De façon générale, j'ai horreur des films d'horreur, et je n'ai jamais compris ce besoin qu'ont certains d'éprouver, devant un film spécifiquement dédié à cela, cette peur que le monde réel peut bien assez nous « offrir » tous les jours... Ce sont des films qu'il m'arrive de voir, certes, de temps en temps, mais c'est assez rare, en particulier les films d'horreur gore, que je n'aime pas du tout.
Plus jeune, j'avais peur des films d'épouvante, qui de mon point de vue, sont aux films d'horreur, ce que les films érotiques sont aux films pornographiques : bien plus suggestifs.
Je me souviens de la séance d'un cycle « Collège de cinéma » où l'on devait nous projeter <i>Les Oiseaux</i> (<i>The Birds</i>) du maître Hitchcock : j'appréhendai tellement ce que j'allais voir, qu'il avait fallu que je lise au préalable le synopsis du film dans, si je me souviens bien, le <i>Dictionnaire du cinéma</i> de Jacques Lourcelles. Je pense que cela m'avait quand même bien préparé, parce que, finalement, la projection s'est bien passé : mon attention n'a pas été paralysé par la peur brute (ou pire, par l'appréhension de cette peur), mais plutôt par le suspense, même en connaissant la fin de l'histoire.
Depuis, je n'aime toujours pas les films d'horreur, mais j'apprécie les films d'épouvante lorsqu'ils sont bien filmés. Avec Hitchcock, par exemple, c'est toujours très efficace : le maître du suspense était aussi un maître de la suggestion, comme en témoigne, entre autres, la célébrissime scène de la douche dans <i>Psychose</i> (<i>Psycho</i>), film datant d'ailleurs de la même époque que <i>Les Yeux sans visage</i>, et qui correspond bien à l'idée que je me fais d'un film d'épouvante, où l'on montre finalement peu en laissant faire l'imagination du spectateur. <i>Psychose</i>, le film, est d'ailleurs, en ce sens, une bonne adaptation du roman <i>Psychose</i> de Robert Bloch, lui aussi très suggestif. Pour qui serait intéressé, notre ami Semprini (alias Strum) a consacré à ce film d'Hitchcock, l'année dernière, un article de son blog, article au bas duquel j'avais posté un commentaire, parmi d'autres : https://newstrum.com/2020/04/30/psychose...onscience/
Ajoutons, pour rester en lien avec le sujet du fuseau, que la musique pour orchestre à cordes de Bernard Herrmann pour <i>Psychose</i> reste, encore aujourd'hui, un modèle du genre : https://www.youtube.com/watch?v=is2sgWRK7D0
Je me souviens m'être endormi à l'avance, un soir, devant la télé alors que je voulais revoir le film d'Hitchcock, qui était programmé en fin de soirée... et ce sont les violons d'Herrmann, redoutablement efficaces, qui dès le début du film m'avaient soudainement réveillé ! ^^'
Le film <i>Les Yeux sans visage</i> de Georges Franju a été programmé plusieurs fois à la Cinémathèque de Toulouse durant la dernière décennie passée, et j'ai eu l'occasion de le voir, un soir, avec un ami. C'est un film d'épouvante un peu particulier, dans le sens où le spectateur est laissé relativement libre d'éprouver ce qu'il veut face aux images : le récit est glauque, macabre, mais filmé d'une façon oscillant entre réalisme et une certaine poésie surréaliste. C'est très différent d'un Hitchcock. Un sentiment d'étrangeté émerge du cadre réaliste, via la folie du docteur et le traitement du thème de la greffe de visage, sans susciter de peur subite. De mon point de vue, et d'après mon souvenir, il y a de quoi susciter un certain malaise devant certains détails... mais pas au point de faire une crise d'angoisse comme les lycéens qu'évoque Elendil.
Concernant Quentin Tarantino, il y aurait beaucoup de choses à dire... De <i>Pulp Fiction</i> à <i>Once Upon a Time… in Hollywood</i>, je crois bien que j'ai dû voir tous ses longs métrages, plutôt sur grand écran depuis les deux volets de <i>Kill Bill</i>. De façon générale, le côté ultra-référentiel de son cinéma est à double tranchant : c'est plaisant quand on apprécie les références (surtout Sergio Leone et Ennio Morricone, en ce qui me concerne), mais ça l'est moins quand les références, même connues, ne vous parlent pas, et que dès lors il ne vous reste plus que les tirades plus ou moins inspirées et la violence chorégraphiée. Tarantino a un rapport à la fois cartoonesque et extatique à la violence, comme en témoigne notamment le traitement final qu'il réserve à Adolf Hitler dans <i>Inglourious Basterds</i> : pris comme tel, ça peut être amusant... mais à la longue, c'est souvent <i>too much</i> et aussi un peu trop attendu, <i>a fortiori</i> après de longues séquences de dialogue. <i>Once Upon a Time… in Hollywood</i>, son dernier film en date, sorti en 2019, est plutôt bien fait, avec une belle évocation de Los Angeles à la fin des années 1960, mais le traitement uchronique qu'il fait de l'affaire Sharon Tate semble relever d'une sorte de « trip » personnel dont il peut être difficile de voir l'intérêt, un peu comme sa vision plus ou moins sadique de la lutte anti-nazie dans <i>Inglourious Basterds</i>. Au moins ne pourra-t-on pas lui reprocher de revendiquer un discours de vérité historique, dans ces cas-là comme dans celui de <i>Django Unchained</i>, qui est une évocation de l'esclavage dans le sud des États-Unis dans un registre à la fois ultra-violent et humoristique : avec Tarantino, la dimension fictionnelle est toujours assumée. Heureusement pour lui, d'ailleurs, vu le traitement qu'il se réserve à lui-même dans <i>Django</i>, en se faisant littéralement sauter le caisson (j'avoue que j'avais apprécié le gag)...
