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Bonnes fêtes !
#17
Petite récréation, on rejoue à la lecture d'une œuvre de musée ? J'en ai quelques autres en réserve mais ne veux pas vous gaver après les agapes de fin d'année.
Ici une estampe coûteuse à l’époque, quoique...
D'un côté, c'est une gravure de luxe (cinq couleurs donc autant de passages dans l'imprimante ; vert du ciel, bleu du manteau, jaune des bagages - mélange possible mais bien compliqué sauf chez un éditeur surdoué, rouge des maisons, des arbres et du serviteur, noir des traits). Le produit fini devait coûter cher. D'un autre côté, c'était en Europe du papier d'emballage pour les porcelaines exportées... ainsi l'Occident se mit à la mode du Japonisme. Imaginons donc aujourd'hui le papier cadeau de Monoprix devenir une estampe exposée à Beaubourg - idée à relativiser depuis Wharol et la notion des ready made, les multiples et leur diffusion - j'espère vite reparler des évolution dans l'art.

Allons plus loin pour cette belle œuvre, le manteau du voyageur a une broderie azur comme la selle de son destrier, c'est donc un noble dont on affiche les apanages. Les noms sont inscrits autour et plus encore celui du collectionneur qui a ajouté son cachet (dignité insigne - ce n'est pas le jaune impérial chinois mais c'est tout de même chic)
Voyez encore, le maitre semble devancé par un serviteur pieds nus dans la neige, un palefrenier qui revêt tout de même un chapeau caractéristique de la mode de l'époque Edo. Il est pauvre tandis que son maitre est puissant, il est donc protégé par une famille. Le destrier ne bouge pas. Maitre, esclave et canasson attendend un accueil solennel. On vient à leur rencontre.
Le serviteur frigorifié est sans bottes, son manteau est emporté par le vent comme celui de son devanceur (d'un plus haut grade) au chapeau rond qui va à la rencontre des autres protagonistes : Premièrement, un valet au chapeau plat, simple cocher,deuxièmement, un autre plusieurs mètres devant qu'on envoie en "ambassade"... En face, même cérémonial. On attend la réception officielle avant que le poney avance.
Le héraut doit faire ses politesses. Tout est codifié.
Le manteau du cavalier, ne s'envole pas, il est de belle étoffe (laine ou feutre) qui protège les bagages, sans doute des denrées précieuses.
La bourgade est enneigée comme tout le paysage, ces maisons semblent toutes identiques comme une résidence moderne (reconstruction d'Edo??). C'est un signe de confort et d'égalité.
On chercherait encore volontiers d'autres détails : le fait que les inscriptions soient bien visibles, comme si au Louvre, on écrivait dans le paysage de la Joconde, en grand, "ceci est Mona Lisa par Léonard de Vinci".
Pourtant rien ne choque dans ces calligraphies qui accompagnent le ciel, les frondaisons, les nuages.
Un dernier point, toutes les zones blanches, de la neige, du paysage, des troncs, des chapeaux, des toits et du chemin, jusqu'aux flocons sont "en réserve", l'artiste part donc d'une page vide et ne fait qu'ajouter ici et là.
Voici l'art du Monde flottant qu'on lit plutôt de droite à gauche, contrairement à l'Occident, ici, on montre l'accueil et l'honneur rendu plus que l'arrivée.

Plongez vous dans les vues du Mont Fuji, la Route de Tokaido (la Mer de l'Est)... Poursuivez la route en commençant par cette autoroute : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cent_vues_d%27Edo , ensuite empruntez des chemins de traverse avec un petit coucou au "Pin de la Lune à Ueno".

Beau voyage.

S.

ps : je redis que ce n'est qu'une lecture perso par un franchouillard à l'autre bout du monde. Après cela d'authentiques guerriers nippons me suggéreraient sans doute de me faire seppuku avec une saucisse de Montbéliard (j'ai mangé toutes celles de Strasbourg et Francfort est exclu depuis la Libération). Que des spécialistes ajoutent leur grain de sel (mais pas sur la neige ! on peut en faire de meilleurs usages)
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