19-09-2020, 14:46
Le dernier mot : super !! 
[small]Avec donc mes derniers retours / occasions de discuter.[/small]
[séparation]
Impeccable.
Quelques remarques au fil de l'eau :
En effet, j'en étais arrivé là moi aussi. il est paradoxal à première vue de lire que ceux qui engendrent la lumière sont fils & fille de la lumière [small](sauf perspective ± platonicienne, mais qui dénoterait dans le Légendaire)[/small]. Serait-il envisageable d'imaginer des significations « fils-argent » et « fille-or » ? Je ne me souviens plus s'il arrive en elfique que des suffixes puisent avoir en plus d'un sens initial déterminant-déterminé (ici : « fils de ... ») un sens additionnel (ici : « fils- ») ? On arriverait à la fin à « fils d'argent » et « fille d'or » (avec toute la polysémie de notre préposition française). C'est de toute façon possible pour le féminin : le suffixe -iel a bien les deux significations : « fille (de) », mais aussi « féminin » : l'on pense à des noms comme Míriel [small](qui n'est sans doute pas engendrée par les joyaux
)[/small] ou Fíriel [small](fille mortelle et non fille de la mort (même si ...))[/small]. Certes, rien de comparable, je crois, pour -ion (sauf ici ?), mais, vu le recoupement/chevauchement côté féminin d'une part, la relation de couple entre les deux suffixes d'autre part, on pourrait facilement imaginer que le même recoupement finisse par s'imposer au masculin. D'ailleurs, en PE 17 p.190, yondo est glosé [emphase]« fils (son) »[/emphase] mais [emphase]« aussi [...] garçon (boy) »[/emphase]. [small]J'imagine que tu as déjà pensé à tout ça et que tu ne peux tout simplement pas te permettre d'être si long ... Mais comme tu enchaînes par ce qui suit ...[/small]
Plus que de la spéculation philosophique, j'y verrais dans ce cas très précis, une trace mythologique. Ainsi avons-nous dans le Conte d'Arda, en quelque sorte, un Couple primordial ... ni Vala ni Elfe ni Homme mais ... Arbre. Cela n'empêche pas les Elfes de relire leur Éveil par le biais du couple (de plusieurs couples, en fait, c'est le Cuivienyarna, HoMe XI), mais l'importance et la centralité des Deux Arbres dans le Légendaire est première [small](cf. encore l'article de Ben sur Galadriel et Celeborn : le couple de la Lórien comme image du Couple primordial des 2 Arbres)[/small].
À noter que l'on peut aussi renvoyer ici vers les « Lois & Coutumes parmi les Eldar » : les différences entre les sexes procèdent pour une part d'inclinations naturelles et pour une autre part d'usages établis par la coutume (HoMe X, pp.213-214).
Eh bien ... je me demande s'il ne faut pas aller jusqu'à 1968 ...
En cherchant à démêler les fils de cet écheveau, je suis tombé sur le Shibboleth qui revient sur le sujet.
Cf plus bas (référence en rouge).
Absolument. Probablement, pour Tolkien, l'étymologie associée à la convoitise cadrait-elle mieux spirituellement, tandis que celle associée à la puissance cadrait mieux phon(esth)étiquement [small](spirituellement, le Conte d'Arda montre l'évanouissement de la (vraie) puissance de Melkor ; le refus d'Eru conduit à perdre sa puissance subcréatrice ; la (fausse) puissance de Melkor est en réalité convoitise, volonté de contrôle, etc.)[/small].
Mana ???
[small]Ambar is upside down ![/small]
Le soleil et la lune auraient été envisagés non personnifiés ? [small](je n'ai toujours pas mon PE n°21 ...)[/small]
Cela paraît tellement difficile à croire [small](même si je te fais confiance
)[/small] tant la chose semble inscrite depuis longtemps et surtout publiée dans le SdA. J'entends encore Legolas :
[citation=LotR, II.3]`I have not brought the Sun. She is walking in the blue fields of the South, and a little wreath of snow on this Redhorn hillock troubles her not at all. [...]’[/citation]
À moins qu'en PE 21 Tolkien distingue entre l'astre d'une part, et le Maia auquel il est associé d'autre part ?
Ou cela était-il envisagé en correspondance de l'Ainulindalë C* ?
À noter aussi que, dans l'absolu, l'absence de « personnification » n'implique pas nécessairement celle d(e référence à l)'« altérité sexuelle » (même si, bien sûr, les deux vont plus facilement de pair).
[séparation]
Je termine en nous proposant deux petites synthèses, que tu sauras corriger le cas échéant, concernant deux dyades parmi celles qui pouvaient médiatiser la sexualité — au sens premier du terme, c'est-à-dire ce qui sépare entre hommes et femmes — chez les Eldar.
1. -WË / -IEL
2. NĒR / NĪS
Je note aussi que la racine √[small]NIS[/small] désignant la femme a probablement un homonyme bien assorti :
Enfin, autour de la racine √[small]NETH[/small] :
Laquelle dispose elle aussi d'un quasi homonyme bien assorti :
[séparation]
Aussi, dans la lignée de ta conclusion, je renchéris sur l'esthétique du langage. On sait que c'est là quelque chose de fondamental et peut-être même de spécifique chez Tolkien, pour qui non seulement le sens mais encore la forme des mots se rattache à la réalité. L'esthétique, la bonne correspondance phonétique, est relié au sens. On sait aussi qu'il est fondamental pour Tolkien de ne pas séparer le langage de la littérature : il ne devrait pas y avoir d'un côté la linguistique et de l'autre le mythe, la culture, etc.
On le voit bien ici : D'une part, à travers toutes ces évolutions, il s'agit de médiatiser un mythe, une histoire et même une anthropologie. D'autre part, on observe, au-delà des variations, une permanence (relative) dans l'association entre le sens et la forme, ce qui est à nouveau signifiant pour le mythe. Il est probable, en outre, que ce soit le goût phonétique qui ait été sinon le garant en tout cas la charpente de cette permanence relative. En l'occurrence, l'analyse linguistique présente recoupe l'analyse littéraire de la partition conjugale : Du côté masculin, la force, l'art de la guerre, la vaillance, l'autorité ; du côté féminin, la douceur, la vie, la jeunesse, la beauté. Ce n'est pas une surprise. On a, si l'on veut, la tête et le cœur, le gouvernement et l'intuition, le physique et le psychique (cf. aussi ce que nous disions des talents de guérison). Évidemment tout en nuance et donné en partage, en communion — mais pour mettre quelque chose en partage ou en communion, il faut un quelque chose au départ, précisément [small](cf. je crois le principe et le symbole du ying et du yang ?). [/small] <small>Et si la vérité sort de la bouche des Enfants, le leitmotiv de Calandil, ici, à la maison, s'accord à l'anthropologie des Eldar : [emphase]« Papa commande, Maman a toujours raison »[/emphase]
— encore un Ami des Elfes
. J'ai aussi connaissance d'un couple de nourrissons frère & sœur, aux epessi parfaitement choisis, eux aussi
.</small> L'accord entre la langue et le mythe va même très loin, puisque, linguistiquement aussi, l'un et l'autre pôles de la partition conjugale se renforcent l'un l'autre : grammaticalement parlant, l'homme est encore davantage homme quand il est marié (√[small]DER[/small] → √[small]NDER[/small]) ; la femme est encore davantage femme quand elle est mariée (√[small]NIS[/small] → √[small]NDIS[/small]) <small><small><sup><b><a name='renvoi0' href='#note0'>(*)</a></b></sup></small></small>. Cf. à nouveau Manwë et Varda qui sont encore davantage qui ils sont lorsqu'ils sont chacun aux côtés l'un de l'autre. Une autre façon de voir les choses serait de dire que le mariage renforce l'homme et la femme, mais cela revient au même.
Ainsi, la langue et le mythe ne vont pas l'un sans l'autre, et tous deux disent la même chose.
Dernière remarque : homme et femme sont distincts et bien distincts, bien séparés sémantiquement, toutefois il ne s'agit pas d'une opposition, ni d'une concurrence, ni d'une indifférence. La sexualité, dans le Conte d'Arda, ne s'inscrit pas dans une séparation individualiste [small](ni machisme ni féminisme
)[/small] mais dans une anthropologie relationnelle et même « communionelle » : les deux se complètent sans se confondre. Cf. la lumière mêlée d'Arien et Tilion, [emphase]« Valinor [étant] emplie d'argent et d'or, et les Dieux rient, se rappelant le mélange de la lumière d'antan »[/emphase], Tom & baie d'Or qui [emphase]« semblaient ne former qu'une seule danse »[/emphase] et, plus en détail : « Un secours comme son vis-à-vis ».
[small]Rendu ici, Damien, si tu souhaites rajouter une note pour signaler / illustrer, outre l'importance cardinale de l'esthétisme du langage chez Tolkien (ce que tu as fait avec justesse), celle, non moins cardinale du lien indissoluble entre la langue et l'histoire, sens-toi libre de piocher allègrement et de reprendre à ton compte ce qui te plaît. Didier avait insisté il y a déjà un moment, sur l'importance de « désenclaver les langues inventées ». S'il nous lit, j'espère qu'il sera content
.[/small]
[séparation]
<small>Enfin, j'ai relevé ici deux gloses qui m'incitent à ouvrir un petit aparté sur une tendance dualiste chez Tolkien (?).
On a lu plus haut : [emphase]« wegū<big>̆</big>, une personne de nature (et de fëa) mâle(s), a person of male nature (anf fëa) »[/emphase] (cf. [emphase]« nesī<big>̆</big>, nese, (une personne de nature) femelle, (a person of) female (nature) »[/emphase]). La nature sexuée concerne non seulement le corps mais aussi le fëa. Nous en avions déjà mention dans les « Lois & Coutumes parmi les Eldar » : [emphase]« Néanmoins le mariage concerne aussi les fëar. Car non seulement leurs [hroar] mais encore les fëar des Eldar sont par nature masculin et féminin (are of their nature male and female) »[/emphase] (HoMe X, p.227). Je n'ai pas trouvé trace de ce genre de chose dans la tradition de l'Église, sinon chez Tertullien, je crois, qui envisage la sexuation du corps et de l'âme, si je me souviens bien.
D'autres éléments tendent à séparer hroä et fëa de sorte à en faire (presque) deux entités non seulement distinctes mais autonomes :
Ce sont là des éléments et des traits de langage qui, s'ils ne suffisent pas à faire une métaphysique, s'accordent en apparence avec un certain dualisme, comme si la personne était toute dans l'âme et habitait son corps. Un dualisme non pas cartésien mais un peu platonicien. Cela dit, il y a d'autres éléments qui tempèrent cette tendance. Surtout, il y a l'exemple important et central de la réincarnation (au sens de transmigration des âmes) qui sera finalement abandonnée ... à la toute fin ! (pour des raisons éthiques plus que métaphysiques, mais l'éthique tolkienienne reste tributaire d'une métaphysique, nous l'avons vu avec le libre arbitre).</small>
[séparation]
Merci à toi pour cet hommage qui m’honore, en sachant que j'étais déjà ton débiteur, à la fois pour cette remarquable synthèse, très utile, et pour la présente discussion !
<!--[*]-ION / -IEL, IEN
<small>____________________________________________
[édit]
<small><sup><a name='note0' href='#renvoi0'>(*)</a></sup></small> Je fais référence à l'augmentation des radicaux eldarins par la sundóma (« voyelle déterminante » d'un radical), qui m'a toujours semblé naturellement, logiquement, augmenter le sens du radical.
Confirmation en a été donnée pour les radicaux verbaux :
[citation=PE n°18 p.85]Prefixation
[...] Il y en avait de deux types : l'augmentation et la réduplication.
Dans l'augmentation, la sundóma était placée devant la première consonne [...]. En eldarin ce type était souvent utilisé dans les systèmes verbaux pour marquer la perfection ou l’achèvement (completion) : comme dans √[small]TALAT[/small] « glisser (vers le bas) » : atalat « s'effondrer (slip right down), tomber en ruine ». Combiné à une altération “dynamique” de la consonne initiale (par ex. par doublement ou immixtion nasale : voir infra), il avait normalement (usually) une signification intensive. Ainsi √[small]KAL[/small] « briller » : aŋkal-, akkal- « flamboyer » ; √[small]MAT[/small] « manger » : ammat- « dévorer ».[/citation]
Ici (même si nous avons affaire à des noms) le processus me semble bien s'inscrire en ce sens :
[citation][normal]- √[small]DER[/small] : nér « homme » → √[small]NDER[/small] : ender(o) « marié » ;
- √[small]NIS[/small] : nís « femme » → √[small]NDIS[/small] : indis « mariée ».</small>[/normal][/citation]

[small]Avec donc mes derniers retours / occasions de discuter.[/small]
[séparation]
Elendil Wrote:Et pour les Deux Arbres, c'est un très, très bon rappel (surtout pour la version de MR avec les noms sindarins), car j'ai failli louper cet important élément.
Du coup, l'article gagne un passage supplémentaire , qui vient se loger juste après les précisions sur les dragons et les Aigles.
Impeccable.
Quelques remarques au fil de l'eau :
Quote:[citation][...] Il faut donc considérer que Telperion signifie « fils de l’argent » et que Silpion, un de ses autres noms, se traduit par « fils de la lumière argentée ». Pareillement, un des surnoms de Laurelin, Culúrien, doit avoir la signification « fille du rouge-doré ». Les noms sindarins correspondants, Galathilion et Galadlóriel, possèdent des suffixes manifestement de même sens. C’est un cas quelque peu paradoxal, car en dépit de leur importance, les Deux Arbres ne sont nulle part décrits comme conscients (bien que certains arbres du Légendaire le soient) et ils engendrent l’un une lueur argentée, l’autre une lumière dorée.[/citation]
En effet, j'en étais arrivé là moi aussi. il est paradoxal à première vue de lire que ceux qui engendrent la lumière sont fils & fille de la lumière [small](sauf perspective ± platonicienne, mais qui dénoterait dans le Légendaire)[/small]. Serait-il envisageable d'imaginer des significations « fils-argent » et « fille-or » ? Je ne me souviens plus s'il arrive en elfique que des suffixes puisent avoir en plus d'un sens initial déterminant-déterminé (ici : « fils de ... ») un sens additionnel (ici : « fils- ») ? On arriverait à la fin à « fils d'argent » et « fille d'or » (avec toute la polysémie de notre préposition française). C'est de toute façon possible pour le féminin : le suffixe -iel a bien les deux significations : « fille (de) », mais aussi « féminin » : l'on pense à des noms comme Míriel [small](qui n'est sans doute pas engendrée par les joyaux
)[/small] ou Fíriel [small](fille mortelle et non fille de la mort (même si ...))[/small]. Certes, rien de comparable, je crois, pour -ion (sauf ici ?), mais, vu le recoupement/chevauchement côté féminin d'une part, la relation de couple entre les deux suffixes d'autre part, on pourrait facilement imaginer que le même recoupement finisse par s'imposer au masculin. D'ailleurs, en PE 17 p.190, yondo est glosé [emphase]« fils (son) »[/emphase] mais [emphase]« aussi [...] garçon (boy) »[/emphase]. [small]J'imagine que tu as déjà pensé à tout ça et que tu ne peux tout simplement pas te permettre d'être si long ... Mais comme tu enchaînes par ce qui suit ...[/small]Quote:[citation]Nous pourrions y voir un exemple de spéculation philosophique des Elfes.[/citation]
Plus que de la spéculation philosophique, j'y verrais dans ce cas très précis, une trace mythologique. Ainsi avons-nous dans le Conte d'Arda, en quelque sorte, un Couple primordial ... ni Vala ni Elfe ni Homme mais ... Arbre. Cela n'empêche pas les Elfes de relire leur Éveil par le biais du couple (de plusieurs couples, en fait, c'est le Cuivienyarna, HoMe XI), mais l'importance et la centralité des Deux Arbres dans le Légendaire est première [small](cf. encore l'article de Ben sur Galadriel et Celeborn : le couple de la Lórien comme image du Couple primordial des 2 Arbres)[/small].
Quote:[citation][note 50 :] [...] Il faut donc considérer que ce suffixe est bien masculin et en tirer les conséquences relatives à la répartition des rôles selon les sexes chez les Eldar et les Dúnedain. Cf. Tolkien 1995a, no 297 ; 1997b, p. 365–366 n. 61.[/citation]
À noter que l'on peut aussi renvoyer ici vers les « Lois & Coutumes parmi les Eldar » : les différences entre les sexes procèdent pour une part d'inclinations naturelles et pour une autre part d'usages établis par la coutume (HoMe X, pp.213-214).
Quote:[citation]C’est toutefois en 1959–1960 que Tolkien donna apparemment un point final à cette longue suite d’hésitations en décrétant que les noms en –ë des Valar étaient d’origine non-elfique. Ils avaient été adaptés à la phonologie du quenya par étymologie populaire ou par attraction de la terminaison –wë, fréquente dans les noms propres des Elfes. Très significativement, il s’abstint de préciser l’étymologie et la signification du suffixe d’origine elfique, ayant sans doute décidé qu’aucune de ses tentatives antérieures n’était pleinement satisfaisante.[/citation]
Eh bien ... je me demande s'il ne faut pas aller jusqu'à 1968 ...
En cherchant à démêler les fils de cet écheveau, je suis tombé sur le Shibboleth qui revient sur le sujet.
Cf plus bas (référence en rouge).
Quote:[citation]La forme Melkō-r peut également paraître aberrante, au regard des étymologies mbelekōro « Lui qui se dresse en puissance » ou mbelek-óre « puissant qui se dresse », dont le second morphème ōro ou ōre dérive de la racine RŌ ou ORO, désignant un mouvement vers le haut. Elle s’explique néanmoins quand nous nous rappelons que le nom de l’archange rebelle Melkor était orthographié Melko dans les premières versions du Légendaire. Vers la fin des années 1930, peu de temps avant de modifier ce nom, Tolkien lui donnait une étymologie bien différente : Mailikō < MIL-IK, avec une racine associée au désir, à l’avarice et à la convoitise. La décomposition Melkō-r s’inscrit donc dans le contexte du changement de nom du plus terrible des personnages de Tolkien, alors que ce dernier souhaitait encore préserver l’étymologie établie. Toutefois, l’essai « Quendi and Eldar » vint établir que ce nom était la traduction d’une forme valarine, et Tolkien révisa sa dérivation en conséquence, afin de lui octroyer plus d’ambiguïté.[/citation]
Absolument. Probablement, pour Tolkien, l'étymologie associée à la convoitise cadrait-elle mieux spirituellement, tandis que celle associée à la puissance cadrait mieux phon(esth)étiquement [small](spirituellement, le Conte d'Arda montre l'évanouissement de la (vraie) puissance de Melkor ; le refus d'Eru conduit à perdre sa puissance subcréatrice ; la (fausse) puissance de Melkor est en réalité convoitise, volonté de contrôle, etc.)[/small].
