Puisque personne d'autre ne souhaite se lancer, je préciserais à nouveau que je suis très loin d'être un expert en la matière, n'ayant pas même eu l'avantage de suivre un cours sur le sujet dans ma jeunesse.
Tout au plus pourrais-je passer pour un humble amateur.
Comme je le disais, Hiroshige est l'un des plus grands peintres du style ukiyo-e, avec Katsushika Hokusai (1760-1849), encore plus connu pour ses [emphase]« Trente-six vue du Mont Fuji »[/emphase]. L'un comme l'autre font en fait partie de la fin de ce mouvement, qui se superpose globalement avec la période Edo (1603-1868) et le début de l'ère Meiji. C'est l'ouverture à l'Occident qui caractérise l'ère Meiji qui conduira au déclin de ce style, tout en contribuant paradoxalement à le faire connaître et apprécier en Europe. Ce style correspond à la perte d'influence politique de l'aristocratie militaire et à l'émergence d'une bourgeoisie d'affaire, ce qui se ressent dans les thèmes abordés comme dans la technique artistique. En effet, l'ukiyo-e s'intéresse avant tout aux scènes de la vie quotidienne, quoique les sujets représentés puissent être variés : paysages, vie citadine, théâtre... Sur le plan de la technique, les estampes sont conçues pour faciliter la reproduction sur papier, et cette faculté de reproduction engendre de nouveaux usages, comme celle des calendriers illustrés, prétextes à des séries de peintures formant autant de variations sur un même thème.
Le Tōkaidō, ou « route de la Mer de l'Est »* est le grand axe de circulation qui fut établi pour relier les deux capitales du Japon à la période Edo : Kyoto et Edo (l'actuelle Tokyo), distantes de plus de 500 km. Aménagée pour faciliter le trafic entre les deux villes, elle comprenait cinquante-trois relais, régulièrement espacés, sans oublier le point de départ et d'arrivée. Hiroshige s'en est fréquemment servi de sujet d'inspiration, puisqu'elle lui permettait de représenter une grande variété de paysages et de voyageurs. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'estampe dont nous parlions, qui se situe donc à Fujikawa, qui n'est pas tout à fait au trois-quarts du trajet. C'était une étape importante. A l'époque de sa splendeur, elle était dotée de deux auberges réservées aux fonctionnaires du gouvernement et de 36 hébergements pour les autres voyageurs. Vu qu'elle devait largement dépasser les 1000 habitants, c'était bien plus qu'un simple village, contrairement à ma supposition.
Au vu du trafic qu'elle voyait en toute saison, il n'y a aucune raison de supposer que les deux groupes de personnages, à l'avant-plan et à l'arrière-plan, seraient liés d'une quelconque manière. On peut aussi exclure que le cavalier attende la venue d'un comité d'accueil. Il se contente de prendre la pose pour nous, tout en contemplant la fin de son trajet de la journée (mais sans doute pas l'aboutissement de son voyage) et en se demandant dans quelle auberge il descendra. Autre erreur probable de ma part, la nature de la monture : en regardant les autres estampes d'Hiroshige pour identifier celle-ci, j'ai constaté qu'il n'hésitait pas à représenter des chevaux portant l'encolure très basses, comme s'ils étaient fourbus par un long trajet. Il est probable que ce soit aussi le cas ici. Enfin, détail amusant, j'ai repéré plusieurs groupes de voyageurs tout à fait semblables à celui-ci, avec des angles de vue variés, dans d'autres séries des [emphase]« 53 étapes »[/emphase] peintes par Hiroshige, mais situés par le peintre dans des stations différentes de celle-ci. C'est là où il serait intéressant qu'un spécialiste puisse nous dire en plus sur la technique de peinture d'Hiroshige.
E.
[small]* On notera la présence de l'élément dō « chemin, voie », omniprésent dans les arts martiaux, comme le kyūdō, la « voie de l'arc », ainsi que dans les autres arts élevés à la dignité d'un mode de vie intégral, à l'instar du chadō , la « voie du thé », autrement dit l'art de mener la cérémonie du thé. Quant à l'élément tō « Est », c'est évidemment le même que dans Tōkyō, étymologiquement la « capitale de l'Est ».[/small]
P.S. : Si j'ai tout juste assez d'éléments pour identifier cette estampe et en déduire ce qu'elle représente, n'attendez pas de moi une évaluation de sa valeur artistique ou de sa symbolique. Autant demander à un Japonais ne connaissant en peinture européenne que les noms de Vinci et de Michel-Ange de faire une exégèse de la Dame à l'hermine...
