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Expositions temporaires & musées
#32
La vérité sort de la bouche des enfants ;-)
La remarque du chenapan est non seulement judicieuse mais correspond à la modification du personnage lequel, alors qu'on pouvait initialement (1938) l'identifier à un nouveau Moïse, n'a eu de cesse d'être associé à une figure christique ; cf. le film de Richard Donner (« I'm sending you, my only son » 1978), le cycle de la mort de Superman (piéta : 1992), la minisérie Kingdom Come (le charpentier : 1996) et Superman : Peace on earth (le Christ Rédempteur : 1999) de Mark Waid et Alex Ross, le summum d'identification étant atteint avec les films <i>Superman Returns</i> (2006) et le <i>Man of Steel</i> de Zack Snyder (2013).
Mais demeure un petit détail (les détails... vive Daniel Arasse, n'est-ce pas Silmo ;-)) qui fait une grande différence : la couleur jaune du symbole sur sa poitrine... Or le jaune en peinture (XIIe-XIXe) est couleur du mensonge et de la trahison. Et de fait, trahison il y a dans l'allégorie christique imposée au personnage de Superman par les reprises du mythe au fil des décennies puis, pour qu'il y ait narration super-héroïque, il ne cesse de régresser de la figure du Christ à celle d'un Moïse d'[small]avant[/small] la révélation du Sinaï, celui qui veut sauver ses frères par la la force brute, et par le meurtre — ce que Superman commettait directement ou indirectement à ses début [1938-1939], mais qui avait été gommé dans les décennies suivantes, avant les meurtres de masse et l'assassinat de Zod dans Man of Steel, tendance juge-juré-bourreau qui avait déjà été remise au goût du jour (celui des années Reagan) en 1987 dans le comics Superman n22 du pourtant magnifique John Byrne (honte éternelle sur lui pour cela).
Réciproquement, et paradoxalement, la diminution du jaune dans le symbole de Superman (qui est remplacé en signe de deuil par le noir dans Kingdom Come, qui disparaît avec le slip dans le costume des films de Snyder et les comics qui ont suivi) amplifie le rapprochement et manifeste la véritable trahison. Certes Shuster et Siegel font allusion à la figure de Moïse (mais en passant, sans aucune lourdeur) mais plus encore à celle de Samson (pour diverses raisons) et certainement pas dans un souci d'annexer leur personnage à une religion. Les scénaristes de l'émission radio The Adventures of Superman avaient compris que Superman est avant tout un réfugié accueilli par un pays, les Etats-Unis d'Amérique ; ils posent donc la laïcité de leur personnage dans un épisode de 1946, dans lequel Superman déclare :
[citation=The Adventures of Superman, 16 avril 1946, <a href="https://youtu.be/1LPIFGL1hQ8">"The Hate Mongers Organization"</a>]« Remember this as long as you live: Whenever you meet up with anyone who is trying to cause trouble between people—anyone who tries to tell you that a man can’t be a good citizen because of his religious beliefs—you can be sure that the troublemaker is a rotten citizen himself and a rotten human being. »[/citation]
En 1949, le personnage participe à une campagne menée conjointement par DC comics et la National Social Welfare Assembly pour diffuser un message de tolerance (et de bonne morale américaine) aux jeunes lecteurs.
En cela, Frank Miller ne s'est pas trompé en caricaturant Superman comme le boy-scout du pouvoir américain. Les films (avec les comics qui suivent) ne font que traduire les dérives successives du pouvoir politique et du pouvoir religieux. Même si, en 2011, Superman est censé avoir renoncé à la nationalité américaine dans un comics qui a été très mal reçu, on sait comment ça finit, alerté par le même Frank Miller aux pinceaux : Superman comme arme de destruction massive en couverture du n.1 de Superman. The secret Years (1985) et dans les pages de The Dark Knight 3 (1986).

S.
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