18-03-2021, 23:23
Elendil Wrote:A vrai dire, l'expression "religions abrahamiques" est déjà meilleure, dans la mesure où les trois dont nous parlons mentionnent toutes Abraham et ses principaux successeurs. Sur le plan historique, cela met l'accent sur une certaine forme de lien entre elles, lien absent du Zoroastrisme, par exemple, même si la religion mazdéenne joue un rôle dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, et, si je ne m'abuse, dans le Coran aussi. Sur le plan théologique, elle est plus problématique, car si christianisme comme Judaïsme font remonter l'Alliance initiale à Abraham (ce qui en fait une figure incontestablement séminale pour elles deux), il n'en va pas de même du Coran, qui la fait remonter à Adam. C'est une différence qui peut apparaître mineure au premier regard, mais qui a une importance largement égale à l'acceptation ou non d'une Nouvelle Alliance, car ces deux éléments permettent de comprendre les importantes différences de rapport entre ces religions et leur Livre respectif.
Tout à fait : Tandis que, dans la Bible, Abraham inaugure l’histoire du salut, dans l’islam, il s'inscrit dans une lignée prophétique qui commence avec Adam.
Ajoutons que que, dans le premier cas, l'héritage d'Abraham passe par Isaac, tandis que, dans le second cas, du moins après la rupture de Médine, son héritage passe par Ismaël.
Mais, surtout (d'après moi), si la figure de l'alliance s'appelle dans les deux cas Abraham, elle désigne dans le premier cas une alliance d'amour (que la Bible décrira de façon récurrente par le prisme de l'amour conjugal), dans le second cas une alliance d'obéissance (entre le suzerain et ses vassaux ; Islam : lit. « soumission à Dieu »).
[citation=Rémi Brague, Du Dieu des chrétiens. Et d’un ou deux autres, Flammarion, 2008, pp.26,33]En nommant “les trois religions d’Abraham”, on croit s’engager sur un terrain d’entente en invoquant un ancêtre commun. En réalité, on met plutôt le doigt sur une pomme de discorde […]. Ce n’est pas parce que les noms sont identiques que les personnages le sont […]. [...] l’Abraham que les trois religions auraient en commun est une vague abstraction […]. Accepter cet Abraham, ce serait pour chacune renoncer à une dimension de sa foi.[/citation]
[citation=Michel Hayek, Le mystère d’Ismaël, Mame, 1964, p. 24]Si on a raison d’accorder à Abraham une importance décisive dans la vision de l’histoire religieuse des trois monothéismes, on aurait tort de confondre les plans sur lesquels juifs, chrétiens et musulmans se situent par rapport à la foi, à l’espérance et à la charité abrahamiques. En effet, de tous les prophètes communs à la Bible, à l’Evangile et au Coran, c’est précisément Abraham qui accentue la rupture entre les trois religions.[/citation]

