04-05-2020, 18:15
[espacement]
Eh bien, la relecture de nos vieux fuseaux, ainsi que celle de l'Essai en sa belle traduction, peuvent nous éclairer, je pense, quant à l'épreuve du Lac, avec ce climat qui change brutalement et devient hostile, rappelant celle de « La cloche marine ».
Ce passage, en particulier :
[citation=« Essai sur Smith ... », L'Arc & le Heaume HS : Tolkien 1892 - 2012, pp.188-189]Il est clairement montré que Faërie est un vaste monde à part entière, dont l'existence ne dépend pas des Hommes, et dont la première, et encore moins la principale occupation n'est pas les Hommes. La relation doit donc être d'amour : le Peuple Elfique, les habitants principaux et dirigeants de Faërie, ont une très grande parenté avec les Hommes et un amour permanent pour eux en général. Bien qu'ils ne soient tenus par aucune obligation morale d'assister les Hommes et qu'ils n'aient pas besoin de leur aide (excepté pour les affaires humaines), ils les aident de temps en temps, éloignant le mal d'eux et entretiennent des relations avec eux, surtout avec certains hommes et femmes qu'ils trouvent adéquats. Ils, le Peuple Elfique, sont ainsi «bienveillants» au regard des Hommes, et ne sont pas complètement étrangers, bien que beaucoup de choses et de créatures en Faërie même soient étrangères aux Hommes et même activement hostiles. Leur bonne volonté se voit principalement dans leur tentatives de conserver ou restaurer les relations entre les deux mondes, puisque les Elfes (et quelques Hommes encore) réalisent que cet amour de Faërie est essentiel pour un développement humain complet et approprié. L'amour de Faërie est l'amour de l'amour : une relation envers toutes choses, animées et inanimées, qui inclut amour et respect, et supprime ou modifie l'esprit de possession et domination. Sans cela même la simple « Utilité » deviendrait en fait moins utile ; ou se tournerait en dureté et ne conduirait qu'au simple pouvoir, au final destructeur(*). La relation d'apprentissage dans ce conte est ainsi intéressante. Les Hommes dans une large part de leurs activité sont, ou devraient être, dans un statut d'apprenti au regard du peuple elfique.
[small](*) Pour cette raison, le peuple elfique hésite à donner possession à n'importe quel être humain quelque objet qui lui soit propre et qui soit chargé de pouvoir elfique, appelé par les Hommes de nombreuses façons, telle que magie. La plupart des Hommes l'utiliseraient certainement mal comme un simple instrument pour leur propre pouvoir et succès personnel. Tous les hommes en viendraient à s'y accrocher comme à une possession personnelle.[/small][/citation]
Que l'on y rencontre des habitants bienveillants, indifférents ou hostiles, Faërie demeure apprentissage de l'altérité :
[citation=Ibid. p.195]Faërie représente, en sa plus faible acception, une échappée (au moins en esprit) du cercle de fer du monde familier, plus encore du cercle adamantin de la croyance selon laquelle il serait connu, possédé, contrôlé et ainsi (au final) serait tout ce qui mérite d'être considéré — une conscience constante d'un monde au-delà de ces cercles. Plus encore, elle représente l'amour : c'est-à-dire un amour et un respect pour toutes les choses, « inanimées » et « animées », un amour non possessif pour eux comme « autres ». Cet « amour » produira à la fois de la pitié et une grande joie. Les choses vues dans sa lumière seront respectées, et elles apparaîtront comme merveilleuses, magnifiques, extraordinaires et même glorieuses.[/citation]
La « transgression » (quoique le terme me paraisse un peu fort) de Ferrant se situe à ce niveau, il me semble, à savoir le non respect de l'altérité dans cet épisode (cela rejoint mais précise ce que disait Moraldandil, en y voyant « la confusion du monde habituel et de la Faërie »).
Du coup, il est normal que la question de l'altérité nous ait entraînés, à la suite de Lægalad, à la question de soi-même (et donc à la question de l'inconscient, ce qu'il n'est toutefois pas). En l'occurrence, la tentative de rejoindre le Lac signifie justement de vouloir tout dominer c'est-à-dire tout ramener à soi. Il est aussi normal que nous ayons été amenés, à la suite de Sosryko, à entrevoir la rencontre avec le divin, puisque ce dernier, lorsqu'il est chrétien, est à la fois ce qui est tout autre et ce qui est amour (sur l'altérité, voir le magnifique « Comme un secours et un vis à vis » dans Pour la gloire de ce monde). Notez aussi, à nouveau (et toujours chez Tolkien) le rapport incontournable à la pitié, et l'on renoue tout autant avec notre Miróur de l’Omme évoqué lui aussi plus haut.
Le bouleau (= féminin et elfique), qui donc fait partie des habitants particulièrement « bienveillants » (il protège Ferrant), lui avait expliqué tout cela, quoique de façon un peu concise ;) :
[citation=Faërie, p.277]« Va-t'en ! Le Vent est après toi. Tu n'es pas d'ici. »[/citation]
Yyr
[espacement][small][édit : Finrod avait déjà perçu tout ça ;).][/small]
Yyr Wrote:Quant à moi, je n'ai pas avancé sur la réflexion de ce fuseau, mais je me le garde dans un coin :).
Eh bien, la relecture de nos vieux fuseaux, ainsi que celle de l'Essai en sa belle traduction, peuvent nous éclairer, je pense, quant à l'épreuve du Lac, avec ce climat qui change brutalement et devient hostile, rappelant celle de « La cloche marine ».
Ce passage, en particulier :
[citation=« Essai sur Smith ... », L'Arc & le Heaume HS : Tolkien 1892 - 2012, pp.188-189]Il est clairement montré que Faërie est un vaste monde à part entière, dont l'existence ne dépend pas des Hommes, et dont la première, et encore moins la principale occupation n'est pas les Hommes. La relation doit donc être d'amour : le Peuple Elfique, les habitants principaux et dirigeants de Faërie, ont une très grande parenté avec les Hommes et un amour permanent pour eux en général. Bien qu'ils ne soient tenus par aucune obligation morale d'assister les Hommes et qu'ils n'aient pas besoin de leur aide (excepté pour les affaires humaines), ils les aident de temps en temps, éloignant le mal d'eux et entretiennent des relations avec eux, surtout avec certains hommes et femmes qu'ils trouvent adéquats. Ils, le Peuple Elfique, sont ainsi «bienveillants» au regard des Hommes, et ne sont pas complètement étrangers, bien que beaucoup de choses et de créatures en Faërie même soient étrangères aux Hommes et même activement hostiles. Leur bonne volonté se voit principalement dans leur tentatives de conserver ou restaurer les relations entre les deux mondes, puisque les Elfes (et quelques Hommes encore) réalisent que cet amour de Faërie est essentiel pour un développement humain complet et approprié. L'amour de Faërie est l'amour de l'amour : une relation envers toutes choses, animées et inanimées, qui inclut amour et respect, et supprime ou modifie l'esprit de possession et domination. Sans cela même la simple « Utilité » deviendrait en fait moins utile ; ou se tournerait en dureté et ne conduirait qu'au simple pouvoir, au final destructeur(*). La relation d'apprentissage dans ce conte est ainsi intéressante. Les Hommes dans une large part de leurs activité sont, ou devraient être, dans un statut d'apprenti au regard du peuple elfique.
[small](*) Pour cette raison, le peuple elfique hésite à donner possession à n'importe quel être humain quelque objet qui lui soit propre et qui soit chargé de pouvoir elfique, appelé par les Hommes de nombreuses façons, telle que magie. La plupart des Hommes l'utiliseraient certainement mal comme un simple instrument pour leur propre pouvoir et succès personnel. Tous les hommes en viendraient à s'y accrocher comme à une possession personnelle.[/small][/citation]
Que l'on y rencontre des habitants bienveillants, indifférents ou hostiles, Faërie demeure apprentissage de l'altérité :
[citation=Ibid. p.195]Faërie représente, en sa plus faible acception, une échappée (au moins en esprit) du cercle de fer du monde familier, plus encore du cercle adamantin de la croyance selon laquelle il serait connu, possédé, contrôlé et ainsi (au final) serait tout ce qui mérite d'être considéré — une conscience constante d'un monde au-delà de ces cercles. Plus encore, elle représente l'amour : c'est-à-dire un amour et un respect pour toutes les choses, « inanimées » et « animées », un amour non possessif pour eux comme « autres ». Cet « amour » produira à la fois de la pitié et une grande joie. Les choses vues dans sa lumière seront respectées, et elles apparaîtront comme merveilleuses, magnifiques, extraordinaires et même glorieuses.[/citation]
La « transgression » (quoique le terme me paraisse un peu fort) de Ferrant se situe à ce niveau, il me semble, à savoir le non respect de l'altérité dans cet épisode (cela rejoint mais précise ce que disait Moraldandil, en y voyant « la confusion du monde habituel et de la Faërie »).
Du coup, il est normal que la question de l'altérité nous ait entraînés, à la suite de Lægalad, à la question de soi-même (et donc à la question de l'inconscient, ce qu'il n'est toutefois pas). En l'occurrence, la tentative de rejoindre le Lac signifie justement de vouloir tout dominer c'est-à-dire tout ramener à soi. Il est aussi normal que nous ayons été amenés, à la suite de Sosryko, à entrevoir la rencontre avec le divin, puisque ce dernier, lorsqu'il est chrétien, est à la fois ce qui est tout autre et ce qui est amour (sur l'altérité, voir le magnifique « Comme un secours et un vis à vis » dans Pour la gloire de ce monde). Notez aussi, à nouveau (et toujours chez Tolkien) le rapport incontournable à la pitié, et l'on renoue tout autant avec notre Miróur de l’Omme évoqué lui aussi plus haut.
Le bouleau (= féminin et elfique), qui donc fait partie des habitants particulièrement « bienveillants » (il protège Ferrant), lui avait expliqué tout cela, quoique de façon un peu concise ;) :
[citation=Faërie, p.277]« Va-t'en ! Le Vent est après toi. Tu n'es pas d'ici. »[/citation]
Yyr
[espacement][small][édit : Finrod avait déjà perçu tout ça ;).][/small]

