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La question du Libre Arbitre
Avec du retard, merci Yyr pour cette double suite : )

Un exemple de mal à la fois choisi et subi, qui entrelace les thèmes de la mort, du pouvoir et de la Machine : la trajectoire et la fin de Denethor.

[citation=— SdA, V.7 = RR, Lauzon, p. 149-150.]« […] Je ne cèderai pas ma place pour devenir le vieux chambellan d’un parvenu. […] Je ne m’inclinerai pas devant tel personnage, dernier d’une maison délabrée, dépouillée depuis bien longtemps de toute grandeur ou dignité. »
« Que souhaiteriez-vous, dit Gandalf, si votre volonté pouvait prévaloir ? »
« Je voudrais que les choses fussent comme elles ont été tous les jours de ma vie (I would have things as they were in all the days of my life), répondit Denethor, et du temps de mes ancêtres venus avant moi : régner sur cette Cite en paix, et laisser mon fauteuil à un fils qui me suivrait, et qui serait son propre maître (his own master), non l’élève d’un magicien. Mais si le sort (doom) me refuse cela, je préfère n’avoir rien (naught) : ni vie diminuée, ni amour divisé, ni honneur abaissé. »
« Je ne vois pas en quoi serait diminué l’amour ou l’honneur voué à un Intendant qui renoncerait fidèlement à sa charge, dit Gandalf. En tout cas, vous ne priverez pas votre fils de son choix tandis que sa mort reste incertaine. »[/citation]

Là encore, il s'agit d'une question de volonté :

[citation=— SdA, V.7, ibid., p. 150.]« Eh bien ! s’écria Denethor. […] tu ne défieras pas ma volonté (my will) – décider de ma propre fin (to rule my own end).
[…]
Lors Denethor sauta sur la table et il s’y tint debout, drapé de flammes et de fumée ; et il prit le bâton de son intendance qui gisait à ses pieds et le brisa sur son genou. Ayant jeté les morceaux au feu, il se pencha et s’étendit sur la table, serrant le palantír a deux mains
contre sa poitrine. Et l’on dit que des lors, quiconque regarda dans cette Pierre, à moins d’avoir la volonté pour l’orienter vers d’autres desseins (a great strength of will to turn it to other purpose), n’y vit jamais que deux vieilles mains consumées par les flammes. »[/citation]

Mais la volonté de Denethor, loin d'être libre, coïncide avec celle de Morgoth : en brisant son bâton, il ne veut pas seulement manifester sa volonté d'être son propre maître jusque dans sa fin, mais aussi, me semble-t-il, s'assurer qu'il n'y aura aucun Intendant après lui, et donc saper les fondements d'une royauté qu'il rejette, car il renie l'autorité qu'elle suppose.
La triste image des mains crispées jusque dans la mort sur le palantír montre la facilité avec laquelle la Machine (qui n'est pas le palantír mais l'esprit de séduction attaché à la puissance privilégiée qu'il procure) impose une vision diminuée du réel à celui qui l'utilise.
Le problème de Denethor était moins celui de l'âge et de l'indépendance (celui d'« une vie diminuée ») que celui d'une volonté diminuée, celui de la liberté à l'égard du bien (l'amour qui aurait dû être partagé et non réduit à l'allégeance d'un fils qu'il n'appelle même plus par son nom), ce qui l'a conduit à devenir esclave des visions de Sauron.

S.
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