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Recherches de Sources
#8
Elendil Wrote:Or parler de catholicisme au XIIIe siècle (avant la Réforme, donc) me paraît l'être [anachronique] : à cette époque, il faudrait plutôt parler de christianisme (éventuellement occidental, mais je doute qu'à l'époque les différences avec l'Eglise orthodoxe aient été conséquentes, en dehors de la question politique).

Parler de catholicisme avant la Réforme est évidemment une facilité relevant forcément d'un regard a posteriori, l'histoire de la papauté étant elle-même loin d'avoir été linéaire durant tout le Moyen Âge.

Pour évoquer une période comme le XIIIe siècle, je pense que l'on peut parler de christianisme pour désigner la religion chrétienne en général. Toutefois, il ne me parait pas inutile de préciser dès lors où l'on se situe, non seulement dans le temps mais aussi dans l'espace, car on peut déjà alors identifier deux ensembles d'un point de vue historique et culturel : le monde des Latins qui est l'Occident chrétien et le monde des Byzantins qui correspond à un Orient chrétien que nous appelons orthodoxe. Certes, sans doute ne faut-il pas exagérer les différences entre ces deux chrétientés, qui ont une origine commune et qui ont longtemps essayé de dépasser leurs différences. Sur le temps long, en dehors de la question politique, il n'y a pas de gros problème de dogme entre les deux Églises jusqu'au IXe siècle, et même encore au XIIIe siècle il ne semble pas qu'un sentiment de fracture définitive entre Orient et Occident ait existé dans le monde chrétien : c'est la quatrième croisade qui provoquera le véritable schisme d'Orient, en 1204, la religion servant d'ailleurs toutefois plutôt de prétexte. Ceci étant dit, culturellement parlant, les deux chrétientés avaient leurs particularités, notamment en matière de religiosité. Sur toute ces questions, je suis évidemment toujours tributaire du défunt Alain Ducellier.

[citation=Alain Ducellier, Les Byzantins. Histoire et culture, édition mise à jour, Paris, Éditions du Seuil, 1988, collection « Points Histoire », 2., p. 72-73.]S'il est toujours dangereux de comparer et encore plus de rechercher à tout prix la spécificité, on peut tout de même se demander en quoi la religiosité du Byzantin diffère de celle du Latin. Il semble bien que son originalité profonde réside dans un sentiment plus aigu du sacré présent parmi les hommes. La liturgie quotidienne en est témoin : beaucoup plus que la messe latine, la messe grecque fait revivre symboliquement les grands moments de l'Évangile : la petite entrée, au début de l'office, évoque l'entrée de Jésus à Jérusalem, et plus tard la grande entrée est l'image de la Passion. Dans son ensemble la messe byzantine est réellement une commémoration inlassable de la Résurrection, tout comme la prolifération des icônes garantit la présence multiples des saints aux côtés de l'homme. A partir du XIIIe siècle, l'iconostase, ce « lieu des icônes » qui sépare le sanctuaire du reste de l'église, n'est pas là pour cacher Dieu : il est au contraire le lieu où, grâce à la médiation des saints portraits, on peut réellement passer d'un monde à l'autre. Si, dans le même temps, les églises se couvrent de représentations des fêtes du calendrier liturgique, si les commentaires sur la liturgie deviennent toujours plus abondants, c'est que la célébration de Dieu n'est pas, pour le fidèle, pur formalisme : elle l'accompagne à travers ces multiples scènes qui, à ses yeux, ont chacune leur rôle dans son salut. Et la « Divine Liturgie », qui représente le Christ communiant lui-même ses apôtres, est une image particulièrement chère aux Byzantins parce qu'elle est la transcription céleste de l'humble eucharistie à laquelle ils participent eux-mêmes. On sent à quel point cette profonde tendance à croire à l'immanence divine devait les rendre réceptifs à une mystique comme l'hésychasme, qui rend Dieu si disponible. Certes les médiateurs, saints ou demi-saints comme les moines, sont indispensables aux simples fidèles, et la première médiatrice est évidemment la Vierge, mais la dévotion mariale à Byzance n'atteint jamais l'excès auquel la porteront les Latins : parce que Dieu lui-même, Père, Fils et Esprit, est beaucoup plus présent au monde, la Vierge, qu'on invoque du reste le plus souvent sous le nom de « Mère de Dieu » (Théotokos), n'y a jamais reçu ce culte déifiant qui caractérise la chrétienté occidentale.[/citation]

Fin de la digression byzantine. ^^'

Elendil Wrote:Après, qu'il [Tolkien] ait particulièrement apprécié le christianisme de cette époque, c'est fort possible, mais je n'ai pas souvenir d'un texte qui en parlerait spécifiquement. Je serais tenté de regarder du côté de ses essais sur l'Ancrene Wisse et de son édition de l'un des manuscrits de celle-ci, vu que ce texte est de la fin du XIIe ou du début du XIIIe : si Tolkien a pu commenter avec appréciation le christianisme de cette époque, c'est sans doute là.

J'avais essayé de regarder un peu de ce côté-là, mais même si je ne prétend pas avoir tout lu, cela n'avait pas donné grand-chose : s'agissant de l'Ancrene Wisse, Tolkien a tendance à parler plus volontiers de philologie que de christianisme ou d'histoire. Il est vrai qu'en tant qu'universitaire, il avait sa spécialité. Cependant, je l'imagine mal ne pas avoir été sensible, d'une manière ou d'une autre, au fond du propos de ce texte qu'il a étudié et édité avec beaucoup d'application. Je ne sais plus quelle est la lettre dans laquelle il évoque le grand respect qu'il avait pour les religieuses, mais je suppose que son regard sur elles, pour le coup, devait être assez intemporel.

B.
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