04-09-2020, 10:54
Yyr Wrote:Non, pas d'accord avec toi pour la partition.
Les traits ne sont pas « réservés » mais plus « prononcés ».
Je t'invite à relire le post que j'avais publié : les épithètes (ce qui chez Tolkien veut tout dire) sont régulièrement répartis selon une partition sexuée.
Roi et reine, à cet égard, même s'ils sont évidemment tous deux investis d'autorité et de sagesse, les incarnent respectivement davantage l'un que l'autre : l'altesse est toute d'autorité chez le roi et de sagesse chez la reine ... mais surtout : l'un ne va pas sans l'autre [small](Laurent l'a bien exprimé avec son étude de l'héroïsme chez Beren et Lúthien : héroïsme de couple)[/small] : Manwë (qui sait aussi être sage) et Varda (qui sait aussi commander) sont exemplaires ; Thingol et Melian moins, et l'un des pôles chute [small](et là, c'est l'homme, pas la femme)[/small].
Pour le talent de guérison, qui diminue avec l'exercice des armes, de ce fait même, ils étaient probablement davantage développés par les nissi, même si tu as raison de relever les contre-exemples, mais sans doute, en partie, parce que nous côtoyons des guerriers tout au long des quêtes (Elrond n'était pas le moindre d'entre eux, ancien héraut de Gil-Galad). Voir aussi Beleg. Vive versa, Finrod est le contre exemple par excellence du Silmarillion, lui qui exprime, plus que tout autre nér, des dons habituellement soulignés chez les femmes. Il est aussi célibataire ... en attendant son retour en Aman ... Mais, de ce côté, j'aurais mieux fait de parler de vie que de guérison (ou de don/fécondité en effet) : pas d'association étymologique entre femme et vie non plus ?
Effectivement, si tu considères que la balance peut pencher un peu plus d'un côté que de l'autre, sans aller jusqu'à réserver l'un des pôles à l'un des sexes, je te suis sans réserve. Il est clair que l'autorité (disons le pouvoir de décréter la loi ou de la faire appliquer) est plutôt du côté masculin, notamment avec une association sémantique force/maîtrise/pouvoir/autorité bien marquée. Il y a effectivement tári comme pendant à tar, mais il n'y a pas de féminin à turo. Ce qui ne veut pas dire que le pouvoir de décision ne soit pas partagé : Manwë et Varda agissent en fait d'un commun accord, et de fait c'est bien vers Varda que se tournent les Elfes (ou les Hobbits !) qui désirent une intercession en leur faveur.
Pour Thingol et Melian, la difficulté vient aussi du fait qu'ils ne sont pas, ne peuvent pas être égaux. De là une répartition qui force Melian à se mettre en retrait si elle ne veut pas annihiler le libre choix de son époux. C'est un vaste sujet...
Concernant la guérison, je suis d'accord avec toi : dans l'absolu, ce devait être majoritairement une affaire féminine, mais il s'avère que le petit nombre d'exemples (et aussi le petit nombre de personnages féminins) est plutôt biaisé dans l'autre sens. Cela dit, pour Elrond, tu constateras que ses dons de guérison ne sont mentionnés que dans le SdA, soit 4500 ans environ après qu'il ait pris les armes pour la dernière fois.
Pour l'aspect étymologique, je serais tenté de répondre par la négative. Le principal élément sémantiquement associé à nís est le mariage (nombreux dérivés pour "fiancée", "épouse") : c'est presque un renversement de l'étymologie de l'angl. woman (si on décompose : wife + man). Cela dit, nér contient aussi pas mal de dérivés de ce type, surtout dans le qenya des Etym.


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