Tout au plus pourrais-je passer pour un humble amateur.Comme je le disais, Hiroshige est l'un des plus grands peintres du style ukiyo-e, avec Katsushika Hokusai (1760-1849), encore plus connu pour ses [emphase]« Trente-six vue du Mont Fuji »[/emphase]. L'un comme l'autre font en fait partie de la fin de ce mouvement, qui se superpose globalement avec la période Edo (1603-1868) et le début de l'ère Meiji. C'est l'ouverture à l'Occident qui caractérise l'ère Meiji qui conduira au déclin de ce style, tout en contribuant paradoxalement à le faire connaître et apprécier en Europe. Ce style correspond à la perte d'influence politique de l'aristocratie militaire et à l'émergence d'une bourgeoisie d'affaire, ce qui se ressent dans les thèmes abordés comme dans la technique artistique. En effet, l'ukiyo-e s'intéresse avant tout aux scènes de la vie quotidienne, quoique les sujets représentés puissent être variés : paysages, vie citadine, théâtre... Sur le plan de la technique, les estampes sont conçues pour faciliter la reproduction sur papier, et cette faculté de reproduction engendre de nouveaux usages, comme celle des calendriers illustrés, prétextes à des séries de peintures formant autant de variations sur un même thème.
Le Tōkaidō, ou « route de la Mer de l'Est »* est le grand axe de circulation qui fut établi pour relier les deux capitales du Japon à la période Edo : Kyoto et Edo (l'actuelle Tokyo), distantes de plus de 500 km. Aménagée pour faciliter le trafic entre les deux villes, elle comprenait cinquante-trois relais, régulièrement espacés, sans oublier le point de départ et d'arrivée. Hiroshige s'en est fréquemment servi de sujet d'inspiration, puisqu'elle lui permettait de représenter une grande variété de paysages et de voyageurs. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'estampe dont nous parlions, qui se situe donc à Fujikawa, qui n'est pas tout à fait au trois-quarts du trajet. C'était une étape importante. A l'époque de sa splendeur, elle était dotée de deux auberges réservées aux fonctionnaires du gouvernement et de 36 hébergements pour les autres voyageurs. Vu qu'elle devait largement dépasser les 1000 habitants, c'était bien plus qu'un simple village, contrairement à ma supposition.
Au vu du trafic qu'elle voyait en toute saison, il n'y a aucune raison de supposer que les deux groupes de personnages, à l'avant-plan et à l'arrière-plan, seraient liés d'une quelconque manière. On peut aussi exclure que le cavalier attende la venue d'un comité d'accueil. Il se contente de prendre la pose pour nous, tout en contemplant la fin de son trajet de la journée (mais sans doute pas l'aboutissement de son voyage) et en se demandant dans quelle auberge il descendra. Autre erreur probable de ma part, la nature de la monture : en regardant les autres estampes d'Hiroshige pour identifier celle-ci, j'ai constaté qu'il n'hésitait pas à représenter des chevaux portant l'encolure très basses, comme s'ils étaient fourbus par un long trajet. Il est probable que ce soit aussi le cas ici. Enfin, détail amusant, j'ai repéré plusieurs groupes de voyageurs tout à fait semblables à celui-ci, avec des angles de vue variés, dans d'autres séries des [emphase]« 53 étapes »[/emphase] peintes par Hiroshige, mais situés par le peintre dans des stations différentes de celle-ci. C'est là où il serait intéressant qu'un spécialiste puisse nous dire en plus sur la technique de peinture d'Hiroshige.

E.
[small]* On notera la présence de l'élément dō « chemin, voie », omniprésent dans les arts martiaux, comme le kyūdō, la « voie de l'arc », ainsi que dans les autres arts élevés à la dignité d'un mode de vie intégral, à l'instar du chadō , la « voie du thé », autrement dit l'art de mener la cérémonie du thé. Quant à l'élément tō « Est », c'est évidemment le même que dans Tōkyō, étymologiquement la « capitale de l'Est ».[/small]
P.S. : Si j'ai tout juste assez d'éléments pour identifier cette estampe et en déduire ce qu'elle représente, n'attendez pas de moi une évaluation de sa valeur artistique ou de sa symbolique. Autant demander à un Japonais ne connaissant en peinture européenne que les noms de Vinci et de Michel-Ange de faire une exégèse de la Dame à l'hermine...

