<img src="https://www.jrrvf.com/forum_images/725/1600722022_rembrandt_-_la_chaumiere_au_grand_arbre_-_bartsch_226_-_1641_-_petit_palais_paris.jpg" width="869" />
<small>Rembrandt Harmenszoon van Rijn, dit Rembrandt (1606-1669).
<i>La Chaumière au grand arbre</i> (Bartsch 226), 1641.
Eau-forte sur papier, 12,8 x 31,9 cm.
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.</small>
Puisque la première partie de mon précédent message n'a pas forcément été lue (ce n'est pas grave, Jérôme : personne n'est obligé), je vais essayer d'exprimer ça autrement, à travers des représentations imagées, celle d'une maison commune qui s'appellerait JRRVF, celle d'un comptoir de taverne qui serait l'Espace libre du forum de JRRVF, celle d'un coin de comptoir ou près du comptoir où on pourrait venir rendre des hommages. Quand nous venons toutes et tous, les uns et les autres, dans la maison commune, et notamment au comptoir, nous venons avec ce que nous sommes, avec ce qui nous différencie les uns des autres, avec le vécu, les opinions, les affects qui nous sont propres. Et parfois, quand bien même nous sommes d'accord pour ne pas « pourrir l'ambiance » quand nous venons, il arrive malgré tout que nous laissons entrer avec nous, même si on pourrait toujours idéalement souhaiter une neutralité pourtant introuvable, un peu de fumée... Cette fumée, qui peut être apportée par tout le monde, d'une manière ou d'une autre, peut être plus ou moins supportable, par les uns, par les autres. C'est ainsi, c'est le prix de l'altérité, du contact avec l'Autre qui n'est pas soi et qui ne le sera jamais. Ce que je veux dire, c'est qu'au lieu de céder à la tentation de se plaindre de la fumée, au risque de vouloir promouvoir une sorte de mise sous cloche (sous couvert de ne pas vouloir utiliser directement les ciseaux d'Anastasie, alors que le résultat serait pourtant le même), peut-être devrions éviter d'oublier le feu qui est à l'origine de la fumée. Ce feu est à l'extérieur de la maison, et personne ne souhaite qu'il y entre, mais il existe néanmoins, quand bien même nous préfèrerions idéalement qu'il n'existe pas...
Comme je l'ai déjà dit, nous vivons des temps difficiles, des temps propices à vouloir non seulement avoir raison (ce qui est déjà très discutable) mais aussi à vouloir avoir raison de l'autre (ce qui est pire). Nous pourrions tous nous plaindre d'un « pourrissement d'ambiance » à un moment donné, même quand nous ne parlons que de Tolkien du reste (à ce compte-là, au-delà de Tolkien lui-même, si vous croyez que citer certains auteurs vomissant le « progrès » ou la « modernité » participe en soi d'une ambiance gaie et joyeuse... Personnellement, cela a plutôt tendance à me déprimer, même si cependant je n'irai pas forcément jusqu'à me plaindre de la fumée, vu que tout le monde a le droit de s'exprimer et de partager ce qui lui semble bon ; même chose s'agissant d'une supposée mort annoncée de la langue française), mais encore une fois, n'oublions pas que le vrai problème vient du feu qui brûle et qui tourmente à des degrés divers <i>à l'extérieur</i> de la maison, bien plus que de la fumée qui peut ponctuellement déranger <i>à l'intérieur</i> et qu'aucun de nous ne cherche à propager pour « troller » ou que-sais-je d'autre. Nous venons simplement ici comme nous sommes : à nous de tous nous accepter ainsi (et je dis cela aussi pour tous les visiteurs qui viennent éventuellement encore par ici et qui n'interviennent pas, peu ou plus : après tout, eux aussi sont concernés, même à travers leur silence).
Et n'oublions pas autre chose : la liberté d'expression qu'exerce autrui, du moins dans un cadre légal plus ou moins démocratique qui est censé être le nôtre, participe à la préservation de la liberté d'expression de toutes et tous, et donc de sa propre liberté. Dit comme ça, évidemment, cela pourra paraître un peu grandiloquent voire alambiqué, mais je crois notamment que ceux qui aiment tant critiquer la « modernité » et le « progressisme » (« modernité » et « progressisme » que je critique pourtant volontiers moi-même à bien des égards, mais sans pour autant passer mon temps à vouloir appuyer maladivement sur le « frein » comme tant de gens angoissés auxquels, s'il s'en trouve ici, je laisse volontiers le soin de se qualifier ou non eux-mêmes de conservateurs) ne se rendent pas toujours forcément compte du mal qu'ils peuvent faire <i>in fine</i> à la liberté elle-même, <i>a fortiori</i> au nom d'un bien commun dont ladite liberté fait pourtant partie.
