Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Expositions temporaires & musées
#52
Rahh, c'est beau :)

Mwarf, évidemment que Matthieu est le personnage le plus à gauche, et tu ajoutes des arguments colorés qui viennent confirmer une telle lecture :)

L'argument le plus fort pour moi demeure la temporalité : Caravage n'est plus un peintre de la temporalité des tableaux classiques. On lui demande un tableau sur l'appel de Matthieu et lui répond par un tableau sur la confusion qui a pu suivre l'appel.
Le tableau n'est pas une illustration du « Suis-moi » mais des questionnement qui ont suivi.
Le jeu des pieds et des mains confirme ce décalage. Les pieds de Jésus sont en train de partir, sa main retombe, son index sur le point de se replier est comme celui de l'index du Dieu de Michel-Ange en effet, qui ne nous est pas montré donnant la vie mais comme celui qui vient de la donner à Adam : dans le brouhaha des paroles et le cliquets des pièces, on s'interroge et les mains des personnes qui vont converser prennent le relais de celle de Jésus :
Le riche barbu, en train de payer son dû à Matthieu, sa main sur sa poitrine : « Quoi ? Il me demande de le suivre, moi ? »
Pierre, sa main désignant Matthieu, qui n'a rien entendu : « Non, pas toi, lui... »

Ce qui est beau c'est que Caravage peint l'intervalle temporel entre l'appel et la réponse à l'appel, mieux, entre l'appel et sa reprise.
Caravage ose imaginer que Matthieu n'a pas entendu l'appel de Jésus !
Il en rajoute puisque Matthieu, absorbé dans les comptes, n'entend pas même la conversation entre le vieil homme riche et Pierre...
Il faudra donc qu'un autre que lui vienne le sortir de son quotidien pour l'interpeller : « Es-tu donc sourd ? Le Maître t'appelle ! »
Ce temp là n'est pas représenté et on devine qu'alors, Jésus aura repris son chemin (il est déjà en train de partir), avec Pierre. Matthieu devra donc courir pour les rattraper...

Et là, la lecture des couleurs et des vêtements de Silmo rend le tour de force encore plus beau : assurément, le Matthieu peint par Caravage, comme ceux avec qui il interagit autour de la table n'est pas habillé à l'antique.
Tout s'éclaire si nous comprenons qu'en fait, il ne s'agit pas du Matthieu des évangiles qui fut appelé par Jésus mais de l'homme d'aujourd'hui absorbé dans ses activités [small](pour le visiteur de saint Louis des Français, ce sera peut-être l'absorption dans un guide de Rome qui vous indique tous les bons coins et vous précise accessoirement que le célèbre Matthieu est le vieil homme riche du tableau devant qui tout le monde s'attroupe !)[/small], qui n'a peut-être jamais entendu parler de l’Évangile, qui se trouvera interpellé tout à nouveau, à chaque fois qu'il contemplera ce tableau : « Tu n'as pas entendu ? Le Maître t'as appelé ! »

A droite, la peinture d'un appel lancé alors il y a près de 1570 ans (la Vocation de saint Matthieu date de 1600) ; à gauche, l'écho de cet appel qui résonnait au temps de Caravage, avec la possibilité encore donnée de demeurer assis et de poursuivre ses comptes dans la pénombre ou de se lever et de suivre le rabbi de Nazareth dans la lumière.

S.

PS : [small]hep, Silmo, lors d'un retour à Rome, j'espère que tu as l'intention de passer (pour diverses raisons) par Santa Maria del Popolo ;-)[/small]
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)