Yyr Wrote:D'abord un très très très grand merci pour cette synthèse si intéressante et si bien faite.
[small]Au fait, ce numéro de l'Arc & le Heaume a-t-il un thème ? si oui, sais-tu à quoi s'attaquent les autres contributeurs ?[/small]
Merci à toi d'avoir pris le temps de commenter l'article en cours sur le fond et la forme.
Ce numéro portera sur les figures féminines dans la vie et l’œuvre de Tolkien. D'où le thème de mon article.
Le sommaire (non publié et encore provisoire) est le suivant :[small]Actualités
- Interview d'Anne Besson
- Biographie développée d'Edith Tolkien
Synthèse : Liste des femmes de Terre du Milieu
Essais
- Le personnage de Galadriel dans Le Silmarillion
- Invisibilité des femmes dans l’œuvre de Tolkien
- La place de Ioreth
- La Belle et la Bête, les mariages chez Tolkien
- Fées, Corriganes, Elfes et plus - Verlyn Flieger
Langues : Questions de genre dans les langues elfiques
Détente
Découverte : Naomi Mitchison[/small]
J'apprécierais fort que ces détails ne soient pas discutés en public, étant donné que le rédacteur en chef (Druss) n'a pas communiqué dessus.
Yyr Wrote:Un peu de diachronie
Concernant la longueur, il serait tellement dommage de perdre ce travail, qui offre un aperçu, une vue d'ensemble, à la fois pertinents, utiles et riches de beaux exemples.
[...]
En tout état de cause, si cette partie devait rester aussi longue, des sous-sections ou au moins des intertitres pourraient en faciliter la lecture.
Pour l'heure, on se dirige plutôt vers une publication in extenso dans l'A&H. Si l'article s'avère au final trop compliqué ou trop long, j'envisage désormais une publication dans une revue universitaire de linguistique, en plus d'un article résumé et plus accessible pour l'A&H. Merci néanmoins pour tes suggestions, notamment pour l'idée d'intertitres.
Yyr Wrote:Commentaires :
En tout état de cause, ça m'a perturbé de lire que [emphase]« les langues elfiques n’ont jamais possédé [...] de genre grammatical »[/emphase] et d'enchaîner ensuite sur tous les (contre-)exemples que tu donnes. N'y aurait-il pas moyen de tourner les choses autrement afin de nuancer cette « absence de genre » qui n'est pas totale ?
[...]
Le fait qu'il n'y ait [emphase]« jamais d'accord en genre »[/emphase] ne signifie pas [emphase]« absence de genre [normal][= totale][/normal] dans les langues elfiques pour toutes les étapes d’élaboration de celles-ci »[/emphase] non ? Il me semble que, même si, à la fin, la chose est ténue, on n'arrive pas au même niveau d'absence qu'en anglais par exemple ?
De fait, pour une bonne compréhension, manque ici l'introduction, où je compte bien définir précisément dan quelles conditions il est possible de dire qu'une langue est pourvue ou non d'un genre grammatical. En l'occurrence, le quenya n'est franchement pas très loin de l'anglais sur ce point. [small]Pour mémoire, l'anglais comporte les pronoms he, she, it à la 3e pers. sing. et contient aussi des noms communs dotés d'un genre explicite. Par exemple, si bear "ours" est neutre, she-bear "ourse" est indiscutablement féminin ; dog "chien" est généralement masculin, alors que cat "chat" est (presque) toujours féminin, de même que ship "navire", et l'on parle d'ailleurs de sister-ship pour un navire jumeau d'un autre...[/small]
Toutefois, tu as raison, il conviendra que les choses soient clairement posées et je t'inviterais à me dire si cela te semble suffisamment clair une fois que l'introduction sera achevée. Idem pour la question du genre grammatical (en gros : genre arbitraire, comme "un nombre" ou "une faute" en français) et du genre naturel (reflet du dimorphisme sexuel).
Yyr Wrote:Quote:[citation]Les mêmes distinctions de genre existent pour les autres cas, accusatif, génitif et datif, pour lesquels les pronoms sont toujours indépendants et suivent le verbe, qu’il y ait emphase ou non.[/citation]
Peut-être introduire avant quelque part le terme de [emphase]« nominatif »[/emphase], auquel se réfère, j'imagine, [emphase]« les autres cas »[/emphase] ?
En l'occurrence, je parlais plus haut du "pronom personnel sujet", mais effectivement le lien était ténu, à cause de la distance et du changement de formulation. J'ai donc précisé, dans la phrase qui suit : "Il existe également des formes emphatiques d’usage spécifique pour toutes les personnes, ce qui donne, toujours pour le nominatif singulier..." Cela devrait être plus compréhensible ainsi, me semble-t-il ?
Yyr Wrote:Quote:[citation]De nombreux autres sont d’origine différente – ē̆ʒ, ē̆ʒə – par ex. notam. les noms communs en –we (pas Manwe) Finwe, &c où –we est original dans le comp. contenant l’obsolète †wē « homme, guerrier », nold[orin] [gweg >>] gwe < weʒ-.[/citation]
Ne s'agit-il pas plutôt des noms propres ?
Je n'ai pas (encore) le Parma 21 pour aller à la source. Finwë semble être retenu dans l'exemple et il s'agit bien d'un nom propre ... (Manwë étant logiquement rejeté j'imagine parce que dérivant du valarin : WJ, p.399).
