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La Machine ou la nécessité de raser le monde réel
#96
Je mentionne en passant la figure de « l'immortel » Maurice Genevoix (à l'occasion du récent transfert de ses cendres au Panthéon).

Je ne le connaissais que de nom et ne l'ai pas lu, mais les articles parus à cette occasion (cf. entre autres Famille Chrétienne, n°2235) n'ont pas manqué de me faire relever de nombreux points communs avec Tolkien :
  • dévasté par la mort de sa mère (il avait 13 ans) qui compta beaucoup pour lui, elle qui, [emphase]« peu à peu, patiemment, [l]'a délivré de la sécheresse du cœur »[/emphase] (M. Genevoix) ;
  • écrivain à la vocation née dans la boue de la Grande Guerre, ayant fait l'expérience incommunicable de son horreur et de la mort ;
  • pour ensuite célébrer et transmettre [emphase]« la chaleur et la permanence de la vie »[/emphase] (M. Genevoix) dans une [emphase]« langue où on ne voit jamais l'envers, jamais. Tout est tissé si fin, si serré, que même les mots compliqués, perdus ou trop précieux, deviennent lumineux, parce que le sens est là, évident »[/emphase] (A-M. Royer Pantin, spécialiste du poète) ;
  • dans un monde où [emphase]« l'homme se mécanise et se détache de sa souche »[/emphase] (M. Genevoix), il [emphase]« possédait une “empathie” hors du commun pour chaque être vivant [:] il s'agissait de “penser” comme un arbre [...] Il a beaucoup parlé du “regard” des bêtes [...] Ce qui l'intéresse, c'est la vie, mais la vie qui nous déborde [: l']“étoffe du vivant” »[/emphase] (J. Tassin, admirateur de Genevoix, spécialiste des questions écologiques, qui qualifie encore l'écologie de Maurice Genevoix d'[emphase]« écologie de la joie »[/emphase]) ;
  • catholique, il voulait [emphase]« célébrer Dieu par sa Création »[/emphase] (M. Genevoix), dans une [emphase]« relation [...] faite d'harmonie et de respect »[/emphase] (J. Larère, son petit-fils) ; pour lui, le consentement à la mort serait sans doute la condition d’une vie accomplie, et l'on peut déceler dans son œuvre [emphase]« une discrète sagesse chrétienne, sans l’air d’y toucher, remplie d’une espérance tissée dans l’odeur et la couleur des jours, des saisons, des choses qui reviennent »[/emphase] (A-M. Royer Pantin).

Quelques citations suivent infra. Certaines m'ont fait penser à ce que Tolkien partageait à Christopher pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand l'un et l'autre échangeaient leurs observations des bouvreuils, des chardonnerets ou encore des martinets qui [emphase]« touchent au cœur des choses »[/emphase] (Lettres n°75 pp.130-131). Il paraît que [emphase]« quand Genevoix saturait intellectuellement, il se ressourçait par un simple regard à travers la fenêtre pour regarder le vol d’un martinet ou les feuilles d’un marronnier »[/emphase] (J. Tassin).

[séparation]

Le plus brillant des oiseaux de la forêt jaillit, flèche d'or du merisier sauvage. C'est le plus verni des loriots, le plus fier de ses ailes écarlates, le plus gourmand de baies juteuses, le plus joyeux. [normal](Forêt voisine, 1933)[/normal]

Croyez-moi, je plains de tout mon cœur les enfants qui n'ont pas eu la bonne fortune de voir un maître-artisan travailler. C'est merveilleux. Grâce à l'Asile, puis à la Communale, mon frère et moi avions nos entrées partout. Nous savions ce que c'était que forger un soc de charrue, cercler une roue, cuire une fournée, jabler un fût, assembler en queue d'aronde. Je voyais là une sorte de magie. [normal](Au cadran de mon clocher, 1960)[/normal]

Je ne peux pas, je ne veux pas me résigner à croire qu'en cet été 1914, dans la lumière du jour radieux où le clocher de mon enfance tremblait aux battements du tocsin, une civilisation mourait toute, basculait d'un bloc et sombrait, s'abîmant corps et biens, corps et âme, dans un brusque et sanglant remous, effacée de dessous le ciel et dorénavant abolie comme si elle n'eût jamais été. [normal](Ibid.)[/normal]

C'est mon ami [small][normal][un rouge-gorge][/normal][/small]. Chaque hiver, il revient dans notre jardin des Vernelles. Il sait la marche de l'escalier où l'attendent l'épi de mil, la croûte de pain trempée de lait, la brique du mur bas où la neige est toujours balayée. Sa petite voix “gouttèle” à mon approche. Il gonfle son jabot, tout rond, et tend vers moi son plastron rouge. [normal](Bestiaire sans oubli, 1971)[/normal]
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