Quote:[citation]Faut-il souligner que ce dernier élément ne semble guère conciliable avec l’affirmation plus tardive selon laquelle les Elfes ne personnifiaient ni les concepts abstraits, ni les pays, ni les grandes divisions de la nature, ni les objets matériels, fussent-ils aussi remarquables que le soleil ou la lune [normal][PE n°21, pp.82-83][/normal] ?[/citation]
Mana ???
[small]Ambar is upside down ![/small]
Le soleil et la lune auraient été envisagés non personnifiés ? [small](je n'ai toujours pas mon PE n°21 ...)[/small]
Cela paraît tellement difficile à croire [small](même si je te fais confiance
)[/small] tant la chose semble inscrite depuis longtemps et surtout publiée dans le SdA. J'entends encore Legolas :[citation=LotR, II.3]`I have not brought the Sun. She is walking in the blue fields of the South, and a little wreath of snow on this Redhorn hillock troubles her not at all. [...]’[/citation]
À moins qu'en PE 21 Tolkien distingue entre l'astre d'une part, et le Maia auquel il est associé d'autre part ?
Ou cela était-il envisagé en correspondance de l'Ainulindalë C* ?
À noter aussi que, dans l'absolu, l'absence de « personnification » n'implique pas nécessairement celle d(e référence à l)'« altérité sexuelle » (même si, bien sûr, les deux vont plus facilement de pair).
[séparation]
Je termine en nous proposant deux petites synthèses, que tu sauras corriger le cas échéant, concernant deux dyades parmi celles qui pouvaient médiatiser la sexualité — au sens premier du terme, c'est-à-dire ce qui sépare entre hommes et femmes — chez les Eldar.
1. -WË / -IEL
- LR p.398 + VT 46 p.21 : √[small]WEG[/small] désigne la [emphase]« vigueur (virile), (manly) vigour »[/emphase]. D'où #wegō, l'homme, qui pouvait entrer fréquemment en composition de noms masculins, en quenya sous la forme du suffixe -wë, lequel devait être toutefois distingué de son homonyme à valeur abstractive [small](comme dans Finwë)[/small].
- PE 17 p.23 : [emphase]« iel, un suffixe féminin, en quenya, sindarin, correspond au masculin -we »[/emphase].
- PE 17 pp.189-190 :
- √[small]WĒ,?WE[/small]ʒ y est d'abord envisagé pour signifier la personne, l'individu (Elfe ou Humain). De là le suffixe en -wë des noms en quenya.
- Puis √[small]WEG,WE[/small]ʒ y est plutôt conçu en vis-à-vis de √[small]NES,NETH-[/small] pour constituer un couple de racines référant à la masculinité et à la féminité, par ailleurs applicable aux Valar et Maiar. D'où l'eldarin primitif [emphase]« wegū<big>̆</big>, une personne de nature (et de fëa) mâle(s), a person of male nature (anf fëa) »[/emphase], et le suffixe masculin -wë. Ce dernier a pour correspondance le suffixe féminin -iel[small] (le nom d'Altáriel/Galadriel est ici censé s'inscrire dans ce schéma)[/small]. On avait aussi, avant qu'elle fût rejetée, la glose [emphase]« nesī<big>̆</big>, nese, (une personne de nature) femelle, (a person of) female (nature) »[/emphase].
- Puis retour, plus ou moins, à l'étape précédente : le suffixe -wë proviendrait d'un ancien élément √[small]WĒ,?WE'E[/small] probablement relié au quenya vē<big>̆</big> sur le registre de la similitude. √[small]WEG[/small] est alors envisagé pour signifier la vie au sens d'une activité (et #wegō(n) désigne alors une créature vivante).
- [small]Ouf ![/small]
- √[small]WĒ,?WE[/small]ʒ y est d'abord envisagé pour signifier la personne, l'individu (Elfe ou Humain). De là le suffixe en -wë des noms en quenya.
- PE 21 p.1 : De la racine √[small]WE[/small]ʒ provient [emphase]« l'obsolète †wē “homme, guerrier (man, warrior)” »[/emphase] qui a donné le suffixe -wë retrouvé dans certains noms [small](comme celui de Finwë)[/small].
- PE 21 p.81 : wegū<big>̆</big>, wego > -wë [emphase]« dirigeant (ruler) »[/emphase] [small](comme dans Finwë)[/small]. [Autres infos ?]
- MR p.388 : [emphase]« iel est un suffixe féminin correspondant au masculin -we »[/emphase].
- WJ p.399 : [small]« Je me couche » dit Tolkien
[/small].