<i>Peace and love</i>,
B.
Plus jeune, j'avais peur des films d'épouvante, qui de mon point de vue, sont aux films d'horreur, ce que les films érotiques sont aux films pornographiques : bien plus suggestifs.
Je me souviens de la séance d'un cycle « Collège de cinéma » où l'on devait nous projeter <i>Les Oiseaux</i> (<i>The Birds</i>) du maître Hitchcock : j'appréhendai tellement ce que j'allais voir, qu'il avait fallu que je lise au préalable le synopsis du film dans, si je me souviens bien, le <i>Dictionnaire du cinéma</i> de Jacques Lourcelles. Je pense que cela m'avait quand même bien préparé, parce que, finalement, la projection s'est bien passé : mon attention n'a pas été paralysé par la peur brute (ou pire, par l'appréhension de cette peur), mais plutôt par le suspense, même en connaissant la fin de l'histoire.
Depuis, je n'aime toujours pas les films d'horreur, mais j'apprécie les films d'épouvante lorsqu'ils sont bien filmés. Avec Hitchcock, par exemple, c'est toujours très efficace : le maître du suspense était aussi un maître de la suggestion, comme en témoigne, entre autres, la célébrissime scène de la douche dans <i>Psychose</i> (<i>Psycho</i>), film datant d'ailleurs de la même époque que <i>Les Yeux sans visage</i>, et qui correspond bien à l'idée que je me fais d'un film d'épouvante, où l'on montre finalement peu en laissant faire l'imagination du spectateur. <i>Psychose</i>, le film, est d'ailleurs, en ce sens, une bonne adaptation du roman <i>Psychose</i> de Robert Bloch, lui aussi très suggestif. Pour qui serait intéressé, notre ami Semprini (alias Strum) a consacré à ce film d'Hitchcock, l'année dernière, un article de son blog, article au bas duquel j'avais posté un commentaire, parmi d'autres : https://newstrum.com/2020/04/30/psychose...onscience/
Ajoutons, pour rester en lien avec le sujet du fuseau, que la musique pour orchestre à cordes de Bernard Herrmann pour <i>Psychose</i> reste, encore aujourd'hui, un modèle du genre : https://www.youtube.com/watch?v=is2sgWRK7D0
Je me souviens m'être endormi à l'avance, un soir, devant la télé alors que je voulais revoir le film d'Hitchcock, qui était programmé en fin de soirée... et ce sont les violons d'Herrmann, redoutablement efficaces, qui dès le début du film m'avaient soudainement réveillé ! ^^'
Le film <i>Les Yeux sans visage</i> de Georges Franju a été programmé plusieurs fois à la Cinémathèque de Toulouse durant la dernière décennie passée, et j'ai eu l'occasion de le voir, un soir, avec un ami. C'est un film d'épouvante un peu particulier, dans le sens où le spectateur est laissé relativement libre d'éprouver ce qu'il veut face aux images : le récit est glauque, macabre, mais filmé d'une façon oscillant entre réalisme et une certaine poésie surréaliste. C'est très différent d'un Hitchcock. Un sentiment d'étrangeté émerge du cadre réaliste, via la folie du docteur et le traitement du thème de la greffe de visage, sans susciter de peur subite. De mon point de vue, et d'après mon souvenir, il y a de quoi susciter un certain malaise devant certains détails... mais pas au point de faire une crise d'angoisse comme les lycéens qu'évoque Elendil.
Concernant Quentin Tarantino, il y aurait beaucoup de choses à dire... De <i>Pulp Fiction</i> à <i>Once Upon a Time… in Hollywood</i>, je crois bien que j'ai dû voir tous ses longs métrages, plutôt sur grand écran depuis les deux volets de <i>Kill Bill</i>. De façon générale, le côté ultra-référentiel de son cinéma est à double tranchant : c'est plaisant quand on apprécie les références (surtout Sergio Leone et Ennio Morricone, en ce qui me concerne), mais ça l'est moins quand les références, même connues, ne vous parlent pas, et que dès lors il ne vous reste plus que les tirades plus ou moins inspirées et la violence chorégraphiée. Tarantino a un rapport à la fois cartoonesque et extatique à la violence, comme en témoigne notamment le traitement final qu'il réserve à Adolf Hitler dans <i>Inglourious Basterds</i> : pris comme tel, ça peut être amusant... mais à la longue, c'est souvent <i>too much</i> et aussi un peu trop attendu, <i>a fortiori</i> après de longues séquences de dialogue. <i>Once Upon a Time… in Hollywood</i>, son dernier film en date, sorti en 2019, est plutôt bien fait, avec une belle évocation de Los Angeles à la fin des années 1960, mais le traitement uchronique qu'il fait de l'affaire Sharon Tate semble relever d'une sorte de « trip » personnel dont il peut être difficile de voir l'intérêt, un peu comme sa vision plus ou moins sadique de la lutte anti-nazie dans <i>Inglourious Basterds</i>. Au moins ne pourra-t-on pas lui reprocher de revendiquer un discours de vérité historique, dans ces cas-là comme dans celui de <i>Django Unchained</i>, qui est une évocation de l'esclavage dans le sud des États-Unis dans un registre à la fois ultra-violent et humoristique : avec Tarantino, la dimension fictionnelle est toujours assumée. Heureusement pour lui, d'ailleurs, vu le traitement qu'il se réserve à lui-même dans <i>Django</i>, en se faisant littéralement sauter le caisson (j'avoue que j'avais apprécié le gag)...
<i>Peace and love</i>,
B.