Désolé si je vous casse à nouveau les pieds avec mon attachement à la recherche de l'équilibre, mais honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais bien promouvoir d'autre : c'est une ligne de crête que l'être humain a sous ses pieds, et non forcément un mur en face de lui ; nul besoin donc en soi de vouloir à tout prix « freiner » comme un malade, tout comme il n'y a nul besoin non plus d'être soumis à l'actuelle tyrannie de l'urgence favorisant les fuites en avant... mais bon, évidemment, ce n'est que mon avis... ^^'
Je suis bien d'accord avec toi sur tout cela, François. Et moi non plus je n'aime pas l'écriture inclusive, née sans doute effectivement de bonnes intentions, mais qui me paraît <i>in fine</i> globalement inesthétique et surtout illisible. L'usage à travers les âges tranchera, en tout cas. On peut toujours se tromper bien sûr, mais tu me parais avoir mille fois raison s'agissant de l'avenir de la langue française : quelles que soient ses évolutions, naturelles et incontournables, nous ne sommes pas ceux qui l'enterreront, tout simplement parce que nous nous inscrivons dans une très vaste histoire des langues, à un moment donné, si fugace, si passager à travers l'espace et le temps...
Personnellement, j'ai notamment grandi avec un petit livre de Georges Jean — <b>RIP Georges Jean (1920-2011)</b> — intitulé <i>Le Plaisir des mots</i>, un dictionnaire poétique illustré pour la jeunesse alliant intimement les mots et les images, petit livre qui est sans doute resté un peu dans son jus des années 1980 mais qui m'aura beaucoup apporté, en temps et en heure, en matière de découverte des mots, entre poésie, apprentissage, imagination, humour et jeu.
Amicalement,
B.
<small>(EDIT: corrections de fautes)</small>
<small>Rembrandt Harmenszoon van Rijn, dit Rembrandt (1606-1669).
<i>La Chaumière au grand arbre</i> (Bartsch 226), 1641.
Eau-forte sur papier, 12,8 x 31,9 cm.
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.</small>
Puisque la première partie de mon précédent message n'a pas forcément été lue (ce n'est pas grave, Jérôme : personne n'est obligé), je vais essayer d'exprimer ça autrement, à travers des représentations imagées, celle d'une maison commune qui s'appellerait JRRVF, celle d'un comptoir de taverne qui serait l'Espace libre du forum de JRRVF, celle d'un coin de comptoir ou près du comptoir où on pourrait venir rendre des hommages. Quand nous venons toutes et tous, les uns et les autres, dans la maison commune, et notamment au comptoir, nous venons avec ce que nous sommes, avec ce qui nous différencie les uns des autres, avec le vécu, les opinions, les affects qui nous sont propres. Et parfois, quand bien même nous sommes d'accord pour ne pas « pourrir l'ambiance » quand nous venons, il arrive malgré tout que nous laissons entrer avec nous, même si on pourrait toujours idéalement souhaiter une neutralité pourtant introuvable, un peu de fumée... Cette fumée, qui peut être apportée par tout le monde, d'une manière ou d'une autre, peut être plus ou moins supportable, par les uns, par les autres. C'est ainsi, c'est le prix de l'altérité, du contact avec l'Autre qui n'est pas soi et qui ne le sera jamais. Ce que je veux dire, c'est qu'au lieu de céder à la tentation de se plaindre de la fumée, au risque de vouloir promouvoir une sorte de mise sous cloche (sous couvert de ne pas vouloir utiliser directement les ciseaux d'Anastasie, alors que le résultat serait pourtant le même), peut-être devrions éviter d'oublier le feu qui est à l'origine de la fumée. Ce feu est à l'extérieur de la maison, et personne ne souhaite qu'il y entre, mais il existe néanmoins, quand bien même nous préfèrerions idéalement qu'il n'existe pas...
