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La question du Libre Arbitre
Voilà, j'en ai terminé avec les quatre points qu'il m'avait paru important de développer. Cela ne prétend pas clore la discussion, évidemment. Mais cela va me permettre déjà de faire une pause — ce travail m'a fatigué ;).
[small]Mais la joie est à la mesure de la fatigue ... Tiens, je pense spontanément à Tintin au début de Tintin au Tibet de retour de sa randonnée, fourbu mais heureux comme un roi. D'ailleurs, j'imagine bien Cédric, Isengar et les autres m'attendre (ou plutôt nous attendre, car vous êtes quand même trois téméraires à m'avoir suivi ;)) à la terrasse de l'hôtel, en train de siroter une bière ;))[/small].

En attendant, je redonne un dernier extrait du Seigneur des Anneaux qui, lui aussi, résume et rassemble bien des choses (tout en faisant écho à cet autre très beau passage où Merry et les amis de Frodo lui témoignaient de ce qu'ils pensaient être l'amitié et la confiance) :

[citation=SdA, I.1] Bilbo s'empourpra, et une lueur de colère parut dans ses yeux. Son visage bienveillant se durcit. « Pourquoi pas ? s'écria-t-il. Et en quoi ça vous regarde, hein, de savoir ce que je fais de mes propres affaires ? Il est à moi. Je l’ai trouvé. Il est venu à moi. »
« Oui, oui, dit Gandalf. Mais il n’y a pas lieu de vous mettre en colère. »
« Si je le suis, c’est de votre faute, dit Bilbo. Il est à moi, que je vous dis. À moi. Mon Trésor. Oui, mon Trésor. »
La figure du magicien demeurait grave et attentive ; seule une lueur tremblotante dans ses yeux profonds trahissait sa surprise et même son alarme. « Quelqu’un l’a déjà appelé ainsi, dit-il, mais pas vous. »
« Mais je le dis, maintenant. Et pourquoi pas ? Même si Gollum a déjà dit la même chose. Il n’est plus à lui, mais à moi. Et je vais le garder, je vous dis. »
Gandalf se leva. Il prit un ton sévère. « Vous seriez fou d'agir ainsi, Bilbo, dit-il. Vous en faites la démonstration chaque fois que vous ouvrez la bouche. Son emprise sur vous est beaucoup trop forte. Laissez-le partir ! Alors vous pourrez vous-même partir, et être libre (be free). »

[Suivent l'obstination de Bilbo, puis le courroux de Gandalf]

Bilbo se recula contre le mur, haletant, sa main agrippant la poche de son pantalon. Les deux se tinrent un moment face à face, et un frisson parcourut la pièce. Les yeux de Gandalf restaient braqués sur lui. Lentement, ses mains se détendirent et il se mit à trembler.
« Je ne sais pas ce qui vous prend, Gandalf, dit-il. Je ne vous ai jamais vu ainsi. À quoi tout cela rime-t-il ? Il est à moi, n'est-ce pas ? Je l'ai trouvé, et Gollum m'aurait tué si je ne l’avais pas gardé. Je ne suis pas un voleur, quoi qu’il ait pu dire. »
« Je ne vous ai jamais accusé d’en être un, répondit Gandalf. Et je n’en suis pas un non plus. Je n’essaie pas de vous voler, mais de vous aider. Je voudrais que vous me fassiez confiance, comme autrefois. »[/citation]

La liberté et le bien de Bilbo forment ici le premier enjeu du magicien, bien avant le devenir de l'Anneau. C'est bien pourquoi Gandalf refuse de lui prendre l’Anneau de force. Pour que l'acte de Bilbo soit bon (il le sait d'ailleurs : [emphase]« ce serait pourtant un soulagement »[/emphase], avoue-t-il) et que sa liberté soit préservée, il faut qu’il s’en sépare de lui-même : [emphase]« Je disais souvent à Bilbo qu'il valait mieux ne pas utiliser de tels anneaux ; mais cela l'agaçait, et il ne tardait pas à se mettre en colère. De mon point de vue, il n'y avait pas grand-chose à faire. Je ne pouvais pas le lui prendre sans causer un plus grand tort ; et je n'avais pas le droit de le faire de toute façon. »[/emphase] (SdA, I.2). Ce qui rappelle à nouveau les termes en lesquels Tolkien décrit le [emphase]« sacrifice »[/emphase] de Gandalf : [emphase]« il s'en remettait à l'Autorité qui avait décrété (ordained) les Règles »[/emphase] (Lettres, n°156 p.288). Ce qui nous ramène à la liberté du Créateur, dont dérivent toutes les autres ...
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