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Andrzej Sapkowski - Le Sorceleur
#12
Il apparait que j'ai parlé un peu vite précédemment en indiquant que j'avais retrouvé dans <i>The Witcher</i> le procédé de diffusion en 48 images par seconde (HFR) de la trilogie du <i>Hobbit</i> de PJ. En fait, plus exactement, <i>il m'a semblé retrouver</i> ce procédé, par rapport à ce que j'ai vu à l'écran à la Male-Selve. Après vérification, la série <i>The Witcher</i> n'est présentée nulle part comme étant conçue avec le même procédé que la deuxième trilogie jacksonienne, mais par contre, elle est présentée comme une série proposée en Ultra HD (ou 4K) qui est une définition d'image apparemment chère à Netflix. Or, d'après ce que j'ai compris, l'Ultra HD est censée s'accompagner d'un certain nombre d'innovations dont feraient notamment partie le HDR (High Dynamic Range), grande gamme dynamique permettant de doter l'image de nombreux niveaux d'intensité lumineuse, et le HFR (High Frame Rate), cadence élevée augmentant le nombre des images par seconde avec des vitesses variables (le choix de 48 images étant en fait une possibilité parmi d'autres). Je n'ai pas trouvé grand-chose sur le Web en matière d'explications simples et claires sur tout cela, mais disons que dans tous les cas, l'objectif est toujours le même, à la télévision comme au cinéma : offrir des possibilités d'immersion toujours plus importante au spectateur, avec une recherche la plus poussée possible du réalisme.

Dans le cas de <i>The Witcher</i>, j'ai donc en fait retrouvé une impression plus ou moins identique à celle que j'avais eu avec le <i>Hobbit</i> de PJ : soit une impression de réalité beaucoup plus détaillée et fluide dans la perception des images et des mouvements. C'est quelque-chose d'assez difficile à définir et à expliquer avec des mots... Disons qu'en gros, avec l'accent mis sur une précision accrue des images qui tend à modifier l'attention que l'on y porte en tant que spectateur, c'est différent de ce que proposent les films classiques, contenant 24 images par seconde, et certaines séries télévisées tournées historiquement de façon plus ou moins semblables (essentiellement avant le triomphe du numérique). Avec le HFR, et plus largement avec l'Ultra HD, l'image apparait particulièrement nette, détaillée, mise en valeur par une combinaison complexe mais réaliste de différents niveaux de lumière, tandis que les mouvements des personnages et de la caméra ont tendance à apparaître plus fluides, plus « naturels », et éventuellement presque trop rapides par rapport à ce à quoi nous avons généralement été habitués à voir avec les productions classiques (au cinéma plus qu'à la télé). Si l'œil du spectateur s'y habitue et y adhère, l'immersion peut s'en trouver facilitée à divers degrés, mais l'impression que tout cela peut aussi éventuellement générer, c'est celle d'une sorte d'« effet caméscope » ou, dit autrement, d'une impression d'avoir affaire à des images comme si elles avaient été tournées « sur un coin de table » avec une de ces caméras HD que certains peuvent utiliser pour leur amusement personnel, ou pour tourner en numérique certaines séries télé ou téléfilms d'aujourd'hui... soit quelque-chose de finalement trop prosaïquement réaliste, en somme, et de « trop pressé » même si paradoxalement la vitesse des mouvements à l'écran semble très proche de ce que nos yeux peuvent percevoir dans notre quotidien. Mais encore une fois, c'est difficile d'expliquer cela seulement avec des mots...
Je dirais que ce qui est là en jeu, c'est une sorte de miroir (encore symbolisé par l'écran, grand ou petit) à travers lequel l'œil humain peut être plus ou moins habitué à regarder la fiction sous forme d'images en mouvement, sachant qu'aucune caméra n'a réussi jusqu'ici à égaler la complexité des perceptions que nous avons avec nos yeux : jusqu'à quel point sommes-nous prêts à supporter que le miroir se brise, sous couvert d'immersion ? Chaque ressenti peut avoir, à cette aune, ses spécificités... sachant que l'immersion et ses enjeux me paraissent pour l'heure rester davantage limitées par la taille d'un écran de télé (fut-elle importante) que par celle d'un écran de cinéma.

<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1592797187_the_witcher_2019_-_the_end_s_beginning_-_magical_interior_of_stregobor_s_tower_in_blaviken.jpg" width="669" />

Dans le premier épisode de la série <i>The Witcher</i>, on peut voir le héros Geralt de Riv rendre visite à Stregobor, un mage superstitieux et misogyne (il croit à une stupide prophétie du Soleil Noir prédisant un retour de Lilit pour exterminer la race humaine) qui vit caché à Blaviken, dans une tour où il s'est créé un intérieur basé sur une illusion magique, illusion faisant évoluer ledit mage et son visiteur (et le spectateur) dans un jardin luxuriant où des jeunes femmes nues cueillent des fruits. Geralt n'est évidemment pas dupe de toute cette mise en scène accompagnant le discours du mage, et toute la séquence se déroule dans une ambiance assez ironique où le réalisme des personnages et de leurs échanges contraste avec l'illusion qui les entoure, pourtant aussi réaliste en apparence que Geralt et Stregobor mais qui n'est en fait qu'une sorte de « fond d'écran » magique. <i>In fine</i>, avec <i>The Witcher</i>, Netflix propose une fantasy télévisée dont la magie devient « concrète » de façon très poussée, mais dont la proposition d'immersion, à travers une scène comme celle que j'ai essayé de décrire, se révèle ambivalente, que le point de vue soit interne ou externe, et peut donc même donner un peu à réfléchir en marge du divertissement...

Mais arrêtons-là ces divagations de nuits courtes... en espérant cependant qu'elles auront eu quelque part d'utilité... ^^'

B.
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