- PM p.340 : On revient à une racine √[small]EWE[/small] dont dériverait un ancien mot pour désigner la personne, entre autre sous la forme wē, lequel aurait ensuite donné le suffixe -wë, lequel apparaît fréquemment dans les noms quenya [emphase]« <font style='text-decoration: underline; text-decoration-style: dashed;'>généralement mais non exclusivement</font> masculins »[/emphase].
2. NĒR / NĪS
- PE 11 p.30 : D'un eldarin n’reu̯ dérivaient [emphase]« †drio, driw, driodweg (-thweg) “héro, guerrier” ; driod, †drioth, driothwen, -dwen “héroïsme, vaillance, heroism, valour” ; driog “vaillant” »[/emphase] (GL).
- PE 11 p.60 : D'un eldarin nere dérivaient [emphase]« nert “bravoure, exploit, force, prowess, a feat, strength” ; nerthi “virilité, vertu, 1) manhood, manliness 2) virtue” »[/emphase] (GL). On a pour désigner la femme †nîr (GL) équivalent du qenya nî.
- PE 12 p.65 : Sous la racine √[small]NERE[/small] proviennent, pour le qenya, [emphase]« ner “homme, mari, man, husband” »[/emphase] (QL) ; [emphase]« ner “guerrier, warrior, etc.” »[/emphase] (PME) ; [emphase]« nerea “viril, robuste, courageux, manly, stout, brave” ; nereaina “vaillance, stoutness of heart” ; nertu “force, strength” »[/emphase] (QL).
- PE 13 p.164 : La lignée cousine a le mot poétique [emphase]« †nîr “héro, prince” »[/emphase] (ENW).
- LR pp.354,375,378 + VT 45 pp.9,37 : De la racine [emphase]« √[small]DER[/small] “Adulte masculin, homme (elfe, mortel, ou des autres peuples doués de parole)” »[/emphase] provient le q. nér, avec insertion d'un n dû en partie à sa correspondance avec [emphase]« nī, nis “femme” »[/emphase], en partie à l'attraction d'Ender(o), désignant [emphase]« l'homme marié, bridegroom »[/emphase] < #ndēro < √[small]NDER[/small] » i.e. renforcement de la racine √[small]DER[/small]. La racine [emphase]« √[small]NIS[/small], homologue féminin de √[small]DER[/small] »[/emphase] a donné le q. nis, la femme. Parallèlement au renforcement √[small]DER[/small] → √[small]NDER[/small], celui de √[small]NIS[/small] → √[small]NDIS[/small] a donné la [emphase]« forme intensive #i-ndise = Q Indis “mariée, bride” »[/emphase]
- WJ p.393 : L'eldarin [emphase]« nere, nēr “une personne mâle, un homme” était dérivé de √[small]NERE[/small], qui se référait à la valeur et à la force physiques »[/emphase].
Je note aussi que la racine √[small]NIS[/small] désignant la femme a probablement un homonyme bien assorti :
- SCLI pp.554-555 : Proches de la Baie d'Eldanna à Númenor, le lieu dit [emphase]« Nísimaldar “Les arbres parfumés, The fragrant Trees” »[/emphase], ainsi que le petit lac [emphase]« Nísinen, ainsi nommé pour le foisonnement, sur ses rives, des fleurs et buissons odorants »[/emphase], pourraient dériver d'une racine homonyme se rapportant à la fragrance, au parfum ...
Enfin, autour de la racine √[small]NETH[/small] :
- LR p.376 : [emphase]« √[small]NETH[/small] “jeune” »[/emphase].
- PE 17 p.167 : [emphase]« √[small]NES,NETH[/small] “féminité” »[/emphase]. Cf. supra (PE 17 p.190) la glose [emphase]« nesī<big>̆</big>, nese, (une personne de nature) femelle, (a person of) female (nature) »[/emphase].
- VT 47 p.12,15,26,34,39 : La racine √[small]NETH[/small] est associée tour à tour à : [emphase]« “sœur” »[/emphase] ; [emphase]« “femme” »[/emphase] ; [emphase]« nēthe “jeune femme” »[/emphase] ; [emphase]« “frais, vivant, joyeux, fresh, lively, merry” »[/emphase] ; [emphase]« “personne féminine, femme, female person, woman” »[/emphase].
Laquelle dispose elle aussi d'un quasi homonyme bien assorti :
- VT 47 p.33 : La racine [emphase]« √[small]NET[/small] “orné (gracieux, délicat), trim (pretty, dainty)” »[/emphase] ayant donné [emphase]« nette “petite fille” ; netya- “orner, to trim, to adorn” ; netya “gracieux, délicat, pretty, dainty” »[/emphase].
