Hyarion Wrote:Merci pour la référence, Elendil (je l'avais oublié, et elle a toute sa place dans ma bibliographie). Disons que cela fait toujours plaisir de voir, parfois, son intuition confirmée, <i>a fortiori</i> au milieu de discours consistant essentiellement à vous expliquer à quel point vous n'avez « pas compris » Tolkien...
The pleasure is mine.

Hyarion Wrote:<small>Les quelques éléments reçus en réponse à mes derniers propos ici tendent, hélas, à me confirmer qu'il n'y a pas vraiment de dialogue possible, puisque l'on persiste à opposer à mon modeste point de vue une lecture univoque de l'œuvre, en convoquant l'auteur comme bon cela semble suivant les circonstances. Est-il même bien utile, à cette aune, d'envisager « la discussion d'une lecture agnostique de Tom Bombadil » si le but affiché dès le départ est d'affirmer qu'une grille de lecture chrétienne (sous couvert de parler de Faërie, ou de littérature) est, au fond, la seule possible ? Je l'ai déjà écrit plusieurs fois : étant curieux et ouvert d'esprit, apprenant tous les jours, je ne cherche pas à avoir raison. Mais si vouloir « aider à percevoir » une vérité spirituelle (semble-t-il inévitablement connotée) à travers le Conte d'Arda est, au fond, même si l'on s'en défend, la seule chose qui compte dans le cadre d'un débat contradictoire sur une œuvre littéraire, est-il encore utile de discuter, ou même de partager ?</small>
Personnellement, je ne suis pas convaincu que Yyr convoque Tolkien comme bon lui semble, mais plutôt suivant une étude particulièrement serrée de son texte, étude certainement poursuivie parce qu'il lui semble lire chez Tolkien un certain nombre d'idées qui correspondent à ses réflexions sur la modernité, l'éthique et ce qu'il faudrait bien appeler l'écologie intégrale. Il ne semble pas non plus qu'il dise qu'il s'agit de la seule possible, ni de la seule chose qui compte, mais plutôt qu'il s'agit d'une lecture qu'il est difficile de nier et qu'on ne saurait entièrement évacuer sans risquer de perdure une partie de la richesse de l'oeuvre. Ce n'est pas exactement la même chose, me semble-t-il.
Yyr Wrote:Je te propose :
- de ne pas resservir le couvert dans chaque fuseau à chaque fois que tu te sens las
- de poursuivre cette digression en une place dédiée
Quoiqu'on pense des arguments d'Hyarion ou de sa façon de les présenter, n'y avait-il pas manière plus sympathique de le rediriger vers le présent fuseau ?
Hyarion Wrote:Ce n'est évidemment pas une question de personnes, mais de hiérarchisation des points de vue. D'un côté, il y aurait des « comprenants », de l'autre des « mal-comprenants ». Nous pouvons (et devons) faire des efforts pour comprendre le point de vue d'autrui, mais sans donner des leçons (d'épistémologie, d'herméneutique, d'exégèse, voire de « faërisme ») pour autant. La capacité de compréhension d'un point de vue ne renvoie pas forcément à la capacité de compréhension tout court, sauf à considérer l'œuvre de Tolkien comme un paradis de doctes spécialistes et non comme un champ d'étude pour tous.
Donner des leçons de « faërisme », comme tu le dis, me semble être une mauvaise idée, en effet, parce que la Faërie n'est certainement pas un raisonnement philosophique. Inversement, il me semble que Sosryko est parfaitement en droit de préciser la façon dont il conçoit l'exégèse et herméneutique d'un texte, y compris pour affirmer qu'il ne lui semble pas envisageable de prôner valablement n'importe quelle lecture de n'importe quel texte, en tout cas, pas sans admettre que la lecture qu'on adopte est susceptible de différer largement de ce que l'auteur envisageait. J'aurais tendance à être d'un avis similaire à Sosryko sur ce point.
Hyarion Wrote:De mon point de vue, pratiquer la recherche et l'exégèse sans savoir, ni vouloir, à l'avance ce que l'on va trouver est un principe de base. Quand bien même « on » aurait certaines aspirations quant aux résultats de la recherche, il faudrait se contenter de ce que l'on trouve, sans chercher à faire à tout prix correspondre son idéal avec le réel. Il n'a jamais été question d'autre chose ici, du moins à ce qu'il me semble.
Réciproquement, je suis tout à fait d'accord avec ton affirmation, même si je pense qu'il en va de même pour Yyr. Au demeurant, cette absence de présupposé n'est pas non plus incompatible, m'est avis, avec une intuition de ce qu'on pourrait trouver, intuition qu'il convient alors de tester pour la prouver ou pour l'écarter, en restant aussi objectif que possible à son égard, ce qui n'est évidemment pas toujours simple.
Hyarion Wrote:Ce n'est certes pas de la faute de « deux personnes » si Tolkien était un fervent catholique, concevait la fantasy à l'aune de sa foi chrétienne, vomissait la « modernité », etc., mais malgré tout le temps passé en développements érudits, compte-rendus de lecture, et digressions diverses, tous nos échanges en finissent toujours au même point... avec cette mer d'érudition qui finit par tout submerger, d'autant plus que la compétition intellectuelle n'est pas ma tasse de thé. En vérité, si je devais exprimer un regret, ce serait de n'être qu'à peu près le seul « contradicteur » en ces lieux (alors que ce n'est même pas un rôle que je recherche), et que le présent forum, qui me semble pourtant le mieux correspondre à l'idée que je me fais d'un lieu de discussion sans excès de contraintes, n'accueille pas davantage de contributions diversifiées (mais le problème est certes loin d'être nouveau). À cette aune, si je veux donc bien continuer à faire des efforts au service du partage, continuer à passer pour le « mal-comprenant » (sceptique, agnostique, etc.) de service est une perspective hautement lassante et inintéressante, <i>a fortiori</i> dans la perspective d'essayer de finir mon (modeste) travail.
Ce n'est peut-être pas ta tasse de thé, mais j'avoue qu'observer la mer d'érudition en question est un spectacle que j'apprécie particulièrement.
Après, à chacun de décider s'il veut y contribuer ou non. Pour ma part, le débat m'intéresse considérablement, mais j'estime qu'il me reste beaucoup à faire et à lire avant d'avoir grand-chose à y rajouter.Hyarion Wrote:À cette aune, dire comme l'a fait Yyr que « construire un monde fictif en se réclamant d'un système central n'est pas l'objectif ni le moyen de Tolkien » revient tout simplement à nier le paradigme monothéiste chrétien de l'auteur, ce qui n'est pourtant pas, à ce qu'il me semble, l'intention de Jérôme quand il écrit cela.
Non, je pense que Yyr veut dire par là que Tolkien, quelle que soit son appréhension du monde et sa foi, n'est pas dogmatique dans ses écrits, en tout cas certainement pas dans sa fiction. Même s'il cherche un cadre qui soit théologiquement compatible avec sa foi (une tendance qui ira s'accentuant avec l'âge, je dirais), il n'en reste pas moins un auteur qui laisse son récit se développer de lui-même, comme en témoigne les très nombreuses esquisses de scénario des brouillons du SdA. Par ailleurs, Tolkien affirme à maintes reprises la nécessité de laisser des perspectives ouvertes en se gardant de fournir des explications pour tout. C'est même valable pour ses langues inventées, domaine dans lequel il a fait preuve de beaucoup plus d'esprit de système qu'en matière théologique. Bref, sur ce point comme sur bien d'autres, il s'oppose assez diamétralement à la manière d'écrire de Lewis, en dépit de leur proximité intellectuelle et spirituelle.
E.

