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L'Arc et le Heaume - Hors-série n°2: Conversations avec J.R.R. Tolkien
#9
[small]J'avais posté ma commande dans les 12 heures qui ont suivi l'annonce et j'ai vite reçu mon exemplaire, avec la belle écriture d'Audrey sur l'enveloppe je pense :)[/small]

Un immense bravo pour ce travail extraordinaire, vu combien Tolkien est si difficile à comprendre !
[small]D'ailleurs, en réécoutant quelques passages, j'ai soudain compris comment un seul homme avait pu inventer et composer tant et tant ! On sent à quel point sa diction, dont le courant est pourtant si impétueux, n'arrive cependant pas à suivre la célérité de sa pensée ! On ne joue pas dans la même cour :).[/small]

Un petit retour ce soir sur la première des trois interviews.

[espacement]Interview de J.R.R. Tolkien par Denys Gueroult (1965)

Que l'on trouve en ligne (ou encore ici).
[small]Et en notant qu'une version courte de 1971 (avec coupures et montage, il me semble) ici avait été retranscrite sur JRRVF (cf. ce fuseau ; Didier avait pu également y faire référence sur le forum ici et ).[/small]

J'y ai retrouvé ce sur quoi Didier avait attiré notre attention :
- la longue hésitation de Tolkien à identifier (terme à terme) Dieu (Monde Primaire) et l'Unique (Monde Secondaire) versus l'affirmation fervente de sa propre confession : [emphase]« Oh ! Je suis un catholique [romain !] »[/emphase] (p.29) ;
- la situation du Conte d'Arda non pas à une époque différente mais à [emphase]« une étape différente de l'imagination »[/emphase] (p.9).

J'ai été touché par ses souvenirs d'enfance et le lien établi avec son [emphase]« amour particulier »[/emphase] pour [emphase]« la campagne anglaise au cœur des Central Midlands »[/emphase], et frappé par sa mémoire qui a conservé [emphase]« une image parfaitement claire et précise »[/emphase] de certaines choses de sa toute petite enfance voire de ses années de nourrisson ! (pp.12-13).

Je retiens ce miroir de l'homme (même si le terme n'est pas employé en cet endroit) orienté différemment sur les Elfes, qui reflètent [emphase]« un désir qu'a la race humaine pour elle-même [d']un plus grand pouvoir de l'esprit, un plus grand pouvoir de l'art »[/emphase], les Nains, qui rappellent, outre leur langage, [emphase]« l'immense capacité guerrière des Juifs »[/emphase], les Hobbits, qui [emphase]« sont juste des Anglais rustiques »[/emphase] au courage plus grand que l'imagination (p.14) ... et les Dragons [emphase]« capables de réunir la malveillance et la bestialité humaines et une sorte de sagesse et de perspicacité malveillantes — Une créature terrifiante »[/emphase] (p.18).

Je retiens aussi quelques formules sur l'écriture :
- son écriture commence toujours par un nom : [emphase]« un nom [...] produira une histoire, pas l'inverse normalement »[/emphase] (p.16) ;
- il n'a pas anticipé le déroulement du SdA et précise qu'[emphase]« une histoire doit pouvoir s'écrire tout autant à rebours que vers l'avant »[/emphase] (p.22 ; [small]cf., à la fin de l'essai sur le Conte de Fées, la Joie qui [emphase]« regarde en avant (ou en arrière : la direction à cet égard n’a aucune importance) vers la Grande Eucatastrophe »[/emphase], Faërie, p.140[/small]) ;
- sa [emphase]« tendance à augmenter le nombre de ces pluriels résiduels avec un changement de consonnes »[/emphase] (ex. dwarf, dwarves).

Ainsi que son adhésion à la description du monde du SdA :
- comme [emphase]« remont[ant] à un monde de mémoires »[/emphase] (p.28 ; [small]cf. « Au-delà des Cercles du Monde » dans Pour la gloire de ce Monde[/small]) ;
- comme un monde [emphase]« féodal »[/emphase], dans son sens le plus large c'est-à-dire [emphase]« dans le sens français »[/emphase], [emphase]« hiérarchique »[/emphase], Tolkien reconnaissant être [emphase]« plutôt marié à ce genre de loyautés, parce que je pense, contrairement à la plupart des gens, je pense que vous découvrir devant le Châtelain est peut-être très mauvais pour le Châtelain, mais c'est diablement bon pour vous »[/emphase] (pp.28-29).