[séparation]
Aussi, dans la lignée de ta conclusion, je renchéris sur l'esthétique du langage. On sait que c'est là quelque chose de fondamental et peut-être même de spécifique chez Tolkien, pour qui non seulement le sens mais encore la forme des mots se rattache à la réalité. L'esthétique, la bonne correspondance phonétique, est relié au sens. On sait aussi qu'il est fondamental pour Tolkien de ne pas séparer le langage de la littérature : il ne devrait pas y avoir d'un côté la linguistique et de l'autre le mythe, la culture, etc.
On le voit bien ici : D'une part, à travers toutes ces évolutions, il s'agit de médiatiser un mythe, une histoire et même une anthropologie. D'autre part, on observe, au-delà des variations, une permanence (relative) dans l'association entre le sens et la forme, ce qui est à nouveau signifiant pour le mythe. Il est probable, en outre, que ce soit le goût phonétique qui ait été sinon le garant en tout cas la charpente de cette permanence relative. En l'occurrence, l'analyse linguistique présente recoupe l'analyse littéraire de la partition conjugale : Du côté masculin, la force, l'art de la guerre, la vaillance, l'autorité ; du côté féminin, la douceur, la vie, la jeunesse, la beauté. Ce n'est pas une surprise. On a, si l'on veut, la tête et le cœur, le gouvernement et l'intuition, le physique et le psychique (cf. aussi ce que nous disions des talents de guérison). Évidemment tout en nuance et donné en partage, en communion — mais pour mettre quelque chose en partage ou en communion, il faut un quelque chose au départ, précisément [small](cf. je crois le principe et le symbole du ying et du yang ?). [/small] <small>Et si la vérité sort de la bouche des Enfants, le leitmotiv de Calandil, ici, à la maison, s'accord à l'anthropologie des Eldar : [emphase]« Papa commande, Maman a toujours raison »[/emphase]
— encore un Ami des Elfes
. J'ai aussi connaissance d'un couple de nourrissons frère & sœur, aux epessi parfaitement choisis, eux aussi
.</small> L'accord entre la langue et le mythe va même très loin, puisque, linguistiquement aussi, l'un et l'autre pôles de la partition conjugale se renforcent l'un l'autre : grammaticalement parlant, l'homme est encore davantage homme quand il est marié (√[small]DER[/small] → √[small]NDER[/small]) ; la femme est encore davantage femme quand elle est mariée (√[small]NIS[/small] → √[small]NDIS[/small]) <small><small><sup><b><a name='renvoi0' href='#note0'>(*)</a></b></sup></small></small>. Cf. à nouveau Manwë et Varda qui sont encore davantage qui ils sont lorsqu'ils sont chacun aux côtés l'un de l'autre. Une autre façon de voir les choses serait de dire que le mariage renforce l'homme et la femme, mais cela revient au même.Ainsi, la langue et le mythe ne vont pas l'un sans l'autre, et tous deux disent la même chose.
Dernière remarque : homme et femme sont distincts et bien distincts, bien séparés sémantiquement, toutefois il ne s'agit pas d'une opposition, ni d'une concurrence, ni d'une indifférence. La sexualité, dans le Conte d'Arda, ne s'inscrit pas dans une séparation individualiste [small](ni machisme ni féminisme
)[/small] mais dans une anthropologie relationnelle et même « communionelle » : les deux se complètent sans se confondre. Cf. la lumière mêlée d'Arien et Tilion, [emphase]« Valinor [étant] emplie d'argent et d'or, et les Dieux rient, se rappelant le mélange de la lumière d'antan »[/emphase], Tom & baie d'Or qui [emphase]« semblaient ne former qu'une seule danse »[/emphase] et, plus en détail : « Un secours comme son vis-à-vis ».[small]Rendu ici, Damien, si tu souhaites rajouter une note pour signaler / illustrer, outre l'importance cardinale de l'esthétisme du langage chez Tolkien (ce que tu as fait avec justesse), celle, non moins cardinale du lien indissoluble entre la langue et l'histoire, sens-toi libre de piocher allègrement et de reprendre à ton compte ce qui te plaît. Didier avait insisté il y a déjà un moment, sur l'importance de « désenclaver les langues inventées ». S'il nous lit, j'espère qu'il sera content
.[/small][séparation]
<small>Enfin, j'ai relevé ici deux gloses qui m'incitent à ouvrir un petit aparté sur une tendance dualiste chez Tolkien (?).
On a lu plus haut : [emphase]« wegū<big>̆</big>, une personne de nature (et de fëa) mâle(s), a person of male nature (anf fëa) »[/emphase] (cf. [emphase]« nesī<big>̆</big>, nese, (une personne de nature) femelle, (a person of) female (nature) »[/emphase]). La nature sexuée concerne non seulement le corps mais aussi le fëa. Nous en avions déjà mention dans les « Lois & Coutumes parmi les Eldar » : [emphase]« Néanmoins le mariage concerne aussi les fëar. Car non seulement leurs [hroar] mais encore les fëar des Eldar sont par nature masculin et féminin (are of their nature male and female) »[/emphase] (HoMe X, p.227). Je n'ai pas trouvé trace de ce genre de chose dans la tradition de l'Église, sinon chez Tertullien, je crois, qui envisage la sexuation du corps et de l'âme, si je me souviens bien.
