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La Guerre de la Grande Colère (fresque)
#18
Elendil Wrote:C'est à ce genre de détails qu'on voit que Tolkien a quand même été significativement influencé par le grec ancien. D'ailleurs, je serais bien curieux de savoir dans quels textes apparaît le mot καρχαρίας : je ne serais pas surpris qu'il y ait en sus une allusion mythologique qui m'échappe, faute de lire Hésiode ou Homère dans le texte...

Sans lire moi-même Homère dans le texte, il y a notamment ce passage de l'<i>Iliade</i> où il est question de dents aiguës tranchantes :

[citation=Homère, <i>Iliade</i>, traduit et présenté par Mario Meunier, préface de Fernand Robert, index et notes de Luc Duret, Librairie Générale Française, 1972, rééd. 2011, Chant X, p. 243.]À sa poursuite aussitôt les deux héros s'élancèrent. De même que deux chiens aux dents aiguës, dressés à la chasse, pressent une biche ou un lièvre sans arrêt et sans trêve dans un terrain boisé, tandis que la bête détale en criant ; de même, le fils de Tydée et Ulysse saccageur de cités, en le coupant des siens, poursuivaient Dolon sans arrêt et sans trêve.[/citation]

Je suppose qu'il s'agit d'un des passages homériques que mentionnent Napoléon Theil et Hippolyte Hallez-d'Arros dans leur <i>Dictionnaire complet d'Homère et des Homérides</i> de 1841 (entrée "καρχαρόδους, οντος", p. 352) et que mentionne aussi Alain Blanc dans l'article mentionné par Sosryko (p. 687-688, et notamment note 12).

Sans aller plus loin sur le terrain des dents tranchantes, mais en lien avec mes propres recherches, on pourra noter que la comparaison homérique de la poursuite avec la chasse rejoint en tout cas un motif tolkienien, comme le montre notamment le châtiment imposé par Túrin à Saeros. Mais bon, ce n'est certes pas là un scoop que de constater qu'Homère et les lettres classiques faisaient partie, sans doute profondément, de l'horizon littéraire de Tolkien (cf. Lettre 142 à Robert Murray, <small>lettre qui ne parle pas que de catholicisme... ;-)...</small>).

Elendil Wrote:J'ai aussi eu ma période dinosaures, mais je n'avais pas douze ans, aussi ne prétendrais-je pas une seconde être un spécialiste, même si à l'époque j'avais instantanément vu que les vélociraptors de Jurassic Park n'étaient autre chose que des deinonychus.

Je connaissais la famille (de théropodes, là encore) des dromæosauridés avant le film de Spielberg inspiré du roman de Michael Crichton, et comme <i>Deinonychus</i> en était alors le genre le plus connu et le plus décrit dans les livres, je n'ai pas compris sur le moment pourquoi on a tant voulu mettre en avant dans ledit film (et déjà dans le roman) cet autre genre de la même famille qu'est <i>Velociraptor</i>... Il m'est toutefois vite apparu que l'idée était de populariser à peu de frais un type de dinosaure coureur bipède à grande griffe en forme de faucille aux pattes : parler de "raptor", c'est évidemment tellement plus facile que de parler de "deinonychus"... Ce côté "nivellement par le bas" m'avait vite saoulé à l'époque, surtout associé avec la vente de dinosaures en jouets comme produits dérivés avec un gros logo "JP" imprimé partout : il faut croire que déjà à cette époque, sans être moi-même élitiste, le "fanariat" n'était pas ma tasse de thé...

Ceci étant dit, la vision que j'avais de ces dinosaures (celle, en gros, du milieu des années 1980) qui était encore la vision scientifique au tout début des années 1990, de même que la vision promue ensuite par Spielberg, est quelque peu dépassée aujourd'hui : à l'époque, l'idée que ces dinosaures coureurs puissent porter des plumes n'était qu'une hypothèse, généralement non retenue par les illustrateurs, alors que les découvertes paléontologiques ont depuis établie que les dromæosauridés avaient effectivement probablement des plumes, ou en tout cas au moins certains d'entre eux. L'ironie, c'est que si les plumes sont aujourd'hui attestées pour <i>Velociraptor</i>, elles ne le sont pas pour <i>Deinonychus</i>, du moins pour le moment : sur ce point, Crichton et Spielberg auraient finalement mieux fait de miser sur <i>Deinonychus</i> pour rester plus longtemps connectés esthétiquement avec la science... Mais je ne leur jette cependant pas la pierre sur ce point : depuis Jules Verne et Arthur Conan Doyle, entre autres, s'il y a un type d'inspiration artistique qui ne peut faire que courir après les découvertes scientifiques, c'est bien celui lié à la paléontologie. J'aime toujours beaucoup, à cette aune, les dessins et peintures de faunes préhistoriques d'Édouard Riou (années 1860), de Charles R. Knight (années 1890-1900), de Zdeněk Burian (années 1960) ou de John Sibbick (années 1980), mais il faut simplement garder à l'esprit qu'elles sont le reflet des connaissances que l'on avait à l'époque (connaissances pas toujours dépassées, mais pas toujours non plus d'actualité, c'est le moins que l'on puisse dire).

B.
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