Enfin, et surtout, Tolkien revient régulièrement sur sa théorie de l'imagination et l'articulation du monde primaire avec le monde secondaire :
- il est impossible de faire coïncider les deux dans la même temporalité : [emphase]« cela ne fonctionnerait pas vraiment »[/emphase] (p.10 ; [small]cf. supra : une histoire située non pas à une époque différente mais à [emphase]« une étape différente de l'imagination »[/emphase][/small]) ;
- l'histoire du monde primaire dans laquelle il a été élevé est [emphase]« la matière sur laquelle il [a] construit »[/emphase] (p.10) ;
- il n'écrit pas de sorte à faire de tel élément du monde secondaire un symbole du monde primaire : [emphase]« je ne travaille pas du tout avec des symboles [...] j'ai un esprit entièrement historique »[/emphase] (p.12) ;
- à ce titre, même si Frodo [emphase]« possède certaines des caractéristiques [christiques], en acceptant le fardeau »[/emphase], il représente davantage [emphase]« le courage indomptable de quelques petites personnes contre des difficultés insurmontables [...] — Je crois que la plus sage remarque de tout le livre, c'est quand Elrond dit que les roues du monde tournent grâce aux petites mains, tandis que les grands regardent ailleurs »[/emphase] (p.14, où Tolkien enchaîne ensuite sur ce que représentent plus généralement les Elfes, les Nains et les Hobbits, cf. supra) ;
- à ce titre encore, me semble-t-il, c'est n'avoir pas compris le livre que de lui reprocher d'avoir « délibérément exclu le sexe du livre », comme le lui demande Denys Gueroult : Tolkien rappelle la critique d'après laquelle le SdA avait été [emphase]« écrit par un homme qui n'avait jamais atteint la puberté et ne connaissait rien aux femmes [et que] tous les bons personnages revenaient à la maison comme d'heureux garçons sains et saufs après la guerre »[/emphase] : c'est tout simplement [emphase]« très grossier »[/emphase] et [emphase]« faux »[/emphase] (pp.17-18) ;
- de même, le livre entier serait-il « rien de moins que la bataille entre le bien et le mal » (à nouveau la question de Denys Gueroult), eh bien : [emphase]« non, non, ce n'est pas basé sur une mythologie dualiste, non, certainement pas »[/emphase] (p.25).

[small]Sur les méprises et les malentendus de ces derniers points que nous connaissons tous, je crois que je pourrai en dire un (petit) mot (mais nouveau) bientôt dans un autre fuseau : le point de départ, qui n'est pas le même pour tout le monde, est celui de la conception de ce qu'est la mythologie pour Tolkien.[/small]

[séparation]

Quelques (petites) remarques pour finir ;)

- Une seule vraie critique : ... Où est la VO ??? Contrairement à ce qui est écrit au début, vous ne nous donnez pas là une transcription mais une traduction de cette dernière ;) Je suppose que vous n'avez pas eu le droit ? Mais c'est très très dommage :( :( :( Surtout qu'il y avait la place ;) ;
- On aurait apprécié quelques indications de ton (il y a parfois de longues hésitations, cf. supra, ou à l'inverse des réponses vives, ou parfois le rire accompagne une réponse qui pourrait paraître sèche et ne l'est pas) ;
- deux typos relevées : [emphase]« une schéma sonore »[/emphase] → [emphase]« un schéma sonore »[/emphase] (p.15) ; [emphase]« l'invocation du Notre Dame »[/emphase] → [emphase]« l'invocation de Notre Dame »[/emphase] (p.30)
- vous avez repris la traduction de the One par [emphase]« l'Un »[/emphase] ; elle provient d'une lecture néoplatonicienne de l'Ainulindalë qui est fausse (cf. entre autres McIntosh, The Flame Imperishable) [small](un moment j'ai eu peur et je me suis dit que Daniel avait aussi traduit par l'Un et non, je vérifie : à laita sé ! il a bien traduit par l'Unique)[/small] [small]; vous avez aussi repris la traduction des Rangers par Coureurs mais je suppose que je n'y peux rien — avec Grand'Peur et Barbebois, c'est une traduction qui ne passe toujours pas ... À quand une traduction homogène et impartiale selon mes goûts ? ;)[/small] ;
- vous avez traduit (transcrit ?) la réponse de Tolkien à la question de sa foi : [emphase]« Oh, je suis catholique, un fervent catholique, oui. »[/emphase] (p.29) là où, dans les transcriptions antérieures rappelées plus haut, on avait : [emphase]« Oh, je suis un catholique romain, un catholique romain fervent ! »[/emphase] ; en réécoutant le passage, même s'il est difficile, la parole de Tolkien me paraît bien être la seconde ; elle appelle de plus une certaine évidence, en ce que la précision s'impose en Angleterre, où « catholique » tout seul ne veut pas dire grand chose : le catholicisme anglican est la règle et le catholicisme romain l'exception — une exception sur laquelle Tolkien a suffisamment insisté ;).

Mais encore et surtout un immense MERCI !!! :)

[espacement]Jérôme
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