18-12-2020, 14:58
Je remonte ce vieux fuseau pour noter au passage que Tolkien, en dépit de ses protestations de détestation de l'allégorie, a exploré son usage assez tôt dans ses travaux. En effet, on retrouve une comparaison détaillée qui semble être un premier pas dans cette direction dans The Year's Work in English Studies, vol. V (1924), au début de la rubrique [emphase]« Philology : General Works »[/emphase], que Tolkien rédigeait alors pour la deuxième et avant-dernière fois :
[colonne][gauche]As generals in command of modern millions may be imagined to have sighed for the simple little operations (and great renown) of Caesar, so now does a reviewer weakly sigh for the happy nineteeth century.[/gauche][droite]De même qu'on peut imaginer des généraux commandant des millions [de troupes] modernes regretter les simples petites opérations (et le grand renom) de César, ainsi désormais le compilateur soupire-t-il faiblement après l'heureux dix-neuvième siècle.[/droite][/colonne]
Le sujet est bien sûr l'immense littérature philologique qui devenait de plus en plus touffue avec les années, forçant le rédacteur de revues de synthèse à être d'une compétence et à fournir un effort de lecture sans cesse croissants. Ce qui, avec presque un siècle de recul, fait doucement sourire quand on constate que le même commentaire s'appliquerait aujourd'hui parfaitement aux seules études tolkieniennes.
Cela permet aussi de souligner le soin que Tolkien mettait à rédiger ses articles pour les rendre agréables à lire, que ce soit au moyen de traits d'humour ou de comparaisons comme celle-ci. Parallèlement, on voit sa maîtrise croissante en tant qu'auteur (ici scientifique), puisque ce rapprochement reste ici explicite et manque un peu de vigueur, là où l'allégorie de la tour dans [emphase]« Beowulf : les monstres et les critiques »[/emphase] se trouve être d'une grande puissance rhétorique (de même que celle de la Babel des voix, comme le souligne Drout).
E.
[colonne][gauche]As generals in command of modern millions may be imagined to have sighed for the simple little operations (and great renown) of Caesar, so now does a reviewer weakly sigh for the happy nineteeth century.[/gauche][droite]De même qu'on peut imaginer des généraux commandant des millions [de troupes] modernes regretter les simples petites opérations (et le grand renom) de César, ainsi désormais le compilateur soupire-t-il faiblement après l'heureux dix-neuvième siècle.[/droite][/colonne]
Le sujet est bien sûr l'immense littérature philologique qui devenait de plus en plus touffue avec les années, forçant le rédacteur de revues de synthèse à être d'une compétence et à fournir un effort de lecture sans cesse croissants. Ce qui, avec presque un siècle de recul, fait doucement sourire quand on constate que le même commentaire s'appliquerait aujourd'hui parfaitement aux seules études tolkieniennes.
Cela permet aussi de souligner le soin que Tolkien mettait à rédiger ses articles pour les rendre agréables à lire, que ce soit au moyen de traits d'humour ou de comparaisons comme celle-ci. Parallèlement, on voit sa maîtrise croissante en tant qu'auteur (ici scientifique), puisque ce rapprochement reste ici explicite et manque un peu de vigueur, là où l'allégorie de la tour dans [emphase]« Beowulf : les monstres et les critiques »[/emphase] se trouve être d'une grande puissance rhétorique (de même que celle de la Babel des voix, comme le souligne Drout).
E.

