Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Une passionnante discussion ...
#3
J'avais déjà répondu à Elendil dans le fuseau en question (sans avoir vu ce fuseau-ci, créé quelques minutes plus tôt), et je ne voulais pas aller au-delà de ma réponse...
Histoire de ne pas y avoir passé du temps pour rien, je recopie donc ladite réponse ici, mais je laisse le texte en petits caractères, mon intention n'ayant jamais été de « m'étaler » dans l'Espace libre : merci de tes efforts pour la création de ce fuseau, Yyr, mais en matière de discussions à la buvette et autres « gros débats », je crois que j'ai assez donné (au point d'en être sans doute arrivé au même point que Silmo : « pas le temps, pas l'énergie... », etc.).

[séparation]

<small>
Elendil Wrote:Que ne nous distilles-tu pas les résultats préliminaires de tes propres recherches, qui portent sur des sujets bien différents ?

J'ai déjà proposé dans mes articles publiés dans des revues de petits aperçus de mon travail, et il m'est déjà arrivé d'évoquer ici, en passant et succinctement, des éléments de ma réflexion, mais je ne cacherai pas que la façon dont on s'intéresse à Tolkien m'a parfois beaucoup découragé à mener à bien mes recherches concernant spécifiquement cet écrivain, tellement il m'est arrivé d'avoir l'impression de m'être « trompé d'adresse », durant toutes ces années... Au point où j'en suis, seul le livre enfin fini (bientôt j'espère, même si c'est très dur, car j'y ai sans doute passé trop de temps) aura un sens comme proposition.

Comme j'ai déjà pu l'écrire, ici ou ailleurs, j'ai moi-même un regard critique envers le « Progrès » et la « Modernité », ne serait-ce qu'en mettant des guillemets à ces termes. Le problème n'est pas là, car tout doit pouvoir être critiqué, fut-ce avec autant de discernement que possible... Le « progrès », à cet aune, n'a pas plus vocation à régner sur les âmes que les dogmes chrétiens, m'est avis, <i>a fortiori</i> si c'est pour que ledit « progrès » se mette, à travers la technique, au service d'une effroyable dictature totalitaire telle que celle gouvernant la Chine actuelle, pour ne prendre que cet exemple parmi les plus évidents d'une dangereuse fuite en avant « techno-moderniste ». Mais devant toutes ces critiques systématiques du monde moderne, semblant tourner sans cesse autour du même paradigme plus ou moins orienté (éventuellement sous couvert de poésie, de philosophie ou d'anthropologie), je suis effectivement désespéré : problématiser la « Modernité », oui, pourquoi pas, mais s'il faut systématiquement compter avec des principes tels que « le christianisme dit la vérité » ou « la modernité est une perversion », l'appréhension du réel ne me parait être que tristement univoque, et je ne vois pas d'issue. On peut bien sûr penser ce que l'on veut, et je ne reproche à personne de prendre le temps de s'exprimer et de partager (je n'ai jamais fait ce reproche à quiconque ici, et ce n'est pas maintenant que cela va commencer). J'aurai voulu apporter intellectuellement (modestement) autre chose, mais j'en suis <i>in fine</i> si réduit à jouer les contradicteurs, non pas même par plaisir, mais par nécessité, que quand je vois que tout ça nous fait revenir toujours au même point (une certaine idée de Dieu ou quelque normativité supposée naturelle), je n'arrive plus à suivre, tout simplement. Je ne blâme donc personne, mais c'est cette absence d'issue qui me parait triste et désespérante, qui plus est s'il s'agit, à la base, de parler de Tolkien.

Elendil Wrote:Après tout, concernant l'évolution de la société moderne, Tolkien était sans doute beaucoup plus pessimiste que nous tous. Pessimiste, mais pas désespéré... :)