Comme je l'ai déjà dit, nous vivons des temps difficiles, des temps propices à vouloir non seulement avoir raison (ce qui est déjà très discutable) mais aussi à vouloir avoir raison de l'autre (ce qui est pire). Nous pourrions tous nous plaindre d'un « pourrissement d'ambiance » à un moment donné, même quand nous ne parlons que de Tolkien du reste (à ce compte-là, au-delà de Tolkien lui-même, si vous croyez que citer certains auteurs vomissant le « progrès » ou la « modernité » participe en soi d'une ambiance gaie et joyeuse... Personnellement, cela a plutôt tendance à me déprimer, même si cependant je n'irai pas forcément jusqu'à me plaindre de la fumée, vu que tout le monde a le droit de s'exprimer et de partager ce qui lui semble bon ; même chose s'agissant d'une supposée mort annoncée de la langue française), mais encore une fois, n'oublions pas que le vrai problème vient du feu qui brûle et qui tourmente à des degrés divers <i>à l'extérieur</i> de la maison, bien plus que de la fumée qui peut ponctuellement déranger <i>à l'intérieur</i> et qu'aucun de nous ne cherche à propager pour « troller » ou que-sais-je d'autre. Nous venons simplement ici comme nous sommes : à nous de tous nous accepter ainsi (et je dis cela aussi pour tous les visiteurs qui viennent éventuellement encore par ici et qui n'interviennent pas, peu ou plus : après tout, eux aussi sont concernés, même à travers leur silence).
Et n'oublions pas autre chose : la liberté d'expression qu'exerce autrui, du moins dans un cadre légal plus ou moins démocratique qui est censé être le nôtre, participe à la préservation de la liberté d'expression de toutes et tous, et donc de sa propre liberté. Dit comme ça, évidemment, cela pourra paraître un peu grandiloquent voire alambiqué, mais je crois notamment que ceux qui aiment tant critiquer la « modernité » et le « progressisme » (« modernité » et « progressisme » que je critique pourtant volontiers moi-même à bien des égards, mais sans pour autant passer mon temps à vouloir appuyer maladivement sur le « frein » comme tant de gens angoissés auxquels, s'il s'en trouve ici, je laisse volontiers le soin de se qualifier ou non eux-mêmes de conservateurs) ne se rendent pas toujours forcément compte du mal qu'ils peuvent faire <i>in fine</i> à la liberté elle-même, <i>a fortiori</i> au nom d'un bien commun dont ladite liberté fait pourtant partie.
Désolé si je vous casse à nouveau les pieds avec mon attachement à la recherche de l'équilibre, mais honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais bien promouvoir d'autre : c'est une ligne de crête que l'être humain a sous ses pieds, et non forcément un mur en face de lui ; nul besoin donc en soi de vouloir à tout prix « freiner » comme un malade, tout comme il n'y a nul besoin non plus d'être soumis à l'actuelle tyrannie de l'urgence favorisant les fuites en avant... mais bon, évidemment, ce n'est que mon avis... ^^'
Silmo Wrote:[...]
Au reste, le vocabulaire évolue souvent patiemment, il y a ce qui reste et s'en va, meilleur ou pire, nous ne serons plus là quand d'autres générations auront décidé quoi perdre ou garder.
Je me réjouis toujours des bonnes pratiques du langage et quand il évolue. Quand c'est moche, ok mais affaire de point de vue. L'histoire juge d'elle-même, pas nous.
Donc pas RIP pour la Langue française, féminisée, masculinisée, infantilisée, internationalisée, que sais-je ?
Elle est riche de toutes ses évolutions. Rabelais, c'était chouette mais ardu à lire pour nos jeunes et nos propos de 2020 seront bizarres en 2520.
Je serais presque tenté de dire que la Langue fait partie des arts vivants.
Également soucieux du vocabulaire je ne répondrai pas sur la question du fondement, un mot qui irait trop loin.
et qui, autant que je me souvienne, est éloigné du comble, cher Yyr.
Nous jouons des mots. Faisons le en riant.
Je suis bien d'accord avec toi sur tout cela, François. Et moi non plus je n'aime pas l'écriture inclusive, née sans doute effectivement de bonnes intentions, mais qui me paraît <i>in fine</i> globalement inesthétique et surtout illisible. L'usage à travers les âges tranchera, en tout cas. On peut toujours se tromper bien sûr, mais tu me parais avoir mille fois raison s'agissant de l'avenir de la langue française : quelles que soient ses évolutions, naturelles et incontournables, nous ne sommes pas ceux qui l'enterreront, tout simplement parce que nous nous inscrivons dans une très vaste histoire des langues, à un moment donné, si fugace, si passager à travers l'espace et le temps...
Personnellement, j'ai notamment grandi avec un petit livre de Georges Jean — <b>RIP Georges Jean (1920-2011)</b> — intitulé <i>Le Plaisir des mots</i>, un dictionnaire poétique illustré pour la jeunesse alliant intimement les mots et les images, petit livre qui est sans doute resté un peu dans son jus des années 1980 mais qui m'aura beaucoup apporté, en temps et en heure, en matière de découverte des mots, entre poésie, apprentissage, imagination, humour et jeu.
Amicalement,
B.
<small>(EDIT: corrections de fautes)</small>