Ouille, tu viens de lever un gros lièvre. Traduction très maladroite de ma part, mais Tolkien est un petit peu à blâmer quand même, puisqu'il a bien écrit "the common names in -we". Il fallait bien sûr comprendre que c'étaient des noms courants. Je traduis désormais par "les fréquents noms en –we", mais la formulation ne me satisfait pas entièrement.
Incidemment, le texte date de 1930, donc il ne faut surtout pas invoquer Q&E : à ce stade, valarin et quendien primitif ne se distinguent pour ainsi dire pas. Dans cette conception, les noms en -wë des Valar sont probablement conçus comme des noms abstraits employés en tant que titres, comme Tolkien l'explicite dans les passages correspondants des essais des années 1940-1950 qui traitent du sujet. Q&E achève la séquence en rejetant toute étymologie eldarine, sauf par analogie.
Yyr Wrote:À noter qu'il en va de même en français, où l'homme et la femme se voient signifiés à l'aide de mots voire de pronoms de lignées distinctes : homme/femme, il/elle, lui/elle (contrairement à l'anglais man/woman, he/she), de même que certains animaux : canard/cane, sanglier/laie, etc. (vs. humain/humaine, chien/chienne, etc.). Voilà quelque chose qui ne changea jamais en elfique où il persista donc une trace de genre (naturel).
L'anglais connaît cela aussi, mais les exemples subsistants sont désormais d'usage archaïsants : horse/stallion/mare, dog/bitch (hé oui)... Au demeurant, "il" et "elle" partagent bien une étymologie commune : lat. ille (masc.), illa (fém.). Malgré l'apparence, he et she en anglais sont probablement aussi éloignés (convergence en proto-germanique, apparemment).
Yyr Wrote:Questions pour éclairer ma lampe fëanorienne:
- quel lien peut-on ou ne peut-on faire avec le suffixe quenya -wë « [emphase]« fréquent dans les noms de personnes »[/emphase] (WJ, p.399) ? Je pensais que ce dernier provenait de kwen > quen(d) « la personne » ? Avons-nous ici une alternative distincte ou concurrente ?
- je découvre [emphase]« l’obsolète †wē “homme, guerrier” »[/emphase] qui nourrit (encore) la partition conjugale [small](n'en jetez plus
)[/small] ; as-tu repéré dans tous tes derniers lectures & travaux de synthèse s'il y a d'autres éléments où les langues elfiques dénotent la sexualité (au sens de base de sexuation) ?
- Note 29 : puis-je abuser (je n'ai pas non plus le Parma 19) et te demander la v.o. de ce passage ? les racines sont-elles connues pour nēr et nīs ?
(1) Si le mot quen(dë) avait donné un suffixe, ç'aurait été en -quë, pas en -wë, eut égard à la phonologie du quenya. L'explication que je cite est donc à peu près la bonne (à peu près, parce que dans les années 1950, Tolkien reformula la forme originelle de ce suffixe en q. prim. -wēg(o) "dirigeant" ; j'en parle dans la section d'analyse).
(2) Il y en a une quantité considérable (sans parler des noms désignant les parties génitales dissimulés dans le PE 12). Dans ma section d'analyse, je me contente de citer les formes de quenya tardif (années 1950 et après) qui ont engendré un suffixe servant à déterminer le genre des noms :
Quote:outre seldë [> –l « fille »] et yondo [> –ion « fils »], on peut signaler nilmë « amitié » > -nilmë « amie » (sous l’influence de nildë « amie »), nís, nissë > –nis « femme », wendë > –wen « jeune fille, #vierge », yeldë > –iel « fille », heru > –her « seigneur, maître », nér, ner- > –ner « homme », nildo > –(n)dil « ami », núro > –(n)dur « serviteur », turo > –tur « maître, vainqueur, seigneur », q. prim. wegū̆, wego > –wë « personne de nature masculine, dirigeant ».
On pourrait encore citer les formes correspondantes en sindarin (fort nombreuses) et recenser toutes les formes comparables dans les premières versions des langues elfiques (je cite juste le qenya qin, qim- > –qin « femme, femelle » pour l'exemple).
(3) Le passage du PE 19 est court, mais c'est dans le PE 21 qu'on trouve l'essentiel du développement (hormis ce petit détail en effet). Je compte discuter tout cela dans la dernière partie de mon analyse, toujours en cours de rédaction.
[citation=J.R.R. Tolkien, PE 19]Thus the association (observable in Eldarin) of r in suffixal elements with masculinity; but s with femininity may in origin depend, at least in part, on the accident that the most ancient basic word for man ended in r, and the equivalent word for woman in s.[/citation]
Les mots en question ne sont pas cités, mais c'est (pour d'évidentes raisons aisément démontrables par d'autres textes) bien nér (ner-) n. “man, male person” < ndē̆r “man” < N(D)ER “male (person), man” et nís (niss-) n. “woman” < nīs “woman, female person” < NIS “woman”.
Amicalement,
E.
P.S. : J'ai un problème d'affichage du ē̆ avec brève sur macron. Ô toi expert en affichage du site et du forum, ne pourrais-tu, dans ta magnanimité, résoudre pour moi ce défaut qui blesse mes yeux ?


: