Erendis Wrote:Pfiou... les gars... j'ai l'impression d'être bête en vous lisant ^^
Nan, mais... n'imp'

Erendis Wrote:Si vous pensez pouvoir mieux me le faire comprendre et que vous en avez l'envie, je vous lirai avec plaisir et attention, mais si non, c'est pas grave. Je prendrai au moins note qu'on ne réfléchit pas à un même niveau de méta
J'espère que tu trouveras une explication dans la réponse de Didier, d'une limpidité qui frise celle des eaux de la Nimrodel
. Il me semble (je me trompe peut-être) que ton approche est plutôt de prendre le légendaire dans une lecture unifiée, cohérente et sans contradictions - ce que j'appellerais une approche "fantasy", comme on pourrait l'avoir avec d'autres cycles de romans (Belgariade, Harry Potter, GoT, etc, etc) où des erreurs de narration peuvent mettre à mal le récit, avoir des effets dramatiques sur l'adhésion du lecteur qui "perd la foi" dans l'univers secondaire qu'il parcourt parce qu'il perd de sa logique interne ; la quête à la bourde de l'auteur est d'ailleurs un jeu qu'on voit souvent sur les fora ou les réseaux sociaux. Mais les textes de Tolkien sont souvent à cheval sur les genres : parfois il s'agit de récits romanesques, parfois de récits historiques, parfois de mythes purs, parfois le narrateur est Tolkien lui-même, parfois le narrateur est un voyageur, parfois ce narrateur rêve, voyage dans le temps, dans l'espace, s'incarne dans un autre personnage, parfois il parle dans des langues bizarres, parfois un critique littéraire ou historique imaginaire repasse sur les textes pour évaluer leur crédibilité, parfois c'est un linguiste qui va donner son opinion, et **souvent** on ne sait même pas vraiment à quoi on à affaire. De manière encore plus imbriquée, le jeu peut se situer en interne (c'est à dire que l'histoire peut être racontée comme un mythe par des personnages à d'autres personnages). Sans compter les réécritures en N versions de textes déjà écrits, il y a vraiment de quoi y perdre son latin elfique - surtout quand même Tolkien ne sait pas sur quel pied danser
En tout cas, ce que Hyarion et moi voulions expliquer, c'est que le rapport à la réalité (même secondaire) est complexe ; la couche de filtres à travers laquelle passent les récits est finalement une composante essentielle des textes, indissociable, elle fait partie de leur identité, elle en donne la couleur, la saveur. On peut donc les appréhender comme de simples histoires (on peut faire ça avec l'Iliade, l'Odyssée, Beowulf, le Kalevala, etc, etc!) et passer un bon moment, mais le champ de ces textes ne se limite pas juste à cela. Parfois, la cohérence interne ou inter-textes est même d'un intérêt secondaire comparés à d'autres aspects (selon mon humble perception et mes goûts, hein).Erendis Wrote:Je crois que je n'arrive pas à trouver pertinent la comparaison entre des peuples anciens qui mythonaient ce qu'ils voyaient pour donner du sens à ce qu'ils ne comprenaient pas ou appréhender plus facilement le monde (organiser le ciel étoilé en y plaçant des dessins, par ex), et les récits fictifs d'un britannique cultivé du 20ème siècle, dont les événements sont placés dans un "autre" monde et/ou une tout autre époque que celle dans laquelle il vivait...
C'est pourtant ce que fait (en partie) Tolkien : il écrit/imagine des textes qui auraient pu provenir de peuples anciens qui **eux-mêmes** mythonent. Je crois qu'il manque ce degré là dans ta description. Ce n'est pas juste un exercice narratif : il est littéraire, poétique, historique, linguistique, etc. Le plaisir est autant dans les histoires elles-mêmes que dans le fait de calligraphier comme un script du moyen-âge, utiliser des dialectes anglo-saxons éteints - la "déformation", le fait de prendre le point de vue déformant d'un historien ou d'un mythographe est une saveur, un piment en soi. Le jeu chez Tolkien est autant dans la forme que dans le fond et le fait qu'un récit se perde dans les remous de l'histoire, des narrateurs, des croyances, des pensées, des problèmes de langue c'est un peu le piment universitaire ultime

Suis-je plus clair?