Certes, mais sans doute à l'inverse de Tolkien, ce qui me parait notamment désespérant, c'est de ne voir le monde et les êtres humains qu'à travers une vision systématisée de la vie (qu'elle se réclame d'un Dieu, d'une loi éternelle, ou d'une idéologie quelconque, y compris le rationalisme éventuellement le plus extrême). On peut toujours faire ainsi, concevoir ainsi les choses, n'être motivé essentiellement que par la foi ou par la raison, mais je n'y vois pas une source d'espoir ou d'espérance, ni même plus simplement d'optimisme. Il y a trop de différences, de particularités, de contradictions, de complexité dans la vie et dans le monde... et s'il y a des universaux, je ne vois guère d'intérêt à vouloir les définir à tout prix, sous prétexte de cohérence et de vision globale. Les systèmes de pensées (y compris religieuses) peuvent avoir leur utilité pour appréhender le réel, mais leurs visées totales, totalisantes (sinon totalitaires) rendent davantage compte des propres limites de ces systèmes que d'une identité globale du réel qui n'attendrait que telle ou telle grille de lecture pour être appréhendée comme un tout, présumé harmonieux ou « naturel ». S'il existe une vérité, elle peut être cherchée aussi bien à travers la variété des choses qu'à travers des systèmes généraux, mais je ne crois pas qu'il faille ne se fier qu'à un système ou à une vision du monde basée sur un système pour développer un espoir ou une espérance, car il y a trop d'incertitudes. Cependant, certains semblent avoir besoin d'une pensée systémique pour avancer. Soit. Mais tout le monde n'a pas vocation à fonctionner ainsi, et lorsque la tendance va à une vision univoquement reliée à une grille de lecture globale, même si celle-ci peut être comprise et admise jusqu'à un certain point, elle peut finir, à force de systématisme, à force de ramener tout toujours au même point, par aboutir à ce qui me paraitra être, tristement, une voie sans issue par rapport une vision éventuellement plus dispersée, mais pas forcément moins pertinente.

Mais bon, pas de quoi en faire un drame non plus, et encore une fois, je ne blâme personne. ^^

[séparation]

Quelques mots, en passant, sur l'opuscule d'Olivier Rey, puisqu'il a déjà été évoqué plus haut [dans l'autre fuseau] et que je l'ai lu le mois dernier. J'ai noté qu'après avoir, de mémoire, presque raillé les scientifiques (dans son ouvrage sur le transhumanisme) en écrivant qu'eux-mêmes n'étaient pas en mesure de définir précisément ce qu'est la vie (ce qui est plutôt vrai), il a enfin donné son avis sur la question dans ce nouveau texte :

[citation=Olivier Rey, <i>L'Idolâtrie de la vie</i>, Paris, Gallimard, 2020, p. 35-36.]La sortie de la religion [...] n'a pas aboli le religieux, elle a laissé derrière elle une grande quantité de religiosité errante en quête de points de fixation. La « vie » s'est proposée comme l'un de ces points. D'un côté, les définitions actuelles du mot ont quelque chose de rassurant : elles certifient qu'en exaltant la vie, on ne se laisse pas abuser par des chimères, on ne cède à aucun emportement mystique. D'un autre côté, le terme retient quelque chose de l'aura qui lui était attaché du temps où il désignait l'union de l'âme et du corps, et où on se rappelait la parole du Christ : « Je suis la vie. » Qu'est-ce que la vie ? Si on me le demande, je pourrai répondre que c'est l'« ensemble des phénomènes et des fonctions essentielles se manifestant de la naissance à la mort et caractérisant les êtres vivants » ; si on ne me le demande pas, j'ai tout loisir de me laisser aller aux belles harmoniques que le mot éveille en moi. Une telle combinaison, d'héritage religieux et de déni d'héritage, est vraiment une aubaine. Ainsi prospère l'idolâtrie de la « vie ».[/citation]

Oui, sans doute est-il absurde d'idolâtrer la « vie »... mais pas plus que de croire absolument à la résurrection des morts du Credo chrétien. Et je dis cela, pour mémoire, sans être athée. Le monde dit moderne ne se limite pas à la raison, comme semblait le craindre Chesterton, mais il ne se limite pas non plus au discours (religieux) de l'être humain sur Dieu... Qui sait ? Nous sommes sans doute, en tout cas, toutes et tous, l'imbécile de quelqu'un, et chacun peut dès lors bien croire ce qu'il veut s'agissant de la vie et de la mort... La vérité n'étant pas prête d'être établie, elle doit en tout cas être cherchée (qu'elle soit <i>in fine</i> percevable globalement ou par fragments), mais c'est le travail de tous les âges d'un être humain, ce fameux cheminement vers la Conscience dont j'ai déjà parlé (un des rares cas où l'emploi d'une majuscule me parait vraiment avoir un sens). L'être humain est un être curieux et sociable, avec d'innombrables questions face au réel, avec de nombreux choix à faire à l'aune de tant d'incertitudes, face à l'infinie variété des choses appelant des visions multiples, même du point de vue d'un seul individu. La question ici n'est donc pas de rejeter un héritage, y compris religieux (ceux qui revendiquent un tel rejet ont tort), mais de savoir quoi en faire, entre matérialité et spiritualité, dans le temps qui nous est imparti, face à tout ce que nous ignorons...

Qu'est-ce que la vie ? Cette chose étrange qui pend entre l'amour et la mort, comme disait poétiquement Tanith Lee.

B.</small>

[séparation]

Voila. Et maintenant, je retourne à mon travail d'écriture...

<i>Peace and Love,</i>

B.

<small>P.S.: « Une passionnante discussion ... », n'exagérons rien... à moins que ce titre ne soit ironique ?</small>
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: