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Joyeux Noël JRRVF
#93
Cette année, on souhaite les fêtes dans un fuseau tout beau tout neuf.

Je remonte néanmoins ce fuseau ancestral, pour y déposer un petit cadeau sous le sapin de 2020.
[small]Ou, plus exactement, pour partager le cadeau que l'on m'a fait, il y a peu ;).[/small]

Il s'agit du tout début d'un conte de saison : le Berger de l'Avent, de l'islandais (et danois) Gunnar Gunnarsson. Certains le relisent régulièrement à Noël. Ce livre (65 p.), inspiré de faits réels, aurait à son tour inspiré le Vieil Homme et la Mer d'Ernest Hemingway. Il est considéré comme l'un des joyaux de la littérature danoise / islandaise, par la poésie du récit, l'évocation de la nature, en particulier ses puissantes descriptions de tempête, et l'articulation de sa structure narrative au service de profonds motifs spirituels.

[citation=Gunnar Gunnarsson, <i>Le Berger de l'Avent</i>, éd. Zulma, Paris, 2019 (1936), pp.7-9]Le Berger de l'Avent

Le premier dimanche de l'Avent marquait le début des préparatifs pour les fêtes de Noël. Chacun s'y préparait à sa manière, mais celle de Benedikt n’appartenait qu’à lui. Ce jour-là, si le temps le permettait, il se mettait en route. Il plaçait dans sa besace quelques provisions, des chaussettes de laine, une paire de souliers neufs en cuir, un réchaud, un petit bidon d’essence. Et il partait vers les montagnes, dans une région où l’on ne trouvait plus, à cette époque de l'année, que les oiseaux de proie les plus résistants, des renards et quelques moutons égarés. C’étaient ceux-là qu’il allait chercher ; ceux qui s'étaient séparés du troupeau échappant ainsi aux grands rassemblements d’automne. Pouvait-on les laisser crever de froid et de faim sur les sommets, sous prétexte que personne n'avait le courage de partir à leur recherche ? C'étaient des êtres vivants, de chair et de sang. Il se sentait responsable d'eux. Son objectif était simple : les retrouver et les ramener avant que Noël n'apporte sa bénédiction à la terre, ainsi que la paix et la joie dans le cœur des hommes de bonne volonté.

Benedikt partait toujours seul pour ce pèlerinage de l’Avent. Enfin, pas vraiment seul. Disons plutôt qu'il n'avait aucune compagnie humaine. Mais son chien et, le plus souvent, son bélier le suivaient. Cette année-là, le chien s'appelait Léo. C'était, comme Benedikt aimait à le dire, un « vrai pape ». Le bélier, il l'avait baptisé Roc, car il était solide comme un rocher.

Depuis des années, tous les trois éraient inséparables. Et cette connaissance profonde qui ne s'établit qu'entre espèces éloignées, ils l’avaient acquise les uns des autres. Jamais ils ne se portaient ombrage. Aucune envie, aucun désir ne venait s’immiscer entre eux. [...]

Et, par cette journée d’hiver, voici la trinité en marche. Léo devant, la langue pendante, tout joyeux malgré le froid perçant. Roc à la suite, modeste, comme d’habitude, et Benedikt enfin, traînant ses skis derrière lui. La couche de neige, en basse altitude, était trop poudreuse pour soutenir le poids d’un skieur, impossible de faire autrement: il fallait patauger dans tout ça, butant contre des mottes de terre ou des rochers. Aïe ! C'était dur d'avancer ! Comme tous les chiens, Léo était partout en même temps, ivre de bonheur. De temps en temps, incapable de contrôler sa joie, il sautait sur Benedikt en soulevant un nuage de neige et mendiait caresses et encouragements.

— Oui, oui, tu es un vrai pape, lui disait son maître.

Et pour lui, il n'y avait pas de plus grand compliment.

(...)[/citation]

Aucun doute qu'il aurait plu à Tolkien, car, même s'il ne s'agit pas de Faërie, on y retrouve les « trois faces » des contes, tournées vers la Nature, l'Homme et le Mystère.

J'espère que rien que ce début vous plaira.
Pensée toute spéciale à ceux qui auront dû fêter Noël seuls.

Joyeux Noël JRRVF !

Jérôme :)
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