D'autres éléments tendent à séparer hroä et fëa de sorte à en faire (presque) deux entités non seulement distinctes mais autonomes :
- Andreth qualifie l'union entre le fëa et le corps d'une [emphase]« union d'amour mutuel »[/emphase] (HoMe X, p.317) ;
- La phase tardive d'écriture du Silmarillion parle des fëar délogés qui peuvent essayer de s'emparer du corps des vivants (cf. HoMe X, pp.224-225) ;
- Dans le SdA, Gandalf parle d'Éowyn [emphase]« née dans le corps d'une vierge (born in the body of a maid) »[/emphase] (SdA, V.8) ;
- Tolkien, malade, s'exprime (presque) comme Descartes : [emphase]« Nous (moi du moins) connaissons trop mal la machine complexe que nous habitons, et (comme les ignorants en mécanique pour qui le “carburateur” est le nom d’une petite pièce d’un moteur, à la fonction secondaire et mal connue) sous-estimons la vésicule biliaire ! C’est une partie vitale de l’usine chimique, qui à elle seule peut causer une douleur intense si quelque chose ne va pas ; et si elle est “infectée”, hé bien, “ton compte est bon” »[/emphase] (Lettres, n°311 pp.560-561) ;
- Et bien sûr, avant et après tout le reste, la question de la Réincarnation des Elfes.
Ce sont là des éléments et des traits de langage qui, s'ils ne suffisent pas à faire une métaphysique, s'accordent en apparence avec un certain dualisme, comme si la personne était toute dans l'âme et habitait son corps. Un dualisme non pas cartésien mais un peu platonicien. Cela dit, il y a d'autres éléments qui tempèrent cette tendance. Surtout, il y a l'exemple important et central de la réincarnation (au sens de transmigration des âmes) qui sera finalement abandonnée ... à la toute fin ! (pour des raisons éthiques plus que métaphysiques, mais l'éthique tolkienienne reste tributaire d'une métaphysique, nous l'avons vu avec le libre arbitre).</small>
[séparation]
Quote:[small]Ah, oui, j'ai aussi rajouté une phrase de remerciements.[/small]
Merci à toi pour cet hommage qui m’honore, en sachant que j'étais déjà ton débiteur, à la fois pour cette remarquable synthèse, très utile, et pour la présente discussion !
<!--[*]-ION / -IEL, IEN
- PE 17 p.170 : -ŏn et -ĕl sont des suffixes masculins et féminins issus de la racine √[small]ON/NO[/small] relative à l'engendrement. Les suffixes patronymiques -ion et -ien en sindarin, -ion(do) et -iel(dë) en quenya, sont d'une autre origine.
- PE 17 p.190 : Le suffixe patronymique -ion(do), de yondo « fils » correspond au suffixe patronymique -wel, de yelde « fille » [small](ou encore -wen(d) comme dans Eđelwen)[/small], tandis que le suffixe féminin -iel est noté comme correspondant au suffixe masculin -wë (cf. supra).
<small>____________________________________________
[édit]
<small><sup><a name='note0' href='#renvoi0'>(*)</a></sup></small> Je fais référence à l'augmentation des radicaux eldarins par la sundóma (« voyelle déterminante » d'un radical), qui m'a toujours semblé naturellement, logiquement, augmenter le sens du radical.
Confirmation en a été donnée pour les radicaux verbaux :
[citation=PE n°18 p.85]Prefixation
[...] Il y en avait de deux types : l'augmentation et la réduplication.
Dans l'augmentation, la sundóma était placée devant la première consonne [...]. En eldarin ce type était souvent utilisé dans les systèmes verbaux pour marquer la perfection ou l’achèvement (completion) : comme dans √[small]TALAT[/small] « glisser (vers le bas) » : atalat « s'effondrer (slip right down), tomber en ruine ». Combiné à une altération “dynamique” de la consonne initiale (par ex. par doublement ou immixtion nasale : voir infra), il avait normalement (usually) une signification intensive. Ainsi √[small]KAL[/small] « briller » : aŋkal-, akkal- « flamboyer » ; √[small]MAT[/small] « manger » : ammat- « dévorer ».[/citation]
Ici (même si nous avons affaire à des noms) le processus me semble bien s'inscrire en ce sens :
[citation][normal]- √[small]DER[/small] : nér « homme » → √[small]NDER[/small] : ender(o) « marié » ;
- √[small]NIS[/small] : nís « femme » → √[small]NDIS[/small] : indis « mariée ».</small>[/normal][/citation]

