit le contraire ;).


Sur la mort, et comment elle peut être entendue comme toujours un mal et néanmoins un don (fait aux Hommes), je renvoie à nouveau à mon travail (cf. « Estel Eruhínion », § I.3).

Sur la défaillance du hröa des Eldar au fur et à mesure du temps :
[citation=HoMe X, p.428]Car [les Eldar] soutiennent que l’impuissance de leur hröa à perdurer aussi longtemps que leur fëa sans perdre leur vitalité — un processus qui ne fut pas observé avant les derniers âges — est due au Marrissement d'Arda, et vient de l’Ombre, et de la souillure par Melkor de toute la matière (ou hröa) d’Arda, sinon en vérité d’Ëa tout entier.[/citation]

Enfin, concernant la supposée difficulté pour Tolkien à concilier le Légendaire avec sa foi, et les textes de HoMe X qui seraient difficiles à concilier avec le reste, il peut y avoir plusieurs « obstacles » à percevoir la cohérence de l'ensemble :
- la connaissance de la nature de la foi chrétienne (je n'entrerai pas dans les détails ici : c'est un sujet à part entière auquel je me consacrerai peut-être ailleurs (ou pas)) ;
- la compréhension de la nature de la mythopoésie tolkienienne, qui renvoie à « l'élucidation de la Vérité » au moyen d'une autre histoire, d'une autre narration (j'ai abordé ce problème dans l'article des « Correspondances mythopoétiques » qui suit « Estel Eruhínion ») ;
- le registre des textes de HoMe X, qui se fait théologique ; ce faisant, ces textes ne heurtent pas ce que disent les autres textes ; ils le disent différemment.
Lorsque ces obstacles sont dépassés, la succession des thèmes et des registres dans le Conte d'Arda manifeste le déploiement de la même histoire, chaque étape assimilant et approfondissant la précédente sans l'annuler (depuis la Chute de Gondolin jusqu'à l'Athrabeth).

Yyr
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